L.V MISSION DE JAVOGUES
Ce que fit Javogues après son entrée dans Lyon, on le voit à peu près. Il resta quelques jours à Lyon, puis revint dans la Loire où il était déjà dix jours après la reddition et où il institua des administrations nouvelles.
Il prit, sans doute, un plaisir très vif à la reconstitution du parti jacobin à Lyon ; chacune des réunions de ses amis politiques ne pouvait être, pour lui, qu'une occasion de triomphe. Dès ce moment, on le voit manifester des opinions socialistes soulignées de véritables appels à la guerre sociale. Dans une séance du club central, il prononça un discours dont le texte — s'il est exact — dnt donner quelque inquiétude à Couthon :
Kh 1 que faites-vous, pusillHiiinies ouvriers, dans ces travaux de l'industrif> où l'opulence vous tient avilis? Sortez de cette senitude pf)ur en demander raison au ri<'he qui vous y comprime av(»c des biens dont il n'est que le ravisseur et qui sont le patrimoine même des Sans-culottes. Renversez sa fortune; renversez s(îs édifices: les débris vous appartiennent. C'est par là (|ue vous vous élèverez à cette égalité sublime, base de la vraie libei*té, principe de vigueur chez un peuple guerrier à qui le commerce et les arts doivent être inutiles.
La harangue contenait en outre un appel à la dénonciation des rebelles qui témoigne d'une singulière exaltation :
Notre premier devoir, ô patriotes, si toutefois vous méritez ce nom, c'est de dénoncer les jurés et les jupes par qui Challier et Ryard, ces martyrs de votre cause, ont péri. Dans les circonstances où nous sommes, le patriotisme ne serait pas satisfait si les dénonciations connaissaient quelques t)ornes et quelques ménagements. Eh ! quels hommes hors de ceUe enceinte peuvent être épargnés ? Vouez donc au dernier supplice tous ceux qui composèrent vos autorités constituées depuis le jour de votre oppression ! Vouez à la mort tous ceux qui portèrent les armes contre la Liberté ! Dénoncez, dénoncez tous les riches et tous c<mix qui recèlent leurs elîets ! Dénoncez les prêtres, les gens de loi... Dénonrer son père est une vertu pour un républicain (I).
C'est accomp.igné de Bassal que Javogues revint à Saint-Etienne
(1) Dans les livres de l'abbé Ouillon et de Halb^ydicr (T. II. p. 201). — Lau- Iheiiticité de la baran^ue est-elle hors dt» doute?
HENOUVELLEMENT DES ADMINISTRATIONS 15
OÙ il est déjà le 22 octobre. Les arrêtés qu'il prit, fin octobre et novembre, portent les noms des deux représentants.
Je ne vois pas à quel titre Bassal était autorisé à signer des mesures administratives dans ce pays. Je suppose que, membre d'une mission dans le Doubs, le Jura et les « départements voisins )> il se sera jugé suffisamment investi pour prêter à son collègue Javogues, en Rhône-et-Loire, une collaboration qui n'était d'ailleurs qu'une pure formalité.
La mission fut d'abord installée à l'auberge : Au Grand Versailles sûrement. C'est Bassal qui installa les bureaux de la mission dans l'immeuble séquestré d'Antoine Neyron, l'ancien maire, rue Neuve. Voici la décision du District :
14 oct(»hre.
Vil la lettre du citoyen Bassal, représentant du peuple en dale de ce jour par la<|uelle il demande cprattendu que lui et le citoyen Javogues son col lègue ne |K!Uvent établir dans l'auberge les l)UiH?aux dont ils ont besoin pour remplir leur mission, le Directoire veuille bien leiu* faire préparer des logements dans une maison d'émigi-é ou ime maison séquestrée pour «-ux et deux personnes qui •loivent travailler avec eux;
Le Directoire, considérant que la maison du citoyen Neyron cadet contient des appartements commodes et assez spacieux pour remplir les vues des citoyens représentants ;
Considérant que les scellés ont été apposés dans ladite maison et qu'il convient de les lever pour mettre à la disposition des représenlants les meubles qui leur sont nécessaires ;
Ouï le procureur-syndic ;
Le Directoire arrête qu'il sera préparé dans la maison du citoyen Neyron cadet séquestrée des appartements à Tusage des citoyens Bassal et Javogues, représentants du peuple, et de leurs commis.
