APPEL AUX DÉNONCIATEUHS DANS LA LOIRE
User les âmes faibles; tous ceux qui sous l'apparence de défendre la liberté des cultes, veulent nous reconduire au plus hideux esclavage, tous ceux qni défîgurant une religion de paix, veulent renouveler parmi nous la Saint- Barthélémy et les actions sanguinaires de l'exécrable Médicis, tous ceux enfin qui veulent profiter de Tégarement du peuple pour nous faire déclarer en rébellion et, par là, nous ôter notre manufacture, nos seuls moyens d'existence ; voilà vos ennemis, voilà vos assassins ; dénoncez-les ou bientôt vous serez leurs victimes.
Républicain Sans-culotte, espoir de la République, rappelle-toi quêtes représentants et tous ceux que lu as nommés pour te guider, veillent et travaillent pour consolider ta chère Liberté; rappelle-toi que tu leur dois un tribut de reconnoissance ; tu t'en acquitteras en les secondant; vien@ donc, dénonce tous tes ennemis, nous ne demandons que de t'en défaire; voilà nos vœux. Juges si nous sommes dignes de ta confiance.
A Armesville, ce 13 frimaire l'an II de la République francoise une et indivisible.
Les citoyens composant le Coniilé révolutionnaire : BoissiEUX, président; — Richard et L.-J. Catelan, secrétaires: — Reverdy, Trouillet, Gillier- Renard, A. Emonin, Chomel, Sauvage, Chovet, L. Philibert, Desgrands.
Le Bureau du Comité de sunwillance sera ouvert depuis neuf heures jusqu'à midi et depuis cfeuxde relevée Jusqu'à cinq.
Nota, — Conformément à la Loi, toute ville rebelle est privée de tout établissement national (1).
L'état d*esprit reproché aux patriotes, dans le premier alinéa et analysé non sans sagacité, n'est pas sans leur faire honneur. Les uns se désintéressent de cette besogne de dénonciation par indifférence, « inertie »; d'autres placent au-dessus des compétitions politiques ces « considérations vaines » qui sont les relations de voisinage, d'affaires, les sympathies, l'estime, l'amitié; d'autres, sans contester la nécessité de la répression, s'en remettent au zèle de quelques Sans-culottes qu'ils seraient bien fâchés d'imiter et qu'ils « blâment peut-être » ; d'autres enfin « pardonnent ».
L'adresse du Comité montre bien l'inéluctable et terrible situation dans laquelle — pour ne vouloir pas être magnanime au lendemain de la victoire — les patriotes se plaçaient. 11 faut, à les entendre, que la répression soit horriblement poussée à bout si on veut éviter une nouvelle révolte : celle de la vengeance. Il faut que l'ennemi, à terre, soit achevé. C'est le meurtrier qui redoute la victime remise de ses coups et qui ne veut entendre aucune supplication. Tuez, dit le Comité, ou craignez d'être tués. Horrible logique du meurtre.
Ah I l'épouvantable et aveugle politique qui ne sait employer la force que pour semer la haine, qui ne sait pas désarmer le vaincu
(1) A Ai^neville, imp. de Boijer 1703. In-i", 7 p. avec la pièce précédente.
et le relever humilié de la générosité du vainqueur ! £t qui ne voit qu'en accumulant les exécutions, elle accumule mieux encore les indignations qui préparent les représailles sanglantes.
Au reste, les exhortations ne donnèrent aucun résultat. Le c petit nombre de Sans-culottes » seul agit — à peine.
Les nouvelles des premières exécutions à Lyon durent frapper assez peu à Saint-Etienne, confondues qu'elles pouvaient paraître dans les récits des meurtriers combats dont elles étaient la suite. Elles ne portaient d'ailleurs que des noms de combattants, chefs de la révolte. Aucun de ces premiers noms n'intéressaient le district de Saint-Etienne directement.
Cependant, parmi les exécutés de la Commission militaire, en octobre, les Stéphanois pouvaient remarquer les deux Chapuis entrevus dans les contingents montbrisonnais.
Jean Pierre Chapuis <( capitaine de chasseurs dans l'armée lyonnaise » condamné le 15 octobre.
Pierre Chapuis « lieutenant-colonel de l'artillerie » à Lyon, condamné le 24 octobre.
Jean-Pierre, le capitaine, dit à la Commission militaire cr avoir occupé pendant quatre jours la place de capitaine d'une compagnie de chasseurs à cheval formée de jeunes gens qui étoient sortis de Montbrison avec l'armée lyonnoise et que ce n^a été que forcément et d'après la proclamation du général Précy qu'il a accepté ce poste ».
Pierre, le colonel, parait moins crâne encore : on lui demande son grade dans l'armée des rebelles; il répond « n'en avoir eu aucun et n'avoir exercé aucune fonction ». On lui demande s'il n'a pas, cependant visité les redoutes et postes défensifs : il répond «que le général Précy l'en avait bien prié « mais qu'il ne les avait visités que par simpje curiosité » ! (Archives du Rhône).
Sur une tradition de famille, il a été rapporté (1) des circonstances héroïques sur la mort du colonel Chapuis. Son mérite miU-
(I) Episodes du swge de Lyon en 1193^ par le comte Jules de Maubou. (Revue du Lyonnais , 5*^ série, t. XIV, 1892).
taire lui aurait valu une telle considération que les représentants à Lyon « avaient ordre de le sauver d : ordre bien mal exécuté. Pour obéir à cet ordre, sans doute, on aurait offert au colonel une situation dans l'armée s'il consentait à servir la République. Il aurait refusé et l'exécution de son frère l'aurait laissé inébranlable. On lui aurait offert encore le salut d'un autre de ses frères et de sa belle-sœur épouse de Jean-Pierre (1) qui venaient d'être arrêtés au château de la Salle : le colonel aurait refusé encore et aurait accepté la mort pour lui-même, la mort pour les siens, même la mort pour cette femme : « Je ne me suis battu et je ne puis me battre que pour mon Dieu et mon roi ! » Cette légende de Plutarque dont la beauté m'échappe, née de la piété familiale, est démentie par les faits d'une façon cruelle. La précipitation des jugements (cinq jours et quatorze jours après la prise de Lyon) montre assez que les juges n'hésitèrent pas. L'interrogatoire des deux frères témoigne aussi que, loin d'avoir eu une attitude stoïqueet Qère, une exaltation de fanatique, ils essayèrent, l'un et l'autre, de dissimuler leur action dans la bataille pour Dieu et le roi.
Une condamnation qui dût être plus vivement commentée fut celle de ce chef audacieux, de la Roche-Negly, qui porta le nom de Jean Rimherl, Son commandement à Saint-Etienne, dans les dernières heures ^i difficiles de l'occupation lyonnaise, sa surprise de Saint-Anthème lui avaient fait une notoriété considérable. Devant la Commission militaire, il se montra fier, n'éludant aucune responsabilité, dédaigneux de dissimulation, mais impénétrable sur ses liens de famille (2).
25 octobre.
