‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 26 sur 220 · ARRESTATIONS DANS LES COMMUNES DU DISTRICT · texte numérisé non relu

ARRESTATIONS DANS LES COMMUNES DU DISTRICT

Brumaire

H(l«fnov.)* Général Villemallet (conduit à Feurs). 21 octobre

12 (2 nov.) Ridet —

24(14 nov.) Colombet '. 22 brumaire

— Abrial 23 brumaire

25(15 nov.) Laulhanyer 25 octobre

29(19nov.) Girodet 25 brumaire

Frimaire

14 (4 déc.) Chapon aîné (évadé) 17 octobre

arrestations dans les communes du DISTRICT

Je répète que les indications du Livre d'écrou ne donnent pas la totalité des arrestations faites dans le district. Le dépouillement des registres des communes aiderait à compléter la triste nomenclature. Au registre de Bourg-Ârgental, on voit Tétrange arrestation des chefs de la municipalité.

C'était le 2 novembre. La Commune délibérait sous la présidence du maire de Vernoux; le procureur Claude-Victor Nayme occupait son siège, Etienne Pupil officier municipal et le notable Nayme étaient là quand Gabriel Girodet et Pierre-Jean-Baptiste Chabanne se présentèrent, déposant sur le bureau des pouvoirs qui venaient de leur être donnés par le District et dont ils requéraient la lecture et l'enregistrement. Girodet et Chabanne avaient autorité « tant pour apposer les scellés dans les domiciles des personnes déclarées suspectes que pour mettre en état d'arrestation les ci-devant nobles de cette commune et apposer les scellés sur leurs papiers ». Le procureur fit la lecture, Grrodet et Chabanne écoutant :

Après laquelle ils ont déclaré aux citoyens Devernoux maire, Pupil premier officier municipal, Nayme notable et Nayme procureur de la commune qu'au nom de la loi ils étaient, dès ce moment, en état d'arreslalion et connue lels déchus de leurs fonctions.

On ne reconstitua la municipalité que le 10 par IVIection de Maurice Dumas comme maire. Le 7, on avait appelé Antoine Sénéclauze au siège de procureur à la place de Claudo-Victor Navme.

Le juge de paix Abel-René Pupil fut aussi arrêté. Claude Coste

70 LKS SUPPLIQUES

notaire secrétaire de la Commune, Etienne-Benoit Carre, Â^dré et François de Vernoux frère et neveu du maire, Jean -Baptiste- Marie-Etienne Pupil, François-Gabriel Luzy, Pierre- Antoine Chapuis, Montchovet notaire à Saint-Sauveur, furent aussi arrêtés. On les trouve à la statistique des prisons du 2i frimaire (Voir plus loin§XIX)écroués aux Ursulines à Saint-Etienne avec Jean-Claude- Marie-Benoît Carre et Pourret curé constitutionnel de Saint-Julien- Molin-molette.

Mais ces arrestations ne paraissent avoir été motivées par aucune accusation de complicité dans la révolte ou même de contre- Révolution : elles sont des arrestations préventives de personnalités suspectes. La loi de Merlin de Douai du 17 septembre recommandait ce genre d'arrestations : suspects les nobles et leurs familles qui n'avaient pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution.

Ce qui le prouve, c'est que la municipalité de Bourg-Argental ne craignit pas de donner à tous ces détenus des certificats attestant qu'ils avaient toujours donné « les preuves du plus grand civisme ». Ces certificats sont datés de frimaire. Au reste, les détenus s'empressaient de justifier l'éloge. Etienne Pupil, Pierre-Antoine Chapuis et Etienne-Benoît Carre chevaliers qui avaient oublié d'obéir au décret du 28 juillet se hâtèrent — sur avis — de faire déposer à la Commune leurs croix de Saint-Louis et leurs brevets (1).

Les foules assistent très passivement aux chutes des partis et admettent volontiers que les victorieux frappent les vaincus. Mais c'est justement la plus grande cause d'échec des victorieux de ne savoir garder la mesure. Etrangères aux raisons de la politique, les foules sont très accessibles à la pitié. Sous les verronx et menacés de mort, les bourgeois de Saint-Etienne, amis des Lyonnais, excitèrent grande commisération et les douleurs des familles trouvèrent écho de toutes parts. On le voit à Tabondance des signatures qui

(1) Le maire, le procureur, le notable Nayme, de Vernoux le neveu du maire, Chapuis et Luzy furent cependant condamnés à la détention jusqu'à la paix.

couvrent les feuillets de certaines suppliques. Les ouvriers qui se plaignaient peut-être du patron sont les premiers à réclamer sa liberté. Ce sont ses ouvriei*s qui demandent Jovin Tainé qui avait présidé des assemblées pendant Toccupation lyonnaise. Ce sont ses ouvriers et toute la section des Droits qui réclament Descos, fils aîné. En frimaire, Châteauneuf-Randqn dit des détenus de Saint- Etienne « la plupart étant de gros manufacturiers, les ouvriers les réclament » (1).