En conséquence, les citoyens Crouzat et Lardon, administrateur, demeurent commis pour lever les scellés dans les chambres où il se trouvera des meubles qui seroient utiles pour garnir lesdiLs appartements, dresseront état de ceux qu'ils feront transporter et reposeront les scellés comme ils le croiront nécessaire.
HENOUVELLEMENT DES ADMINISTUATIONS
Le 21 octobre, Javogues et Bassal, signèrent à Sain t-Elienne les arrêtés qui renouvelaient toutes les administrations. La mesure ne fut point — comme on pourrait le croire — un acte de bon plaisir et d'autorité arbitraire : elle était commandée par la loi. En effet, la loi du 16 août sur la défense nationale ordonnait aux repn'^senlantsen mission de remplacer les administrations compromises dans quelque révolte :
16 ftEKOLVELLEMENT DES ADMINISTRATIONS
Ils ne pourront choisir ni conserver aucun des administrateurs publics qui auroient coopéré ou adhéré à des actes liberticides. . . quand même ces administrateurs ou fonctionnaires publics auroient donné leur rétractation.
Les administrations ainsi constituées par de simples arrêtés le furent sur les formes prévues par les lois des 14 et 22 décembre 1789.
C'est Javogues lui-même qui, le 22 octobre, dans une solennelle séance, installa le nouveau District et la nouvelle Commune de Saint-Etienne. Nous n'avons pas le discours qu'il prononça devant le peuple assemblé ; le procès-verbal du District dit : « Il a exhorté tous les membres présents à apporter la plus stricte vigilance à secourir et protéger les malheureux et à surveiller les malveillants ».
h) La Commune,
On verra, dans l'arrêté portant nomination du District, par quelles considérations les représentants révoquèrent toutes les administrations. La Commune de Saint-Etienne fut reconstituée par arrêté du 21 et installée — je l'ai dit — dans la séance du 22 octobre.
Maire ; Jean-Baptiste Johannot.
Procureur de la Commune : Couturier.
Officiers municipaux :
Docteur Foujols ;
Philippe Larderet ;
Bérardier-Merley ;
Reynard ;
Claude Pupil, cadet ;
Vital Avanturier ;
Verney-Vial ;
A'îtal Jacquier ;
Dupré, chaudronnier ;
Morley-Bontcmps ;
Gauche ;
Puyforéal.
Notables :
Berthéas, de la vériflcation des armes ; Montinein, doreur ;
Tournier, forgeron ; Gonon, place Roannel ;
Knnemond Luzicr, nie Notre-Dame; Pertey (Perset?);
Louis Roux, arniuricr; Nicolas Chauvin, forgeur;
Guilloi min, arninrlLT ; Peyret. tonnelier ;
Jean Verrier; Grandgonnct, armurier;
Franrois Ponjeol ; Verney fils, maréchal ;
Chauvet (Chovei ?) ; Hospilal, tailleur d'habits ;
Peyronnet, forgeur ; Dauton, cabaretier;
Rrunon, coutelier, rue de Lyon ; Jean Garde ;
Gonon, armurier; Odonnet, des Gaux ;
Courbon, canonnier; OinpoUo. rmiteKer.
Scêvêlaire-grcffiev : Ducoi ng.
l^ENOUVELLEItENT DES ADMINISTRATIONS l7
Le 27 octobre, cinq jours après les nominations, deux officiers, le docteur Foujols et Reynard et deux notables Chauvet et Guillermin, qui n'acceptaient pas leurs fonctions, furent remplacés, les premiers, par Claude Fauriel et Jacod ; les seconds, par Poncelton et Collet. Un citoyen Piaud fils fut, en môme temps, nommé Substitut du procureur de la commune.
Reynard, Chauvet et Guillermin abandonnaient leurs fonctions municipales pour un service politique plus actif. Foujols refusa et se retira simplement.
Ce refus a-t-il le sens qu'on pourrait supposer? Foujols était fermement dévoué à la Révolution ; mais le grand désir de concorde et le haut sentiment d'humanité dont il avait aussi donné la preuve au départ des Lyonnais fut-il la raison qui le détermina à refuser des fonctions où il pouvait prévoir la douloureuse obligation d'aider à poursuivre les vaincus? Des arrestations étaient déjà faites.