...Dit s'appeler Jean Rimbert^ natif de Vaud en Suisse, avoir servi pendant onze ans dans les troupes de Hollande en qualité de lieutenant et être âgé de 50 ans.
I). — Depuis quand il éloit arrivé dans la ci-devant ville de Lyon?
— Qu'étant à diner dans une auberge à Lausanne avec un inconnu qu'il croit être françois, il avoit exprimé le désir de trouver du service ; que cet inconnu l'engagea alors à venir à Lyon et qu'il se rendit à cette invitation et arriva à Lyon le 25 du mois d'août.
D. — Quelles fonctions et quel grade il occupoit dans l'armée des rebelles de Lyon ?
— Qu'étant arrivé daiis cette ville, il partit quelques joui*s après pour se rendre a Saint-Etieime et que la nnniicipalité de ladite commune lui donna le commandement de 25 hommes ; que, de là, il se transporta à Montlirison avec sa troupe
(t) Née Marie-Claire Rollin de CImmpclos exécutée à Lyon le 3 germinal (23 mars 94).
(2) V. ce que j'ai dit sur de la Roche-Xegly, tome I, pp. 652, 683, 719 et suiv.
où elle s'accrut au nombre de 5 à 600 hommes, dont il reçut le commandement en chef par brevet du général Précy et autres généraux en sous-ordre ainsi que de la Commission.
D. — Combien de temps il demeura avec sa troupe dans la ville de Montbrison et quels sont les motifs qui l'avoient porté à entrer dans cette ville ?
— Y avoir demeuré avec la troupe l'espace de dix jours pour pourvoir aux approvisionnements de comestibles pour l'armée lyonnoise.
D. — Si ce n'étoit pas lui qui fut à l'expédition deSaint-Anthèmeàla tétede la troupe, qui fit prisonniers, dans cette ville, un chef de J'armée de la République, 50 hussards et environ 60 à 80 volontaires?
— Que oui, et qu'il conduisit les prisonniers et les chevaux à Lyon. D. — Quand et à quelle époque il sortit avec sa troupe de Monibrison ?
— Qu'il sortit à l'époque où il eut connoissance de l'approche de l'armée de la République, sur l'ordre formel qu'il reçut du général en chef Précy, à l'effet d'effectuer sa retraite sur Lyon et qu'il partit de Montbrison pendant la nuit et qu'arrivé à Feurs, l'armée de la République lui livra bataille dans laquelle il perdit quelques hommes et que, de là, il se relira avec le restant à Lyon.
D. — De déclarer quelles furent désormais ses fonctions après la retraite de Montbrison ?
— Qu'il commanda à Oultins la troupe des rebelles pendant quelque temps et que, finalement, il donna sa démission voyant que les choses n'alloient pas comme il le désiroit et qu'il ne vouloit plus servir.
D. — Si, pendant le siège de Lyon, il n'a pas eu une correspondance avec les Suisses, ses concitoyens, ou avec des émigrés françois de sa connaissance ?
— Que non.
D. — Si, dans les conversations particulières qu'il avoit, soit avec le général Précy, soit avec les autres généraux, il n'étoit pas question des secours qu'on attendoit soit du Jura, soit des Marseillois, des Piémontois ou des Suisses?
— Que oui, mais que quant à la Suisse, pays qu'il connaissoil, il a dit qu'elle ne bougeroit pas.
D. — Depuis quand il a quitté le service de la Hollande ?
— Que c'étoit depuis environ quatorze ans et n'avoir servi, depuis cette époque, que dans la Suisse, comme le font tous ses concitoyens.
D. — Si, depuis la Révolution françoise, il n'a pas servi dans les armées des puissances coalisées et s'il n'a pas été fait prisonnier par les François?
— Que non.
I). — S'il n'a pas eu connoissance des différentes proclamations faites parles représentants du peuple à l'armée des Alpes, aux habitants de Lyon et dans lesquelles ils sommoient, au nom de la Loi, les bons citoyens et les étrangers de mettrtî bas les armes, de livrer leurs chefs coupables et d'ouvrir leurs portes à l'armée de la République ?
— N'y avoir fait aucune attention.
D. — Où et pourquoi il a été arrêté, et s'il ne faisoit pas partie de la colonne des rel>elles qui sortirent de la ville dans la nuit du 8 au^ du courant?
— Qu'il est sorti de Lyon à cheval avec la colonne des rebelles fuyards dans la nuit du 8 au 9 courant, qu'il laissa son cheval et son sabre dans un bois, qu'il changea son habit avec un paysan qui lui remit le sien dont il est actuellement revêtu et qu'il fut arrêté par une force armée de Sennecey où il fut interrogé par la municipalité de cette commune et à laquelle il remit un portefeuille contenant 1.400 liv. en assignats dont on fit la distraction de cent écus pour servir aux frais de sa route et qu'il remit aussi à ladite commune une montre en argent.
no LES PREMIÈRES EXÉCUTIONS A LYON
D. — De nous déclwer à quel endroit il a quitté le général Précy et s'il sait ce qu'il est devenu ?
— L'avoir quitté à une lieue de Lyon et ignorer son sort. D. — Pourquoi il s'est travesti en paysan ?
— Que c'éioit pour voyager avec plus de sûreté.
Et sur l'interpellation du Président, ledit Rimbert a déposé sur le bureau la somme de 150 liv. 10 s. en assignais pour être remise à qui de droit.
Son attitude devant la mort fut parfaitement tranquille.
Le 10 brumaire (31 octobre), la section lyonnaise de la Commission de Justice populaire rendit sa première sentence. Dès lors, le mouvement s'accéléra. Jusqu'à ce moment, depuis la prise de Lyon, on avait compté 18 condamnations à mort ; au 9 frimaire (29 nov.), on était à 210.
A cette dernière date, les deux tribunaux de Lyon disparaissent et fontplace à la terrible Commission révolutionnaire. On peut inventorier. *
La Commission militaire condamna à mort deux stéphanois : Claude-Antoine Praire-Neyzieu (35 ans), commandant du détachement envoyé à Monlbrison pour y installer Tinfluence lyonnaise, condamné le 25 brumaire (15 novembre). Praire-Neyzieu n'avait pas été arrêté les armes à la main ; il n'avait même pris aucune part au siège ; caché à Saint-Etienne, il y fut recherché et arrêté le 2 octobre. Sa mission à Montbrison, à !a tête d'un détachement, en avait fait le chef d'une troupe de rebelles et le rendait justiciable de la Commission militaire. Dans son interrogatoire, il ne manque pas de dire qu'il a <c marché par ordre du Directoire du District ».
Antoine Courbon de Montviol (24 ans), professeur, soldat aussi de la révolte, condamné le 6 frimaire (26 novembre). Courbon habitait Lyon depuis quatre ans. Son frère, avocat, avait élé député à la Commission j}opulaire et en avait même été le dernier président.