Les Archives de la Loire conservent un petit paquet de ces papiers, mais presque tout : suppliques et interrogatoires, est dans les dossiers de Feurs conservés dans les Archives du Rhône. On ne tourne pas ces papiers sans émotion. Sur certains on s'attendrait à trouver trace des larmes. La pauvre humanité s'y voit tremblante devant la douleur et la mort. Ah! les belles attitudes des martyrs sont singulièrement rares ! la vérité c'est qu'on renie les vaincus et qu'on tente de gagner les vainqueurs. Pour un qui regarde la mort sans fléchir comme de la Roche-Negly, combien ne songent qu'à retrouver, à tout prix, la douceur du foyer.

Et d'abord on ne manque pas de reporter au District la lourde responsabilité de sa duplicité et de sa couardise.

C'est d'abord Carrier, de la Manufacture, qui se défend d'avoir laissé les Lyonnais enlever des fusils et qui explique « l'impuissance des entrepreneurs à empêcher cet enlèvement par le silence ou l'assentiment des autorités qui auroient pu s'y opposer » (2).

C'est ce pauvre André Vial, secrétaire des adresses de VEgalUé aux Lyonnais, si impitoyablement puni de mort et qui, sur le reproche d'avoir été aussi secrétaire du Comité de Salut public, se récrie :

Mais comment pouvois-je, dovois-jc me délier d'un établissement fonné par le concours des autorités constituées et de deux représentants du peuple ? (3).

C'est Jean-Pierre Sauzéa qui explique son élection à la Commission populaire :

J'observe que notre commune qui m'avoil député avoil été trompée par des adminislrateure perfides aux arrêtés descpiels elle avoit toujours obéi tropaveut?lément (i)...

(t) Voir plus loin, Cliap. 3, § VI.

{'2) Carrier à Rassal, 15 octobre. — Dossiers de Feurs. — Carrier,

(3) Vial au Comité de suneillance, 28 frimaire (18 déc.}. — Arcbives de la Loire.

(i) Sauzéa à Pignon, Il pluviôse (ÎÎO janv.). — Dossiers de Feurs. — Sauu'a,

Puis on renie les Lyonnais et on les maudit énergiquement. Un soldat de la révolte qui a fait la campagne de Montbrison, François Fauvain, dit de lui-môme :

C'est un jeune homme dont le caractère simple el loyal répugne avec celui de fédéraliste dont le cœur faux et ulcéré d'aristocratie appelle la vengeance des lois... (1).

Un autre soldat des Lyonnais Joseph Vialleton, officier de la garde nationale de Saint-Etienne, répond dans un interrogatoire :

... QiVW s'étoil caché plusieurs fois pour se soustraire au service odieux et tyrannique des rebelles, mais qu*ayan( été découvert, il fut forcé de faire le service de soldat (2).

Peyret-Dubois, négociant de la rue de Lyon, membre du jury qui condamna « Tinforluné Ghalier » :

... 11 affecta de ne se réunir à ses collègues que fort tard, présumant que sa présence seroit nulle et qu'il se verroil dispensé d'influer sur ce fatal jugement dont il n'a nullement à rougir puisqu'il est à même de certifier qu'il n'a ni voté, ni signé, ni jugé Tinfàme condamnation... (3).

Puis, enfin, les protestations de patriotisme se font vibrantes. Jean-Baptiste Girerd, marchand de Saint-Etienne, un membre du jury de Ghalier qui, d'ailleurs, semble n'avoir pas siégé, dit à Javogues :

... Si l'exposant s'est fait quelques ennemis, c'csl en heurlant de front l'aristocratie, la ci-devant noblesse et le clergé qui stml la cause de tous nos maux ; c'est en combattant le fanatisme... (4).

Et François Jovin, le marchand d'armes de la rue Saint-Jacques dont la maison laissa grand souvenir :

... C'est un véritable frère qui vous tend les bras; c'est un républicain, c'est un vrai sans-culotte d'autant plus nécessaire à la République qu'il est à la tète d'une manufacture d'armes considérable (5).

Je me reproche ces citations, bien qu'elles ne prêtent à aucune

(1) Requête. — Archives nationales. W. 408. iJoss. 939.

(2) Archives du Rhône. — Commission militaire de Lyon.

(3) Peyrct-Dubois à un « citoyen représentant ». S. d. — Dossiers de Feurs. ~ Peyrct-Dubois.

(4) Archives nationales. W. 408. Doss. 939.

(5) Archives de la Loire. — La pièce sans date paraît adressée au Comité de sun'eillance.

contestation. Mais je crains qu'on m'attribue Tinteotion de conclure du particulier au général en me servant de quelques citations bien choisies.

J'ai eu la pensée de résumer ici les notes que j'ai prises dans les dossiers, sur chacune des poursuites; mais j'ai bien vite reconnu l'impossibilité d'un pareil travail. Ces histoires personnelles sont trop complexes pour être dites en quelques mots; à citer quelques paroles, quelques lambeaux de phrases, je me serais exposé à l'accusation de ne traduire que certains sentiments, de les séparer de ce qui, peut-ôtre, expliquerait, atténuerait. J'ai donc fait un travail particulier où j'ai réuni toutes mes notes sur les prévenus acquittés et condamnés du district. Je publierai peut-être ces dossiers personnels.

