APPEL AUX DENONCIATEURS DANS LA LOIRE
iQstallée — je Tai dit plus haut — le 17 brumaire (7 nov.), la section de Feurs de la Commission de Justice populaire, avant de rendre son premier jugement le 3 frimaire (23 nov.) dût procédera un examen sommaire des dossiers remis à son greffe. Ce qu'étaient ces dossiers à ce moment il est difQcile de le présumer. Mais sur le point de saisir les juges, l'accusateur public s'adressa aux Comités de surveillance pour stimuler leur zèle et appeler les témoignages et les dénonciations :
28 brumaire (18 nov.).
Frères et amis,
.Quand la Convention nationale institua des Comités de surveillance, elle leur remit le soin d'épurer la Société ; elle leur imposa l'obligation de surveiller et de dénoncer. Pénétrés, comme je pense que vous l'êtes, de l'importance et de rétendue de vos fonctions, vous vous êtes assurément occupés du travail dont la Convention vous a chargés; assurément votre registre de dénonciations est ouvert ; assurément vos concitoyens ont couru au Comité et vous ont donné sur chaque individu détenu ou suspect les renseignements propres à éclairer sa conduite ; assurément encore vous allez, -et dans le délai le plus bref, me donner toutes ces dénonciations, tous ces renseignements. Mais, si vos concitoyens ne venoient pas s'acquitter des devoirs sacrés de dénonciateur, donnez leur connoissance de l'adresse dont je vous envoie quelques exemplaires.
Vous ne devez pas vous en tenir là. Les hommes que la République avoue pour révolutionnaires ont contracté l'engagement envers elle de ne se reposer que lorsque les ennemis n'auront plus de ressources. Vous rappeler cet engagement, c'est vous engager, je n'en doute pas, à ne rien oublier pour remplir l'objet de mon adresse.
Salut et fraternité.
Vaccusateur public près la Commission de Justice populaire établie à Feurs, DuBiF.N.
Voici le texte de l'adresse annoncée par laquelle Dubien exhorte le peuple :
Citovens,
Aujourd'hui vous êtes libres ; aujourd'hui les villes, \vs campagnes i\o Rhône-et-Loire ne sont plus infestées de ces hordes de brigands sorties de Lyon et grossies par les scélérats qui habitoient parmi vous. Le Peuple s'est levé et les a dissipées; une grande partie a péri; d'autres sont dans les prisons ; le reste fuit ou se cache et cherche à se dérober à la vengeance nationale.
104 APrKI. AUX DKNONCIATKL'RS DANS LA LOIRE
Mais ils n*y échapperont pas si vous sentez le prix, si vous êtes dignes de la Liberté; mais sur eux, comme sur ceux qui sont détenus, elle tombera cetle vengeance nationale, trop longtemps dillërée, si vous dévoilez leura trames cl leurs complots.
Des listes nombreuses de conspirateurs, des individus suspects, d'Annesville, de Montbrisé, de P'eurs, de lioén, ont été imprimées et publiées; elles ne renferment pas tous ceux dont la liberté es! un outrage à la Liberté ; et c'est à vous de faire connaître ceux dont le nom ne se trouve pas sur cette liste ; c'est à vous encore de donner sur tous les coupables les renseignements que vous avez.
La Commission de Justice populaire est en activité et elle travaille jour et nuit à mettre sous le glaive de la loi les traîtres et les conspirateurs.
Mais elle n'a pas, à beaucoup près, les instructions suflisantes pour donner à la vengeance nationale l'étendue et l'éclat convenables. Tous étrangers dans Rbône-et-Loire, les membres qui composent celte Commission n'ont aucune connoissance locale ; et si les citoyens auxquels je m'adresse ne remplissoient pas, dans ce moment, le devoir sacré que la Patrie leur a imposé, de nouveaux complots, de nouvelles conspirations ne tarderoieiit pas à être tramées.
Je dois vous le dire, votre empressement à nous instruire n'est pas tel que nous l'attendions ; quelques dénonciations, quelques détails nous sont parvenus, mais qu'ils sont insuffisants !
Je viens exciter votre zèle; je viens, non pas vous inviter, mais vous enjoindre de vous précipiter dans les Comités de surveillance de vos cantons, d'y consigner sur les registres des dénonciations, des faits, des preuves ; ces Comités seront exacts à me les envoyer.
Je vous l'enjoins au nom du Salut public, je vous l'enjoins au nom de la Patrie, au nom des patriotes assassinés au Champ-de-Mars, à Nancy, à Nîmes, à Avignon, à Machecoul, à Marseille, à Toulon; au nom de Pelletier, de Marat, de Chalier, de lieauvais; au nom de vos frères qui ont péri devant Lyon, au nom enfin des innombrables victimes de la fureur et de la rage de nos ennemis.
Je vous l'enjoins et je vous déclare qu'aux yeux de la Patrie, celui qui ne dénonce pas le crime qu'il a vu commettre ou vu préméditer; celui qui ne cherche pas à faire disparaître du sol de la Liberté ou à réduire à une nullité absolue le conspirateur; celui-là est un biche, un traître, un complice du conspirateur; qu'il doit être livré à la Commission de Justice populaire ou au moins rangé dans la catégorie des gens suspects et traités comme eux.
Je termine pour inviter, les Comités de surveillance à me faire pan'enir promptement et exactement les dénonciations et les instructions qu'ils ont déjà et celles qui leur seront portées dans la suite et à prendre les mesures portées par la loi du 17 septembre contre ceux qui se tairoient sur des faits qui sont de nature à faire connoître les coupables (1).
Je n'aurais pas SU résumer cette pièce tant me paraît importer le témoignage qu'elle donne sur Tétat d'esprit dos administrateurs du temps et des magistrats de la justice révolutionnaire. J.-D. Du-
(1) feurs, imp. de MarcMagnien. S. d. et A Annes-Ville^ iinp. de Boyer 1793. 10-4"^, 7 pp. avec la pièce suivante.