La Commission de Justice populaire, de son côté, prononça deux condamnations intéressant le district de Saint-Etienne :
Jean-François Chaspoul (42 ans), de Saint-Pierre-de-beuf, membre de la Commission populaire de Lyon, condamné le 13 brumaire (3 novembre). Chaspoul qui avait eu une grande part dans les travaux de la Commission la renia dans la mesure du possible devant les juges.
M'étant absenté pendant quelques jours, à ma rentrée, on me dit qu'on m'avoit nommé secrétaire ; j'en témoignai mon mécontentement ; je voulois donner ma démission, mais elle ne fut point acceptée.
LES PREMIÈRES EXÉCUTIONS A LYON Hl
Il dit avoir écrit à ses électeurs « fin juillet » pour se faire rappeler et c'est le 29 juillet qu'il fut élu secrétaire et qu'il signa au procès- verbal. Il finit enfin par une véritable bêtise :
Je ne croyois pas que la ville de Lyon fût regardée comme une ville rebelle.
Théophile-Edmond Tournus (63 ans), juge de paix de Maclas, arrêté par Pignon (1), condamné le 28 brumaire (18 novembre) pour avoir participé, comme juré, à la condamnation de Chalier.
D'attitude fort digne :
 lui demandé sur quels motifs il a condamné Chalier et Ryard à moil? Répond que c'est sur les motifs portés dans le jugement dont il n*est pas mémoratif.
Je compte encore comme intéressant indirectement le district, les condamnations de deux lyonnais qui sont, je crois, originaires de Bourg-Àrgentalet appartenant à la même famille Mathon ? Nicolas MathoHy un lieutenant de gendarmerie de 34 ans passé au service de la révolte, condamné à mort par la Commission militaire le 3 frimaire (23 novembre) et Claude-Jean Mathon (de la Courj^ condamné à mort par la Commission de justice le 25 brumaire (15 nov."), pour je ne sais quelle participation aux affaires de Lyon, pour n'avoir pas, en tous cas, obéi à la loi qui lui ordonnait de sortir de Lyon. Mathon (de la Cour) était un esprit distingué, qui honorait l'Académie de Lyon.
Je vois encore parmi ces premiers condamnés un Augustin Chorel, de Saint-Paul-en-Jarez (27 ans), qualifié « agent militaire de l'armée du Rhin » condamné le 5 frimaire (25 novembre), et Louis Lafondj (69 ans)y qualifié <ic seigneur de Saint-Paul-en-Jarez » condamné le lendemain (26 nov.).
D'autres condamnations, pour ne pas tenir à des familles du pays sléphanois, devaient y être apprisesavec émotion. La familledeMeaux si connue par les importantes fonctions que son chef occupait à la lieutenancedu bailliage de Forez perdait l'un des siens, le capitaine de Meaux, du régiment de Bourbon (2), alors que le chef lui-même
(1) Voir plus haut, tome I, page 792.
(2; Camille de Meaux avait 57 ans : il s'était retiré de l'armée en 1787 avec le grade de capitaine. Il avait été arrêté près de Boën. Son inlerrogatoire devant les juges révèle une véritable faiblesse :
« D. — Vous étiez, m'avez-vous dit, avec la troupe qui s'empara du général Nicolas ?
c — J*étais simple chasseur, marchant forcément et ne sachant où j'étais conduit ». — (Archives du Rhône).
était sous le coup d'une condamnation semblable(l). D'aussi impressionnantes infortunes, même justifiées, ne se redisaient pas sans exciter compassion.
Et, cependant, c'est à peine le commencement des donlenrs. Les tribunaux apportaient encore examen et circonspection. Même dans ces catégories où l'on ne voit guère que des combattants et des administrateurs de la révolte pris comme dans le flagrant délit, il y avait encore des acquittements nombreux : plus d'une centaine. Mais voyait-on la fin ou le commencement de la répression ? A Lyon, à Saint-Etienne, à Montbrison et à Feurs, les prisons s'emplissaient au point qu'on devait en créer de nouvelles. De toutes parts, bien des familles cachaient leurs angoisses et leurs larmes.
Déjà on sent venir la réaction de la pitié.
Beaucoup de Foréziens étaient à Lyon, ou déjà arrêtés, ou sous la menace de l'arrestation, partis à Lyon avec les colonnes de révoltés ou y ayant cherché refuge contre des haines politiques. Pour le seul canton de Feurs, on en comptait 47 (2).
Dans la liste des acquittements prononcés, je ne vois qu'un stéphanois renvoj^é par la Commission militaire : Jean-Louis Roux {31 ans), armurier.
Toutes les exécutions des jugements de la Commission de Justice populaire furent faites par la tête tranchée et pour chacune d'elles un procès-verbal fut soigneusement dressé. Exemple :
Aujourd'hiiy quatorzième jour du second mois de l'an deux de la République une et indivisible, à trois heures et demie du soir,
Nous, greffier de la Commission de Justice populaire à VilIe-ArTranchie, nous sommes rendu sur la place des Terreaux, maison du citoyen Brun à l'effet de constater l'exéculion de Jean-François Chaspoul, condamné par jugement de ladite Commission du jour d'hier à la peine de mort.
Certifions qu'il a subi son jugement et que nous avons vu toml)er sa tête.
En foi de quoi... (etc.).
De deux jours avant, un procès-verbal autrement circonstancié :
. . . A l'effet de constater l'exécution dudit Dutroncy (3) qui a, à l'instant, paru
(1) Durand-Antoine de Meaux avait un fils émigré qui, voulant rentrer en France, avait été condamné à la déportation. V. son interrogatoire (Dossiers de Feurs. — De Meavx).
(2) Dossiers de Feurs. Feurs. — « Liste dos contre-révolutionnaires du canlon de Feurs et qui sont présumés être k Lyon ». Cette liste donne 47 noms ainsi classés : « Modérés », 2; « Incurables », 28; .sans indiralion, 17.
(3) Officier municipal de Montbrison condamné le 10, exécuté le 42 brumaire (31 octobre-2 novembre).
l'exécution a paris de lesterpt-beauvais 413
escorté d'un détachement de dragons de gendarmerie et d*une force armée à pied; après avoir monté sur Téchafaud et attaché à la planchelle, Texécuteur lui a fait passer la tête par la demi-lune de la guillotine et laissé tomber le tranchant ({ui lui a, à Tinstant, tranché Ui tête : ayant été ensuite détaché et mis dans un cci-cueil disposé à cet elfet.
De tout quoi... (etc.).
l'exécution a parts de lesterpt-beauvais
Décrété d'arrestation chez lui, le 21 août, Lesterpt-Beauvais fut englobé dans Taccusation décrétée le 3 octobre par la Convention contre les députés du groupe Girondin : Vergniaud, Gensonné, Brissot, Rouyer qui, en juillet, négociait à Lyon, Bonnet, qui devait revenir en mission à Lyon pendant la Terreur blanche, etc., etc. On sait que vingt et un de ces députés furent traduits devant la justice révolutionnaire : Lesterpt-Beauvais fut de ceux-là.