Mais j'ai le devoir de signaler ici que l'impression qui m'est restée de mes recherches dans les dossiers, c'est que la population s'intéressa aux détenus et fit tout pour les protéger et les délivrer. Le dossier d'Alexandre-Louis-Jérôme Charpin, membre pendant quelques jours de la Commission populaire de Lyon, est empli de pétitions des habitants, des communes, des Sociétés populaires de Feugerolles^ du Chambon. de Firminy, de Chazau, de Villechenève. Dans celui du curé de La Fouillouse, — je viens de le dire — on trouve la réclamation du Conseil de la commune et du juge de paix de La Fouillouse et — ce qui est touchant — des deux sections de la Société populaire de Saint-Etienne, les Droits et VEgaliléy formant la paroisse de Notre-Dame, où ce pauvre abbé Boi^rdely avait été vicaire.

Si la voix de ces gens du peuple demandant pitié eût été écoutée, combien l'histoire du dix-neuvième siècle eût été différente et autrement conforme aux aspirations de la Révolution.

Le peuple n'agit pas seulement en suppliant pour les prisonniers, il employa tout son dévouement, un dévouement héroïque, à cacher les fugitifs, à les sauver de la poursuite. Dans les 331 noms (1) du district de Saint-Etienne inscrits sur la liste des poursuites, c'est le petit nombre qui figura sur les registres d'écrou des prisons. Les fugitifs recueillis, cachés, étaient nombreux. Quand on sait de quelles rigueurs étaient menacés ceux qui donnaientasile, quand on sent bien que la générosité individuelle n'eût pas suffi et que ces hospitalités courageuses supposent presque toujours la complicité

(I) Voir plus loin, Liv. septième, chap. 1, § XVI, Le tableau de$ conspirateurs.

de la famille, des voisins, on constate que le mouvement de pitié fut très général.

Pour quelques-uns de ces c< cachés », Tabsence de leur domicile, couvert de scellés, fut assez longue. Ceux qui se réclamaient de quelque noblesse furent facilement réputés émigrés. On voit que, plus tard, il leur fallut faire établir ces certificats de séjour pour obtenir d'être rayés de la liste de l'émigration (1).

On a beaucoup écrit sur les prisons de la Révolution. Le livre de Delandine sur celles de Lyon est dans tous les souvenirs. Nous attacherions grand prix à quelque relation sur celles de Saint-Etienne. Je vais dire ce que les papiers permettent de conjecturer.

Mais avant de parler des prisons stéphanoises, il me faut bien donner ici un arrêté de Javogues qui constate que, d'une manière générale et un peu partout, les règles de l'incarcération étaient un peu flottantes et appliquées avec tant de... bienveillance que certains détenus n'étaient même pas détenus et jouissaient d'une presque complète liberté. Voici l'arrêté qui, par erreur certaine, est daté dans le recueil où je le trouve, de Saint-Etienne, du 10 frimaire (6 décembre) (2; :

Les représeiitans du peuple. . .

Instruits que, par une coniplaisanee qui pourrait entraîner les conséquences les plus funestes à la chose publique, les autorités ont une confiance aveugle dans les plus cruels ennemis du peuple ; que ces personnes dangereuses, enta-

(1) Dans le district de Saint-Ktienne, je ne vois rien de semblable; le certificat suivant en montre un exemple à Monlbrison : dix paysans affirment

« ...Que le citoyen Jcan-Krançois-Marie Demeaux, propriétaire à Unias, âgé a de 30 ans, taille d'un mètre 706 mill., cheveux et sourcils noirs, yeux bruns, « bouche moyenne, nez ordinaire, menton rond, visage ovale, creusé de petite « vérole, a résidé eu la conmuuic d'Unias, en son domaine, sous le travestis- « sèment de cidtivateur, sous le régime de la Terreur, depuis le 16 sept. 1793 tt {v. 5/.) jusqu'au 8 gi^rminal an lïl...

« Fait au bureau municipal a Sury, le 20 nivôse an VIII... (.\rchives natio- « nales. V 5204) »).