Le nom de Claude Fauriel apparaît ici pour la première fois dans les administrations publiques, à côté de celui de Jean-Baptiste Johannot. Fauriel était un jeune garçon de vingt et un ^s et six jours, inéligible aux termes de la loi du 14 décembre 1789. Il faisait déjà partie d'un « bureau d'enregistrement pour les ouvriers qui veulent travailler sur les armes » ; on l'y remplaça par un citoyen Jacquier.
Johannot et Fauriel furent, en même temps, pourvus de fonctions rétribuées à la Manufacture. Johannot était « directeur » et percevait, à ce titre, 250 liv. par mois. Fauriel fut créé « commissaire ordonnateur des paiemens de la Commission des armes » : Je ne vois pas son traitement qu'il ajoutait — comme Johannot — à l'indemnité que s'attribuèrent les municipaux. Un « vu et ordonné » signé de Fauriel et portant renonciation de sa qualité est daté du 21 frimaire (12 décembre).
Dans les premiers jours, la municipalité organisa ses travaux. Le 11 brumaire {i^^ novembre), elle nomme un Bureau d'exécution, quelque chose comme nos adjoints au maire : Fauriel élu le premier avec Puyforéal, Poncetton, Collet et Dupré.Le 21 brumaire (11 novembre), elle arrête qu'aucun de ses membres ne pourra s'abstenir sans nécessité urgente et le 28 (18 nov.), elle punit les absences illicites par cinquante sols d'amende la première fois, cinq livres la seconde, la censure publique la troisième. Le 12 frimaire (2 déc), elle décide qu'elle tiendra trois séances par décade, le soir, à quatre heures.
La municipalité de l'an II — la première de la Révolution qui
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n'ait pas eu le sufTrage des électeurs pour titre d'origine — ne devait rester en fonctions que treize mois, remplacée le 14 frimaire an III (15 décembre 94) par l'administration dont Maurice Prandière fut le maire. Dans cette gestion si courte et emplie des événements les plus tragiques, elle subit bien des modifications et changea son chef. Le 0 ventôse (27 février 94), Johannot quitta la mairie qui passa aux mains de Just Fromage.
b) Le Dis(rict. — Un disMct à Rive-de-Gier?
Avant de dire le renouvellement du District de Saint-Etienne, il convient d'exposer les démarches faites par la commune de Rive-de- Gier poqr obtenir la création d'une nouvelle circonscription administrative dont elle eût été le chef-lieu.
Le district dit Lyon-campagne comprenait, au Sud de la ville de Lyon, les cantons de Condrieu, Oivors,Saint-Genis-la-val, Mornant, Saint-Symphorien-lc-château, etc. ; au Xord de Lyon les communes jusqu'à Saint-Cyr-au-mont-d'or, Neuville, Ghasselay et TArbresle. La municipalité de Rive-de-Gier pensait qu'en abandonnant les cantons du Nord au district de Villefranche, et en ajoutant à ceux du Sud les cantons de Saint-Romain-en-Jarez, Rive-de-Gier, Pélussin, Saint-Pierre-de-beuf et Maclas, on pourrait faire un district de Rive-de-Gier qui eût remplacé Lyon-campagne.
C'est le 30 septembre 93 que les municipaux de Rive-de-Gier soumirent leur plan c< aux représentants près l'armée sur Lyon ». Le siège battant son plein, les représentants pouvaient être frappés de l'inconvénient d'avoir le chef-lieu du district de la campagne dans la ville rebelle. Les municipaux ne manquèrent pas d'ailleurs de rappeler leur dévouement à la cause de la Convention, l'énergie de leur résistance aux Lyonnais et a la mémorable journée du 25 août » précédent (1). On ne voit pas ce qui empêcha la réalisation du projet puisque la ville de Lyon ne devait être le siège d'aucune administration : probablement, l'impossibilité de réduire encore le district de Saint-Etienne, déjà réduit en 90, ou d'opérer des remaniements intéressant d'autres districts.
Le 22 octobre, Javogues donna lecture lui-même de son arrêté constituant le District ; il était ainsi conçu :
(1) Commune de Rivc-de-Gier.