Avec quelques-uns de ses collègues, Lesterpt-Beauvais avait, on se le rappelle, signé, en juin, une lettre de protestation contre les événements du 31 mai et du 2 juin. C'est cette lettre qui — mieux que ses agissements à Saint-Etienne — le perdit. Avec ses collègues, il était «c prévenu de conspiration contre l'unité et Tindivisibilité de la République, contre la liberté et la sûreté du peuple français », On peut voir au Moniteur^ du 5 au 6 octobre, le rapport d'Amar qui servit d'acte d'accusation. Rien n'y est particulier à la mission de Lesterpt-Beauvais.
Condamnés dans la nuit du 30 au 31 octobre, les vingt et un Girondins furent mis à mort le 31, en une horrible exécution de près de trois quarts d'heure, commencée par Sillery et terminée par Vigée.
Lesterpt-Beauvais avait laissé à Saint-Etienne des relations et souvenirs. Les patriotes le considéraient comme le traître qui désarma la résistance contre les Lyonnais et donna à la révolte la ville de Saint-Etienne et la production de ses ateliers d*armes. Il me parait que, dans les grandes lignes, cette accusation ne peut être contestée.
Benoit Lesterpt-Beauvais avait quarante-trois ans.
Au moment OÙ Taccusateur public appelait les dénonciations, la section de Feurs de la Commission de Justice populaire rendait les vingt-sept sentences (quinze condamnations) après lesquelles elle fut supprimée.
Aucune de ces sentences n'intéresse le district de Saint-Etienne. Nul doute, cependant, que les quinze condamnations à mort prononcées à Feurs du 3 au 19 frimaire (23 nov.-9 déc.) n'aient causé très profonde émotion dans tout le département. A la guillotine de Lyon, la guillotine du Forez allait donc donner la réplique. Et, d'ailleurs, ne savait-on pas à Saint-Etienne que c'était devant ce tribunal révolutionnaire que seraient conduits les accusés, toujours plus nombreux, que les prisons de la ville contenaient à peine ?
Les quinze condamnations à nrort, par les motifs des jugements, se classent en trois catégories.
Voici ces motifs : (l)
A). Les Soldats de la Révolte,
Etienne DelesgalerUy 18 ans. (3 frim.-23 nov.)
Il est constant qu'il s'est armé et caserne volontairement avec les rebelles après avoir sollicité avec impatience le cheval de son père pour entrer dans la cavalerie ; qu'il a livré à un certain nombre de muscadins lyonnois un patriote de la commune de Montbrisé, après s'être introduit nuitamment dans sa maison à l'aide d'une échelle et au moven de la fracture d'une fenêtre et en avoir ouvert la porte à ses camarades.
Qu'il est aussi constant qu'il a concouru à la prise du général Nicolas à Saint- Ànthème ; qu'il y a enlevé un cheval ; qu'il a aussi concouru à l'expédition de Boën, où il a tenté de briser les cloches à l'aide d'un marteau pour ôter aux communes leur moyen de ralliement ; qu'il a aussi porté les armes à Feurs et à Salvizinet ; qu'il est enfin enlré dans Lyon vers la fin du siège... (2).
André Vial, instituteur à Montbrison. (3 frira. -23 nov.)
Il est constant qu'il s'est rendu à Lyon pour y fédéral i.ser ; que les individus se disant administrateurs, ceux se disant les délégués de la section du peuple
(1) Sur les registres du tribunal conser\'ès aux Archives du Rhône.
(2) Etienne Delesgalery était de Montbrison, comme Marcellin Delesgalery, son père, exécuté à Lyon le 15 frimaire.
de Rhône-et-Loire lui ont donné une commission pour le recrulement de la force départementale avec le titre de lieutenant-colonel ; qu'il est pareillement constant qu'il a fait enregistrer sa commission à la municipalité de Monibrisé le 13» août 1793 ; qu'il a fait, en conséquence, les recrutements et a porté le titre et la décoration de lieutenant-colonel ; qu'il est pareillement constant qu'il a tenté d'attirer au parti des Lyonnois les communes, districts et départements voisins sous le prétexte de fraterniser; que pour accomplir ladite commission, il est allé de Montbrisé à Noirétable où la crainte Ta empêché d'aller plus loin ; qu'il a fait et chanté lui-même des chansons inciviques ; qu'enfin, il a entretenu une correspondance criminelle el contre-révolutionnaire avec le secrétaire du soi-disant procureur-général syndic du département de Rhône-et-Loire.
MicJiel Goyett notaire à Montbrison. (3 frim.-23 nov.)
Il est constant qu'il a rempli les fonctions de secrétaire dans sa section, lorsqu'on y nomma les commissaires pour assister au Congrès départemental convoqué par les Lyonnois ; qu'il est pareillement constant qu'il s'est caserne et a porté les armes volontairement dans Montbrisé comme cavalier ; qu'il a concouru dans Saint-Anthème à la prise du général Nicolas ; qu'à son retour, il a triomphé hautement de cet attentat et a dit hautement : N'avons-nous pas gagné de quoi prendre notre café f qu'il n'a cessé depuis le commencement de la Révolution de manifester et inspirer des sentiments contre-révolutionnaires ; que, dans Feurs, il a maltraité et menacé du pistolet un patriote attaché à l'arbre de la Liberté, où il a resté quarante-huit heures ; qu'enfin, il a menacé de couper la tête à un boulanger qui rcfusoit de manipuler du pain pour les muscadins.
Pierre Lattard du Chevalard des Audinets dc ci-devant conseiller au ci-devant présidial et bailliage du Forez, séant à Montbrisé ». (6frim.-26nov.)
... Il est constant que Lattard du Chevalard des Audinets a concouru à l'expédition qui a eu lieu de la part des muscadins lyonnois à Saint-Chamond et à Saint-Etienne ; que, de là, il s'est rendu à Montbrisé où il a assisté à un repas donné aux muscadins dans une allée appartenant à son père, pendant lequel les propos les plus contre-révolutionnaires ont été tenus ; qu'il est constant que du Chevalard, accompagné du nommé Mouitloud s'étoit rendu dans le local où la Société populaire tenoit ses séances dans un moment où on y présidoit à la vente des biens nationaux ; que, peu de temps après et le même jour, il fut prendre Mouilloud chez un sellier et lui dit : Viens, tu sais ce que nous a\*otis à faire ; que, de là, ils se rendirent de nouveau à la salle de la Société, que Mouilloud s'y introduisit par une fenêtre, qu'il coupa avec son sabre le tableau qui contenoit la Déclaration des droits de l'homme et celui qui contenoit les noms des membres de la Société, qu'il jeta les deux tableaux par la fenêtre ; que du Chevalard et Mouilloud, après avoir déposé les deux tableaux dans une maison, furent boire de la bière, qu'ils vinrent reprendre les deux tableaux et furent les faire brûler au pied de l'arbre de la Liberté.