(2) Je le relève dans les Papiers inrdits trouvés chez liobespierre (Paris, Baudouin, 1828), tome II, p. 294. La date : « Fait à Armes-commune le 16 frimaire » ne peut être exacte : Javogues n'était pas à Saint-Ktienne le 16 ; il n'y est venu

cliées d'incivisme, soupçonnées de complots liberticides et qui, depuis le commencement de la Uévolulion, n'ont jamais médité que la perte do la l'atri&, loin d'élre renfermées dans des maisons nationales, selon le vœu de la loi, par une mollesse dont on ne sauroit définir la cause, ont leurs domiciles pour prisons où elles peuvent sans cesse se dérober à la surveillance des magistrats du peuple et se soustraire au glaive des lois qui doit frapper sur leurs têtes coupables ;

Considérant que le despotisme de l'ancien régime inventoit les bastilles, les cachots et les prisons les plus sombres pour ensevelir le peuple tout vivant dans les supplices et Tignominie ; que, sous le règne de la Liberté, quoique ce raffioement de barbarie fasse horreur à des républicains, néanmoins il importe de prendre des précautions pour que les cannibales qui ont nourri jusqu'ici des désirs insensés de la contre-Révolution, qui ont mis tout en œuvre pour rétablir Texécrable domination de la royauté, ne puissent échapper à, la vigilance du peuple; qu'on ne peut par\'enir à s'assurer des individus mis en état d'arrestation que lorsqu'ils sont tous renfermés dans un endroit commun,

Arrêtent ce qui suit :

1. — Toutes arrestations à domicile ou celles qui donneroient aux détenus l'étendue d'une commune ou un endroit plus illimité, n'auront plus lieu.

il. — Toutes les personnes suspectes qui auront été ou qui seront arrêtées, seront traduites dans des maiFons d'arrêt ou, à défaut, dans des maiirons nationales sans que, sous aucun prt'tcxte, elles puissent rester dans leurs domiciles, être gardées à vue ou avoir une commune pour prison.

III. — Les détenus qui seroient atteints de quelque maladie ou de quelque infirmité qui leur empécheroit de supporter la prison, ne pourront être placés ailleurs qu'à l'hôpital; le commandant du poste placera une sentinelle à l'hôpilal pour la garde des prisonniers.

IV. — Les autorités veilleront scrupuleusement à l'exécution du présent arrêté ; elles seront personnellement et collectivement responsables de toutes condescendances pour les détenus, sous peine d'être déclarées complices de leurs crimes.

V. — Dans les endroits où il n'y aura point de maison d'aiTét, les coupables ou les pereonnes suspectes seront transférées dans les chefs-lieux de canton ou de district où il s'en trouvera; les municipalités se conformeront exactement au présent article, sous peine de demeurer garantes et responsables de toutes négligences ou faveurs criminelles.

VL — Le présent arrêté sera imprimé et affiché dans le département de la Loire et partout où besoin sera.

Fait en Commission à Ârmes-commune, le IG frimaire de l'an deux de la République françoise une et indivisible. jAVOiiUES.

que le 27 ou le 28(17 ou 18 déc). D'ailleurs, l'arrêlé n'est inscrit au Département que le 2 nivôse (22 décembre) et il dût cependant être transmis aussitôt que si^né. .le le suppose de la lin «le frinuiire, du 29 au 31.

Cet arrêté est la reproduction d'un arrêté tout à fait scndjluble pris parJavuijues à Màcon, à la date du 16 frimaire, ce qui explique l'erreur. On a laissé la date de la première édition à la seconde, à l'usage du département de la Loire. D'ailleurs, c'est une décision du Département en date du 2 nivôse (22 déc.) qui porte cet arrêté a la connaissance des Districts et leur ordonne de faire parvenir aux communes.

Il va de soi qu'il est assez difficile de constaler ces détentions à domicile que Javogues entend empêcher. J'en ai cependant deux exemples bien établis. Dans la statistique des prisons de Saint- Etienne dressée le 24 frimaire (14 décembre), sous le nom d'un détenu (?) Barthélémy Ferréol de Saint-Romain-lès-Atheux, inscrit comme écroué le 21 brumaire (11 novembre) et mis en liberté le 25 pluviôse (13 février), je trouve cette note : « Arrêté chez lui. . . Libre ». Louise Pauze et Catherine Ferréol, sa femme et sa fille, mentionnées au livre comme écrouées le 4 novembre et mises en liberté le 25 pluviôse (13 février) ne figurent pas sur l'état du 24 frimaire et étaient aussi probablement en détention chez elles. En regard du nom de Denis Neyret, de Jonzieu, inscrit comme écroué et élargi en même temps que Ferréol, la même mention : « Libre 3,

Ces détentions ou plutôt ces relégations sur parole, au domicile et même dans la commune, n'étaient sans doute concédées qu'à des accusés présumés bien peu coupables.

J'arrive aux prisons de Saint-Etienne.

La prison de l'ancienne justice royale (plutôt administrative), était naturellement désignée pour être la prison des affaires politiques. Elle était installée — je l'ai dit ailleurs — entre la rue de la Ville et la rue des Fossés (Sainte-Catherine) dans un immeuble privé qui a été démoli à l'ouverture de la rue de la Bourse. Cet immeuble appartenait à un citoyen Meyrieux qui, le 6 messidor (24 juin) réclamait au District une augmentation de loyer ; il jugeait, sans doute, que les services vraiment exceptionnels de sa propriété l'avaient amplement méritée.

La vieille prison seigneuriale m au Château » ou était le Palais (école du Mont-d'Or), très étroite, était affectée aux détenus de la Juridiction ordinaire, aux détenus des délits et des crimes. Elle possédait l'outillage habituel : les cachots et les fers. Le jugement des assassins de Berthéas (1790) dit que la victime y fut attachée par un collier de fer. En l'hiver de 93-94, elle reçut — mais par exception — quelques détenus politiques.

Ces deux prisons ayant été — à de certains moments — insuffisantes, on dut chercher des annexes. Une nouvelle prison politique fut installée dans les bâtiments des Ursulines. Je n'ai sur celte prison aucun autre renseignement que la mention d'un arrêté de la Commune du 19 brumaire (9 nov.) : « Les prisonniers seront transférés dans la maison ci-devant Sainte-Ursule ». Quels prisonniers? Et d'où les transférait-on ? Je l'ignore. La prison des Ursulines ne reçut, c'est très apparent, que le trop-plein. Le recensement du 24 frimaire la montre occupée par des détenus amenés

Les prisons de saiint-étiènne 11

des communes du district. Il y eut aussi, au moment des arrestations pour la taxe révolutionnaire des détenus dans un local des Visitandines. Mais la prison de la rue de la Ville resta jusque vers la fin de l'an II la véritable prison politique ; on pourrait presque dire la seule. Quand, fin septembre 94, elle fut abandonnée (peut-être sur les exigences du propriétaire dont je viens de parler), c'est une installation dans le monastère des Visitandines qui la remplaça (I) : trente prisonniers y furent transférés le 13 et le 14 messidor (!«'■ et 2 juillet 94). Les aménagements furent payés sur les revenus des biens séquestrés.

Je n'ai pas trouvé à Saint-Etienne d'arrêté semblable à celui de la Ck)mmission populaire de Lyon, du 12 septembre, portant règlement des prisons (2). Un règlement a dû être édicté, cependant, et son application, confiée à la vigilance des « commissaires » spéciaux désignés par la Commune. Je vois quelques nominations de ces commissaires : le 25 brumaire (15 novembre), Gauche et Bérardier-Merley, officiers municipaux ; le 12 frimaire (2 décembre). Goulet, notable ; le 24 nivôse (13 janvier), Gonon aussi notable, etc. La mission de ces commissaires était de tous les instants.

La prison n'avait d'autre personnel que le geôlier, Jean Vanel, assisté d'un poste de police fourni par la garde nationale. Les évasions n'y étaient pas impossibles. Le 16 mai 1791, le District écrit au Département : « Les prisons de Saint-Etienne ne sont ni vastes, ni sûres ». Le 28 décembre 92, un déserteur, nommé Laporte, s'évade le troisième jour de sa détention ; le 31 août 93, un moulinier de Pélussin, Nicolas, détenu depuis le 6, s'évade également; le 24 frimaire (14 décembre), un détenu politique, Etienne Chapon,

(1) Le 21 floréal (10 mai), la Commune recherche une maison cVarrêt plus spacieuse ; le 8 messidor (26 juin), elle en hâte Tinstallation au couvent des Visitandines.

(2) V. G. Guigue. — Pfocès-verbaux de Ut Commission populairey p. 220.

Les prisons de Lyon, au temps de la révolte, étaient placées sous la surveillance de commissaires qui se relevaient tous les jours. Ces commissaires procédaient à la visite minutieuse de tout ce qui était apporté : linges, hardes, aliments ; ils devaient couper le pain pour s'assurer qu'il n'y était dissimulé aucune correspondance. Ils recevaient les réclamations des prisonniers et assistaient aux visites.

Les aliments permis étaient la soupe, « un morceau de bouilli ou rôti », le pain et « chopine de vin par jour et par personne ». Le « surplus » retenu et distribué aux malheureux de la prison ou du dehors.

La disposition cruelle était la suivante : « Il est expressément défendu de laisser introduire aucuns papiers, plumes, crayons, encres, sous quelque prétexte que ce soit t.

écrouô le 17 octobre, se sauve par la toiture ; le 3 nivôse (23 décembre, un autre détenu politique, Perussel, se sauve par une fenêtre en se laissant glisser le long d'une corde sur la façade de la rue de la Ville : il était écroué depuis le 18 octobre (1). Le 16 nivôse (5 janvier, la Commune arrête des réparations pour assurer la garde des détenus, mais d'autres évasions suivent : le 23 pluviôse (11 février), c'est un nommé Pinet, un détenu de droit commun, qui s'évade ; le 20 ventôse (10 mars), c'est un autre détenu de droit commun, Toussaint Vernial ; le 23 prairial (11 juin), un prévenu de même catégorie, nommé Olivier, s'évade le jour môme où il est écroué. En messidor, les évasions se multiplient : sept dans la nuit du 13 au 14 (i^^ au 2 juillet) ; deux dans la nuit du 17 au 18 (5-6 juillet). J'en vois quatre encore dans la nuit du 25 au 26 thermidor (12-13 août). Tous ces évadés étaient des détenus de droit commun.