Qu'il est constant que, peu de jours après, il fut fait dans le local de la .Société une seconde invasion lors de laquelle les meubles et papiers de la Société furent enlevés et brûlés publiquement au pied de l'arbre de la Liberté ; que du Chevalard entra un des premiers dans le local de la Société, concourut au brûlement des meubles et papiers et traîna dans les rues les lambeaux de
il6 LES PREMIÈRES EXÉCUTIONS A PEURS
papiers qui n'avoient pu être consumés dans les flammes ; qu'enfin du Chevalard a concouru aux mauvais traitements qu'ont essuyé les palriotes, à tenir dans les cafés, sur les places publiques, des discours contre-révolutionnaires el des propos tendant à provoquer l'avilissement de la Convention et des Sociétés populaires (I); qu enfin il a porté les armes à Saint-Anthème lors de lu prise du général Nicolas et à Salvinizet où des patriotes ont été égorgés et brûlés ; qu'il paroit même qu'il étoit uu émissaire des Lyonnois.
Civen Pariât, médecin à Feurs. (19 frim.-9 déc.)
... Il est constant 1» qu'il a été instruit de l'arrivée des muscadins dans Feurs et qu'il est allé à leur rencontre ; 2» qu'il a voulu tromper les habitants de Feurs sur leur arrivée et les empêcher de fuir ; > qu'il a fait des etîorts pour empêcher les patriotes de Feure d'aller sonner le tocsin et de former à Panissiùi*es le rassemblement qui devoit s'opposer aux nuiscadins ; 4® qu'il a, dans tous les temps, manifesté des sentiments contre-révolutionnaires el un attachement prononcé à la faction des Lyonnois, qu'il a aussi, dans ses propos, cherché à avilir la Convention ; 5® enfin, qu'il s'est rendu à Lyon, en armes, avec les muscadins.
B) Les Prêtres Réfraciaires,
Bruyère Pierre^ ancien chanoine à Montbrison.
Carton Guiltaume, à Augeroiles, district de Thiers.
Molin Jeati'Mairiey de Chalmazel, vicaire à Feurs. (13 frim.-3 déc.)
... Il est constant que les nommés Carton et Molin prêtres ont été déportés savoir, Carton en vertu d'une dénonciation et d'un arrêté du District de Thiers dont il lui a été donué connoissance et Molin, en vertu de la loi, à raison de sa qualité de vicaire el prêtée fonctionnaire public à Feurs.
Et que l'un et l'autre se sont soustraits à la déportation ;
Qu'il est constant que Pierre Bruyère prêtre el ci-devant chanoine à Montbrison a émigré d'abord dans la Savoie et ensuite dans le Valais depuis le mois de juin 1792 jusqu'au mois de décembre suivant, époque à laquelle il est rentré sur le territoire françois ;
Qu'il est également constant que lesdits Carton, Molin et Bruyère se sont trouvés dans les lieux où s'étoit propagée la conspiration lyonnoise et monlbrisonnoise et ont concouru à ladite conspiration par leur présence et la déclaration de leurs sentiments fanatiques (2).
(i) Magnien, le premier imprimeur de la Loire, fut, je crois, mêlé à ces rixes. Duchevalard était allé chez lui saisir des papicis et les brider, Magnien, qui s'y opposait, fut poursuivi par les Lyonnais « accusé d'avoir tiré son sabre contre un citoyen, fait des menaces et tenu dfs propos incendiaires ». (Dossiei*s de Feurs. — Magnien).
(2) Ces condamnations n'intéressent pas l'histoire de Saint-Etienne, mais je ne résiste pas au désir de signaler le caractère de l'interrogatoire de Guillaume Carton. (Dossiers de Feurs. — Carton).
Il était prêtre à Augerolles, âgé de quarante ans, fils de paysan ; il dit avoir travaillé la terre pendant le temps où il fuyait.
Interrogé sur les serments, il dit n'en avoir prêté aucun ; il disait la messe
LES PREMIERES EXÉCUTIONS A FEURS dl7
C) Les Administrateurs de Montbrison (1).
Jamier Gabriely maire.
Faure Benoit, officier municipal.
Ardaillon J. -François y notable.
Siaume Pierre^ —
Goutorhe E tienne ^ —
Latanerie Jean- Baptiste ^ — Turquais Pien'e, —
... Il est constant que, depuis le premier juin jusqu'au quatre septembre dernier (vieux style), la commune de Montbrison a été en révolte contre la souveraineté du peuple et l'unité et indivisibilité de la République ; que, dès le premier juin, le Conseil général de cette commune a félicité les sections de Lyon de l'avantage qu'elles avoient remporté sur les patriotes dans la journée du 29 mai ; que les jours suivants il a pris des arrêtés qui prouvent sa coalition avec les Lyoïmois; qu'il a convoqué les sections pour nommer des députés à la Commission dite populaire de Lyon et a reçu l'es procès-verbaux de nomination de ces députés ; qu'il a soud'ert que le lieu des séances de la Société populaire fût violé, que la Déclaration des droits de Tbomme et le tableau des membres de celte Société fussent brûlés au pied de l'arbre de la Liberté ! qu'une procédure a même été intentée à la requête d'un officier municipal faisant les fonctions de substitut du procureur de la commune contre un patriote qui demandoit raison de cet attentat; qu'il a, à deux reprises, appelé et retenu sur son territoire, malgré les ordres de l'administration du District, une force armée de Saint-Etienne et de Lyon qui a alarmé les communes 'voisines et provoqué une guerre civile qui a éclaté le ii août et attiré sur Montbrison les gardes nationales de Boën, Moing, Saint-Germain-Laval et autres ; que cette fonre armée appelée, retenue et casernée dans Montbrison par ordre du Conseil général a persécuté, emprisonné ou mis en fuite les patriotes, non seulement de Montbrison mais encore de Moing et de Boën, a pillé et dévasté leurs propriétés, enlevé à Saint-Anthème le général Nicolas et des volontaires et des hussards de la République, a exercé à Feurs et dans le-j environs, notamment à Salvizinet, des cruautés, commis des assassinats ; que, non seulement le Conseil général a fourni des secours à cette troupe conmiandée par des généraux rebelles et recevant des ordres de la prétendue Commission populaire de Lyon, mais a cherché à l'augmenter en invitant les communes voisines à lui envoyer chacune deux bommes armés et en ouvrant un enrôlement qui eût quelque succès ; que le Conseil général a fait des dispositions hostiles, des provisions de munitions et mis Montbrison en état de guerre en faisant réparer
d*al>ord à l'église paroissiale, puis k tantôt à un endroit, tantôt à l'autre >•; il dit, cependant, n'avoir point confessé. Il fuyait : « Je voulais me soustraire aux insultes proférées contre moi ; on m'appeloit aristocrate et je ne savois pas ce que cela voûtait dire ».