On s'évadait aussi bien delà prison du « Château ». Le 14 décembre 1791, treize prisonniers s'évadèrent par une ouverture faite au-dessous d'une fenêtre, en se laissant glisser le long d'une grosse corde de paille tressée sans doute avec la literie (2). Le concierge de cette prison, Claude-François Gaillet, à cause de l'évasion de six détenus : un déserteur et cinq accusés de vol, fut traduit devant le Tribunal crimine^qui l'acquitta (15 îloréi\l-4 mai) ; enfermés « dans une tour », les prisonniers s'étaient évadés <( au moyen d'une trouée qui a été fabriquée et à l'aide d'une corde » (3).

Avec un personnel aussi réduit, on est surpris que les évasions n'aient pas été plus fréquentes. Et, cependant, les responsabilités qu'encourait la commune étaient graves. Dans une lettre du Département à la municipalité de Feurs, je relève :

21 brumaire (11 novembre).

Le Conseil croit devoir vous rappeler que la responsabilité des détenus dans la maison de justice pèse sur votre tète. Vous ferez fermer sous clefs et verroux tous les rebelles. Vous ne devez leur laisser prendre l'air que pendant des heures fixes et dans une cour sûre. Personne ne doit communiquer et conférer avec ces complices que par une correspondance ostensible. Prévenez le geôlier que la moindre omission de sa part seroit un délil national, que vous partageriez cette responsabilité terrible.

On n'avait .pas manqué d'ailleurs de communiquer à tous les

(1) Les Archives de la Loire conservent les procès- verbaux des évasions de Chapon et Perussel.

(2) Archives communales de Saint-Etienne. Carton 10.

(3) Jugement de Caillet. — Les évasions n'étaient pas moins fréquentes dans les autres prisons à Monlbrison, à Feurs. De la prison de Feurs, le curé Gonindart, né à Perreux, s'évada le 13 pluviôse.

Les prisons de saint-étienne 79

geôliers le décret du 13 brumaire (3 novembre), qui punissait de mort leur complicité dans une évasion : menaces traduites en d'effrayantes condamnations (1).

Cette sévérité de la loi et des administrations eût-elle toujours reflet qu*on pourrait attendre. Il faudrait en douter si on ajoutait foi à l'invraisemblable récit de Balleydier sur la détention de Détours, ^historien lyonnais, qui paraît cependant directement informé (2), rapporte que Vanel, le geôlier de la rue de la Ville, s'employa à accorder à Détours de tels adoucissements de captivité qu'il lui permettait d*aller souper, tous les soirs, au sein de sa famille; il ajoute que pressé par les siens de prendre la fuite. Détours refusa de compromettre le brave homme qui avait si grande confiance en sa loyauté. L'arrêté de Javogues donné plus haut peut faire tenir pour réelle une aussi extraordinaire histoire.

Mais il est sûr que, sur un certificat de médecin,, la prison n'ayant aucune infirmerie, les détenus recouvraient — malgré l'arrêté de Javogues (3) — une liberté relative. L'huissier Chazal écroué le 9 frimaire (29 novembre), fut transféré à l'hôpital le 19 nivôse (8 janvier), d'où il se hâta de prendre la fuite; — deux amis Camyer fils aîné et Berthon-Bourlier, écroués le 31 octobre, obtinrent, en germinal, sur un certificat des docteurs PitiotetRicateau, d'être soignés au domicile de Camyer, rue des Fossés où ils devaient être, à leurs frais, gardés à vue; — deux municipaux de Bourg- Ârgental, J.-C. Robert et Claude Lacou, écroués le 24 pluviôse (12 février) furent, en germinal aussi, soignés dans une maison Dignaron; — Jacques Monlchovet, de Bourg-Argental, écroué le 25 pluviôse (13 février) fut — dans le même temps — laissé chez un citoyen Trègue huissier : a pour qu'il lui soit loisible de se faire traiter à sa fantaisie et se procurer tous les soins que son état lui permettra de prendre » ; — d'autres encore. Ces prisonniei*s gardés à domicile étaient assez nombreux pour que, le 29 germinal (18 avril), le District ait dû décider qu'ils seraient tous internés à l'hôpital pour diminuer le service des gardes nationaux ; la même décision ordonne le transfert de Montchovet, Robert, Lacou et deux autres détenus, l'un des Dugas et l'ex-capucin Pinatel.

(t) Le 28 messidor (16 juillet) le Tribunal criminel prononça la peine de mort contre un boulanger de Feurs, Michel Landrivon, qui, commandant le poste de la prison à Feurs, se serait prêté à Tévasion d'un condamné de droit commun. Le gardien de cette même prison, pour des évasions, fut condamné, le 22 messidor (10 juillet) à douze ans de détention.

(2) Hist. du peuple de Lyon, tome II, p. 395.

{3) C*était, il est vrai, en un temps de réaction contre Javogues.