(1) Ordre d'arrêter tous les officiers municipaux de Montbrison, 9 frimaire (29 novembre). — Dossiers de Feurs. — Feurs.
les murs, on faisant des fossés devant les purtcs, en exigeant des habitants une contribution pour subvenir aux dépenses ; que le Conseil général a entretenu, avec les communes du district de Montbrison et avec différentes communes du département du Puy-de-Dôme, une correspondance tendant à les attirer dans son parti, ou à les tromper sur Tétat de rébellion dans lequel il étoit ; que, dans sa correspondance avec la commune de Saint-Ânthème, le Conseil général l'a constamment rassurée même à la veille de l'enlèvement, qui y eut lieu le l'*" septembre, du général Nicolas et des troupes de la République sur les intentions et sur les démarches de la force rebelle ; qu'il a laissé s'établir, dans cette force, un Comité militaire avec lequel il correspondoil et auquel il a laissé prendre un pouvoir tyrannique ; que plusieurs des membres du Conseil général n'ont pas signé tous les .arrêtés et toutes les lettres, mais qu'il n'est aucun des accusés qui n'ait signé quelques-uns des arrêtés liberticides et des lettres aux communes, qui ait mis de l'opposition aux mesures contre-révolutionnaires, protesté publiquement contre, ou donné sa rétractation aux termes du décret du 26 juin ; qu'enfin, le Conseil général de la commune, cassé par l'administration du district de Montbrison a continué ses fonctions malgré l'arrêté qu'il dénonça au Département de Hhône-et-Loire.
Les acquittements sont motivés plus succinctement.
Celui de Legaud, ordonnance du général Villemallet, est la rectification d'une erreur (26 brum.-16 nov.).
Monnet et Vissaguet, de l'armée lyonnaise, pris à Chazelles les armes à la main, sont renvoyés à la Commission militaire (l)qui venait d'être créée (8 frim.-28 nov.).
Martin, soldat du 4« bataillon de Rhône-et-Loire, est renvoyé à son corps qui statuera, mais on dit qu'il n'est pas « constant qu'il ait pris part à la conspiration, ait porté les armes dans Lyon et travaillé volontairement pour les Lyonnois ».
Tous les autres, Jean- Pierre-Thomas Desgeorges fils^ — Lucrèce- Marie Bernard, femme Goyet, — Pierre Liange aîné, — Antoine Liange cadet, ~ Claude Noël, — Ligon, — Jeaji-Pierre-Etiemie PaHat aîné et Jeinne Jacquette sa femme sont acquittés parce qu'il n'est pas constant qu'ils aient « participé au complot », qu'ils aient « trempé dans la conspiration lyonnoise, porté les armes parmi les rebelles ou leur aient fourni quelques secours ». Pour Pariât on constate qu'il a refusé de faire partie du « Département provisoire » et du jury de Chaiier.
Il me semble qu'avec des jugements aussi motivés on ne saurait nier le soin de ces juges à prendre l'opinion à témoin. Quelque
(i) V. plus loin, livre septième, chap. 2, § XXI : Con'iamnations et acquittements à Feurs, du iO frimaire au 8 nivôse.
SOUCI de Tobservation des formes juridiques esl aussi publiquement attesté par le texte des arrêts :
La Commission de Justice populaire, section de Feurs, Après avoir ouï en leurs interrogatoires les nomn\és... Ouï pareillement les témoins, en présence des accusés... Ouï Taccusateur public en ses réquisitions et conclusions motivées, Le Tribunal s'est retiré dans la Chambre du Conseil pour se recueillir et, après avoir délibéré, Déclare...
Et ailleurs :
Ouï... en leurs interrogatoires et en leurs défenses.
Et encore, dans le procès de Lattard :
Ouï publiquement les témoins en présence de Taccusé quia dit en sa défense que s il a eu le malheur d'outrager la Société populaire du Montbrisé...
On peut juger si ces verdicts dépassent la mesure des punitions ordinaires des révoltes armées et des usurpations de pouvoir. Notre histoire contemporaine a fourni des exemples de punitions plus brèves et plus terribles, dictées par des gouvernements réputés modérés et parfaitement conservateurs.
Si tous les tribunaux révolutionnaires avaient eu la pratique du premier tribunal de Feurs, il eût été injuste de les accabler des malédictions qu'ils ont si souvent méritées.
On ne saurait nier, en effet, que les juges de Feurs n'aient eu raison d'inscrire en tête de leur première sentence de mort :
.. . n est constant qu'il a éclalé dans la ville de Montbrisé, de concert avec les rebelles de Ville-alTranchie, une conspiration et complot tendant à troubler la République par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l'exercice de l'autorité légitime.
LES GRANDES EXÉCUTIONS A LYON (du 14 au 25 FRIMAIRE — 4 AU 15 DÉCEMBRE)
Lîi région fut tout à coup secouée par Tliorrible nouvelle des deux grands massacres de Lyon. Lu Commission révolutionnaire venait d'entrer en scène. En deux jours, les 14-15 frimaire (4-5 décembre), elle avait prononcé sur 306 affaires : 37 acquittements et 269 condamnations à mort ; 60 le premier jour, 209 le lendemain.
Deux mois après la prise de Lyon, 269 de ses défenseurs étaient tués à la fois, abominablement, en tas.
C'est une ivresse, une démence de colère qui rend féroce. Les moyens ordinaires de tuer : les feux de peloton qui, à chaque salve, peuvent cribler de balles les victimes, la guillotine si rapide, ne sont plus suffisants. On cherche un procédé d'écrasement en masse, l'anéantissement instantané, le rêve néronien : une seule tête pour en finir d'un coup ; la Commission temporaire ne trouve que la mitraille pompeusement baptisée feu de la foudre (i). On l'essaya sur les soixante premières victimes. C'est Delandine qui a rapporté le tableau du carnage si souvent cité :
Deux fossés parallèles avaient élé creusés pour recevoir les corps des morts et des mourants. Une haie de soldats bordait cliaque ligne en dehors des fossés et menaçait de l'œil, du sabre ou du fusil quiconque aurait tenté de s'écarter de la direction précise oîi il devait attendre le boulet qui devait terminer sa vie. Cette direction était le plan horizontal large d'environ trois pieds qui se trouvait entre les deux fossés.
Là, furent placés les condamnés, garottés deux à deux, à la suite les uns des autres. Derrière eux étaient les canons. Pendant cet arrangement formidable, les jeunes gens, sans imprécations, sans se plaindre, sans montrer le moindre signe de faiblesse, firent entendre ce refrain courageux : Mourir pour la Patrie. . .
A peine commençaient-ils à le répéter une seconde fois, que l'horrible décharge vint l'interrompre. Elle ne tua pas le tiers des malheureux qui l'essuyèrent, mais presque tous furent ble.^sés La fusillade s'unit au canon pour opérer leur destruction. Knlîn, les soldats traversèrent les fossés et, avec le sabre, ils la complélèrent. Ces soldats, peu exercés à manier les armes, et la plupart égorgeant pour la première fois, restèrent plus de deux heures à consommer ce massacre. Un bataillon de volontaires refusa de faire feu.
Que Delandine, un royaliste, ait ennobli les victimes et enlaidi les bourreaux, je n'en serais pas autrement surpris, son livre (de l'an V) aidait à l'action royaliste; que son récit présente quelques invraissemblancesjje l'aurais cru (2), mais les témoignages concordent. Voici les grandes exécutions racontées par celui qui les ordonna, le général Deciaye, commandant la place de Lyon ; le 17 frimaire (7 déc), il informe le Comité de Salut public :
... ,1e vous rends compte aussi qu'en vertu des jugements rendus par la
(1) V. plus haut § XI : Z«a Commission révolutionnaire de Lyon.