SÔ LKS PhlSONS DE SAINT-ériENNE

Le régime de la prison était, on le présume bien, celui d'une chambrée mal tenue. Y avait-il quelques lits? Sur de la paille, on passait la nuit et la plus grande partie du jour. Le 13 prairial (l*»" juin), Jean Vanel réclame au District le prix de 544 bottes de paille fournies aux détenus (1). Le désœuvrement que l'inquiétude eût rendu mortel était secoué par les entretiens interminables sur les événements, les circonstances, les justifications, les récriminations et, aussi et surtout par les échos souvent douloureux des incidents politiques qui, de jour en jour, se succédaient rapides, tragiques. On y jouait aux cartes cependant et on y buvait.

Les alinéas suivants de deux lettres de la Commune au District montrent quelque chose du tableau :

15 noréal (4 mat 94).

. Nous croyons devoir appeler votre attention sur les prisons de cette commune. Nous y avons vu jusqu'ici entassés indistinctement Thomme coupable de légers délits et le contre-révolutionnaire, l'homme suspect et le scélérat que la justice a chargé de chaînes. Un pareil spectacle, une confusion semblable ne sauroient, ce nous semble, subsister plus longtemps sans le double inconvénient de confondre toule idée d'équité nalurelie, de blesser les égards dus à rhomme plus malheureux que coupable et de surcharger enfin les prisons de manière à nuire à la santé des détenus, à augmenter Tinsalubrilé d'un local qui n'est déjà que trop resserré par lui-même.

6 messidor (29 juin).

. . . L'humanité exige que les détenus puissent y respirer un air dégagé des exhalaisons pestilentielles qui abondent toujours là où les hommes sont entassés les uns sur les autres et la justice que le coupable soit sous sa main sans risque de lui échapper.

Il s'en faut bien que les prisons de cette commune soient à l'abri de ce double inconvénient...

Les détenus — en leur qualité de suspects — devaient être nourris à leurs frais. La nourriture était apportée du dehors par le soin des familles ainsi que le linge et les vêtements ; elle était fraternellement partagée : une loi du 26 brumaire (16 novembre) en faisait une obligation. Le '28 pluviôse (16 février), la^ Commune rappelle cette loi et prescrit un régime égal pour tous, prescription qu'on se vanta, plus tard, d'avoir fait observer. Le geôlier devait cependant fournir beaucoup : en prairial, 11 réclame au District 2.845 liv. 14 sols dans un <( état de dépenses par lui faites aux détenus » (2).

Une pièce des Archives de la Loire (3) (sans date — fin de l'an II)

(1) Archives de la Loire. L. Q. 274.

(2) Ibid.

LES PRISONS DE SAlNT-ÉTrENNE 81

renseigne sur ces points. C'est la minute des réponses au questionnaire d'une enquête (1). Elle émane du District. J'y trouve :

H. — Les détenus, comme suspects, étoient nourris et entretenus à leurs frais; la garde nationale faisoit gratuitement le service des maisons d*arrét et réclusion; les réparations qui ont élé jugées nécessaires pour leur sûreté ont été payées sur l'exécutoire du Tribunal du district par le receveur des domaines nationaux, sur le produit des biens séquestrés.

Les détenus ont payé leurs frais de nourriture et le receveur des domaines nationaux a payé sur les produits de leurs biens les réparations des maisons de réclusion.

D. — Comment a-t-on exécuté la loi du 26 bi*umaire qui veut que les riches payent pour les pauvres ?

R. — L'administration, en envoyant un exemplaire de la loi du 26 brumaire à la municipalité de Commune-d'armes lui recommanda de la faire soigneusement exécuter par le commissaire qu'elle nommoit pour veiller à la police intérieure des maisons de réclusion et, d'après son rapport, nous sommes fondés a croire que le pauvre détenu s'est toujours assis à la table du riche.*

Les prisonniers devaient souffrir moins de la promiscuité que de la privation de toute pratique d'hygiène. Pouvait-on s'y laver convenablement ? J'ai mis en doute l'usage général de la literie. Une lettre de Praire-Neyzieu (v. plus loin § XVIII) témoigne qu'en la prison dite de Roanne, à Lyon, ce détenu avait un lit qu'il partagea avec son frère. 11 est présumable que la prison de Saint-Etienne n'était pas dépourvue de lits ; mais je ne puis croire qu'il ait été possible d'en installer autant qu'il eût fallu pour une telle afïluence. Â supposer qu'il y en ait eu quelques-uns, on devine en quel état. Aucun document faisant allusion à la fourniture ou à l'entretien de la literie ne m'est tombé sous les yeux. Je n'ai vu nulle part que*des lits aient été réservés à une catégorie de détenus. Aussi, suis-je convaincu que la paille, plus ou moins fraîche, était le lit commun. Je n'ose risquer une supposition sur la propreté du lieu.

Je n'ai à ajouter qu'une constatation. On pouvait écrire dans la prison de Saint-Etienne. Des mémoires justificatifs et des sup-* pliques, en bon nombre, sont datés <k de la maison d'arrêt )). Sur

(i) Par lettre du 8 thermidor (27 juillet), le District demande à la Commune si la loi du % brumaire a été appliquée dans les prisons de Saint-Ktienne. Les réponses au questionnaire que je donne sont probablement de l'enquête ouverte à ce moment sur les ordres du Comité de Salut public qui exigeait Tapplication de la loi.

ce point, les jacobins stéphanois furent moins durs que les révoltés de Lyon. On écrivait des suppliques et aussi des lettres, le secret billet qu'on espérait faire parvenir, qu'on faisait parvenir.