(2) Je ne vois pas c les canons » enfilant, à la fois, une rangée de soixante hommes les uns devant les autres, sur un terrain large d'un mètre et long de plus de trente : on ne peut supposer là que l'action d'une pièce ; deux autres pièces sur les côtés auraient pris le ruban en écharpe et n'auraient agi que bien peu.
Commission révolutionnaire établie par les représentants du peuple, j'ai fait fusiller^ le 11 frimaire, soixante rebelles, le 15 dudit mois deux cent et onze ; le 17, il en a été absous cinquante, et demain, 18, j'en ferai fusiller cent. C'est sur la plaine des Brolteaux que je fais expier le crime de ces traîtres ; là, attachés à une corde tendue le long d'une rangée d'arbres, une décharge suffit pour les exterminer de la foudre nationale. Et, c'est toujours aux cris mille fois répétés de : Vive la République ! que ces exécutions se font. J'espère que bientôt nous serons débarrassés de cette horde de muscadins et le voyageur dira : Lyon était là (1). ^
On eût honte de la première boucherie par la mitraille et le lendemain^ pour les 209, on essaya de mieux faire. Je cite encore Delandine :
Un appareil imposant de gardes et de gendarmes vint les prendre à la prison de Koanne pour les conduire aux Brotteaux. Une longue corde y fut fixée à chaque arbre d'une allée de saules. On attacha à cette corde chaque condamné par le lien qui lui comprimait les mains derrière le dos et un piquet plus ou moins nombreux fut placé à quatre pas devant lui.
Au signal donné, les premiers coups partirent et, sans terminer la vie, ils produisirent d'horribles soulfrances. Les uns eurent les bras emportés, d'autres les mâchoires ou une partie de la tête. Tombant, se relevant, se débattant, on entendait de toutes parts l'affreuse prière : Ac/ievez-nioi, mes amis^ ne ni'épat*^ gnez pa*. Ces cris retentirent longtemps jusque sur la rive opposée du Rhône.
Ainsi s'exécutèrent toutes les fusillades. . .
Après cette exécution, les corps furent dépouillés et jetés dans des fossés larges et profonds que d'autres exécutions devaient ensuite chaque jour combler. . .
La description administrative est moins circonstanciée; la voici, très concise, en un certificat copié dans une collection conservée aux Archives du Rhône :
Aujourd'huy, quinze frimaire, l'an 2» de la République françoise une, indivisible et démocratique.
Moi, général de brigade commandant la place, certifie que, d'après la réquisition de la Commission révolutionnaire de ce jour, avoir fait fusiller, dans la plaine des Brotteaux, les criminels dénommés dans le jiigemcnt de ladite Commission.
Fait au Quartier général de Commune-Affranchie. . .
Dans la liste des viciimes du premier jour, le district de Saint- Etienne comptait deux jeunes soldais de la révolte :
Joseph de la Tour-Varan (26 ans), de Firminy. Né le 15 novembre 1767, il était entré comme sous-lieutenant dans le régiment de Forez. Il revenait de la Guadeloupe, quand il se jeta dans Lyon pour prendre part à la défense.
(1) Archives du Ministère de la Guerre.
Georges Merle (22 ans), de Saint-Pierre-de-beuf.
Dans les victimes du second jour, je relève d'abord tout un groupe qui me paraît avoir fait partie des détachements envoyés à Lyon de Saint-Etienne et de Saint-Chamond.
, 1® De Saint-Etienne :
Jean-Baptiste Durand (26 ans), armurier, né à Saint-Rambert.
Charles Arnaud (25 ans), marchand de rubans, rue Saint-André.
Gabriel Calemard (21 ans), commis, né à Saint-Bonnet-le-château.
Christophe Ye^madet (26 ans), teinturier, « venu de Saint-Etienne pour se joindre aux rebelles ». [Tableaux des contre-révolutionnaires mis à mort).
2® De Saint-Chamond :
Claude Bayon (22 ans), passementier, né à Saint-Didier-la-Séauve.
Clément Roche (32 ans), né à Saint-Marceli n (?).
Jean Dory (24 ans), passementier, né à Saint-Genis-terre-noire.
Jean Mourier (32 ans), laboureur, né à Monistrol.
Marcelin Limousin (38 ans), passementier, né à Monistrol.
Michel Maliquet (36 ans), né à Saint-Romain en Jarez.
Après ces soldats, je relève une illustre victime : Louis-Joseph Praire-Royet (37 ans).
Je veux noter comme intéressant le district ce Montbrisonnais, né à Saint-Priest-en-Jarez : Marcelin Delesgalery (63 ans).
Dans les 37 acquittés du 15 frimaire (5 déc), je ne relève aucun nom que je puisse sûrement attribuer au district de Saint-Etienne.
Après ces horreurs, la Commission se montra magnanime pendant deux jours. Le 16, elle prononça (sur les administrateurs du Puy-de-Dôme) 2 condamnations à mort et 11 acquittements. Le 17, elle prononça 50 acquittements. Je trouve là des noms que je ne puis encore sûrement attribuer au district bien que le lien soit presque apparent : Claude Lardon, Jacques Carrier, etc.
Le 8 frimaire (8 décembre), les grandes exécutions sont reprises : 73 condamnations. Je trouve dans la liste les noms de deux soldats du détachement de Saint-Etienne :
Jean-Marie-Louis Dervieux (20 ans), né à Saint-Etienne ; « venu de Saint-Elienne pour se joindre aux rebelles ». [Tableaux des contre-révolutionnaires mis à morti,
Jacques-Antoine Gahio (23 ans), né en Italie; « venu de Saint- Etienne pour se joindre aux rebelles ». {Tableaux).
Le 19, 13 condamnations et, le 20, 53 acquittements. Je ne relève aucun nom du district dans la liste des condamnés. Dans les acquittements, Laurent Crozet, Pierre Drevet, François Terrasson portent des noms très connus dans ce pays : le rattachement est difficile.
Le 21 frimaire Cil décembre), 67 condamnations, mais 15 portent sur des accusés qui avaient pu s'évader. Parmi ces derniers, je relève Benoit et Pierre Couchoud, de Saint-Paul-en-Jarez, le père (61 ans) et le fils (24* ans).
Au nombre des exécutés :
Joseph-François Buys (66 ans), officier de gendarmerie à Saint- Etienne, né à Givors; « venu de Saint-Etienne pour se joindre aux rebelles ». (Tableaux) .
Buys fut exécuté avec douze gendarmes de Lyon et de Rhône-et- Loire appelés au service de la révolte par le lieutenant-colonel de Trezelte condamné lui-même par la Commission militaire le 3 frimaire (23 nov.).
Etienne Basset (62 ans), commissaire à terrier, né à Cluny, demeurant à Saint-Chamond.