C'était le grand devoir du geôlier d'intercepter les correspondances secrètes qui, cependant, passaient de toutes manières. Le 19 brumaire (9 novembre), la Commune décide qu'il faudra être pourvu d'une permission donnée par elle pour arriver jusqu'aux prisonniers et elle ordonne que les correspondances saisies lui seront remises à elles et non au Comité de surveillance. Mais ces ordres étaient peu suivis, le geôlier et les quelques bommes de garde étaient volontairement impuissants. Des cbambrées, les détenus venaient jusque dans le corridor d'entrée et pouvaient quelquefois arriver jusqu'à des porteurs, à des porteuses de dîners auxquels ils glissaient le papier que la famille lisait avec des larmes (1).

Je trouve à l'enquête sur Pignon (2), cette curieuse incidence d'une déposition de Jean Desjoyaux, fils d'un détenu :

... Le jour où le citoyen Jourjoii fut amené dans la maison d'arrél, lui, déclarant, s'y trouva auprès de son père; qu'ils descendirent tous deux, dans un cabinet, où buvant ensemble, Jourjon dit à mon père : DesjoyaitXy ni Van vient à nie fouiUei\ fais moi le plaisir de dire que tu m'as prêté 6()0 liv.

Il y avait donc une cantine à la prison et le fils d'un détenu put y être admis et y entendre des propos qui, portés au dehors, devaient faciliter la défense, Tentente avec les témoins, etc.

Une pièce de la procédure de Pignon dit qu'il faisait « bombance yy à la prison en compagnie de ses amis :

. . . Ces sous-commissaires, journellement èloient chez Pignon à faire bombance, soit chez lui lorsque par privilège il était gardé à vue, soit à la maison d'arrêt.

Dans le département, les arrestations, de toutes parts multipliées, emplissaient à ce point les prisons que, partout, il fallait pourvoir à des extensions. A Feurs, l'embarras fut grand. Javogues, le 6 bru-

(1) Nompère de Champagny a laissé ce témoignage sur les prisons de Roanne ... « Je fus arrêté en novembre 1793... et conduit à Roanne dans un couvent d'Ursulines transformé en prison.. . Nous y étions traités avec douceur. . . Nous communiquions assez facilement avec le dehors de la prison. On y entrait sous prétexte de nous apporter des vivres. Ma femme y venait chaque jour »... Pothier. Roanne pendant la Révolution, p. 360.

(2) Voir plus loin, Livre huitième, chap. 2, § VII : La seconde enquête sur Pignon.

maire (27 octobre) avait proposé une maison Lacombe, un ci-devant grenier à sel, que le Département refusa pour des raisons d'hygiène ; la pièce étant « pleine de sel », humide, ne recevant de jour que par la porte. Le Déparlement préférait « l'ancien » grenier à sel acheté par le sieur Gras. Cette maison Gras et la maison ^ Dacier » (d'Assier), furent les prisons importantes; mais il fallut bien employer d'autres immeubles, mettre des délenus partout. On eut môme un moment — 9 frimaire (29 novembre) — la pensée irrélléchie de les loger dans l'église (en plein hiver) l'église étant restée inoccupée c attendu l'abdication faite par Vendémon et Villeneuve curé et vicaire de Feurs de leurs fonctions sacerdotales » (1).

Le 14 brumaire (4 novembre), le Département arrêtait :

La municipalité de Feurs, présentera, dans le plus bref délai un citoyen de caraclère et de mœurs irréprochables pour faire, près la maison d'arrêt de cette ville les fonctions de geôlier, veiller à la garde de ceux qui lui seront réunis et les traiter avec douceur et humanité.

Il sera désigné par la municipalité un de ses membres qui sera tenu de faire, deux fois par semaine, la visile des maisons de justice pour voir à ce qu'elles soient sûres et entretenues propres et salubres ; le geôlier sera pourvu d'un registre d'écrou coté et parafé par le président du Tribunal.

L'officier municipal délégué veillera à ce que la nourriture des délenus soit suffisante et saine; dans le cas contraire, il fera son rapport à la municipalité pour infliger au geôlier la peine portée par la loi.

C'est l'armée révolutionnaire de Javogues qui, à Feurs, fut chargée du service des prisons et... des supplices.

Une dernière observation. Une instruction du Département aux Districts du 28 frimaire (18 décembre) indique que les transferts de prisonniers doivent être faits par les <r routes d'étape, de ville en ville ^. L'instruction recommande :

Il est urgent, pour la sûreté publique, que ceux qui troublent l'ordre n'échappent pas au supplice qui les attend pour porter le désordre ou la révolte dans un autre département.

(1) Département.

Page 1