Le 23 frimaire (13 décembre), 45 exécutions. Un nom se rapporte à une famille de Rive-de-Gier : Pierre Fleurdelix (27 ans).
Le 24, série d'acquittements : 50 noms dans lesquels je relève :
1° de Saint-Etienne :
Jean- Baptiste Langlade^ François Polie, François Jourjon^ * Jean-Marie Jourjon, Pierre Duprat^ Pierre DénoyèrCy François Mathevon, Antoine Bine, Joseph Galieny Noel-Antoine Allois.
2» de Saint-Chamond :
Benoit Cognety Etienne JamaiSj Benoit Jacques.
Le 25 frimaire (15 décembre), 14 exécutions. Aucun nom du district.
J'arrête là cette énumération des premiers sacrifices ordonnés par la Commission révolutionnaire. En douze jours, 481 condamnations à mort prononcées, 466 exécutées. A quoi il faut ajouter 201 acquittements.
Les représentants à Lyon (Gollot, Fouché) écrivent au Comité de Salut public au sujet de la Commission révolutionnaire :
22 frimaire (12 dcc).
...Elle remplit ses devoirs pénibles avec une sévérité stoïque et avec une impartiale rigueur. C'est en présence du peuple, sous les voûtes de la nature", qu'elle rend la justice comme le ciel la rendrait lui-même !...
L'efTel produit dans le pays se préjuge de reste, hélas ! Tout fléchit et la pitié emporta tout. Les divergences d'opinion, la révolte même fut oubliée : on ne vit plus que des malheureux dont les qualités personnelles paraissaient la condamnation des juges et des bourreaux. Le JoMi'nai déî Ville-Affranchie du 16 frimaire (6 déc.) relève pour le blâmer cet élan de la compassion publique sur le passage des victimes :
La plupart des citoyens sont frappés de terreur. Ils se demandent les uns aux autres les noms des condamnés et ils témoignent leurs regrets presque sur tous les coupables : ils se disent à l'oreille : Qu*a-t-U donc fait f C*élo\t un honnête honime.
Gollot d'Herbois et Fouché s'elTorcèrenl de réagir contre celte émotion et se répandirent en exhortations placardées sur tous les murs :
...Vos perfides ennemis, vos hypocrites amis cherchent à vous imprimer de faux mouvements, à briser le ressori de vos àmcs et à donner le change à votre sensibilité. Les ombres des conspirateurs, des traîtres, semblent sortir du néant pour exercer sur vous leur sinistre influence... On veut arrêter la volonté du peuple dans ses elTets par des considérations, par des calculs pusillanimes. . . On ose insulter à sa toute-puissance, circonscrire sa justice éternelle dans les limites des tribunaux ordinaires. . Lyon, que le peuple a condamnée à Tanéantissement, est conservée dans la pensée pour devenir encore le foyer du brigandage royal... Quels sont donc ces hommes qui ont convu le téméraire projet d'enchaîner la sévère justice du peuple et de briser dans ses mains la foudre vengeresse...
PRAIRE-ROYET ET SON FRÈRE PRAIRENEYZIEU 125
Cette réthorique ne pouvait que rendre plus odieuse encore ia dictature sans cœur et sans humanité qui punissait de mort des passementiers et des laboureurs coupables d'avoir mis leurs vingtcinq ans au service d'une politique dont, à coup sûr, ils ne comprenaient ni le sens, ni la portée. Le sentiment de réaction de l'an III, c'est en brumaire et en frimaire de Tan II qu'il s'est révélé dans l'âme du peuple indigné.
Ah ! je sens bien que la responsabilité première de ces horreurs retombe sur les fauteurs de la guerree civile. Je sais bien qu'à Watignies seulement on enterra près de trois mille soldats républicains ; qu'au moment même où les prés de la Part-Dieu deviennent des champs de supplice, les soldats de la République tombent par centaines pour enlever aux Anglais Toulon en flammes que les royalistes venaient de livrer et dont l'amiral Hood avait pris possession au nom de Louis XVII ! Je le sais. Mais je vois bien aussi que la pitié se révolte; qu'à se montrer cruelle envers les vaincus, la Révolution se perd ; que les pourvoyeurs des bourreaux sont horriblement détestés et qu'en devenant des victimes, les vaincus gagnent le cœur de la Nation.
PRAIRE-ROYET ET SON FRÈRE PRAIRE-NEYZIEU
Je viens de dire que Claude-Antoine Praire-Neyzieu avait été exécuté, avec les soldats de la révolte, le 25 brumaire (i5 novembre) condamné par la Commission militaire et que son frère, Louis- Joseph Praire-Royet, fut de la grande immolation du 15 frimaire (5 décembre) ordonnée par la Commission révolutionnaire. Je ne puis m'éloigner des deux victimes.
Praire-Royet l'aîné avait 37 ans ; son frère 35. Leur famille a conservé comme de pieuses reliques un petit paquet de lettres (huit) écrites par Praire-Neyzieu à sa femme, de la prison de Roanne, à Lyon ; on y a joint deux lettres de son frère, l'une à sa sœur, du 26 septembre (je l'ai donnée tome I*', page 757), l'autre du jour ou de la veiJIe de sa mort (je vais la transcrire). Je dois à la famille de M. Testenoire-Lafayette, à M. Noël Thiollier son petit-fils, communication d'une copie de ces lettres pour laquelle j'exprime ici ma gratitude.
Je ne puis reproduire les longues lettres de Praire-Neyzieu^ où
426 PRAIRE-ROYET ET SON FRÈRE PRAIRC-NEYZIEU
le malheureux exprime, dans la forme littéraire de son temps, les angoisses de ses derniers jours de condamné. Il avait de si fortes raisons de ne pas vouloir mourir, le pauvre garçon ! Sa jeune femme, Bénédicte Gonin, venait de lui donner un fils qu'elle nourrissait. Et comme il Taimait, cette femme ! et comme il désirait voir encore, et toujours, le rire et le clair regard de cet enfant ! Ces lettres, pénibles à lire, sont datées du 8 au 15 novembre, les sept jours qui précédèrent la mort.
Arrêté le 2 octobre, il avait été dirigé aussitôt (le 4) dans les prisons de Tarmée assiégeante, vers Saint-Genis-la-val, je crois ; après la prise de la ville, il y fut transféré, dans la prison dite de Roanne. Son frère, Praire-Royet, arrêté l'un des premiers jours de septembre, avait été dirigé, comme un prisonnier de marque, au Quartier général de Dubois-Crancé à la Pape et, de là, transféré aussi, au commencement de novembre, en la même prison de Roanne. Les deux frères partagèrent la même captivité pendant quelques jours. Le 8 novembre, Praire-Neyzieu écrit :
Tu sais que mon frère est arrivé ; il se porte bien. Je partage avec lui mon lit ; nous dormons ! Il a de la fermeté, du courage ; il ne veut pas qu'on s'occupe de lui de silôt.
Sur l'attitude de Praire-Royet pendant ces sept jours, son frère a laissé quelques mots ; le 9 novembre :
Le frère est inquiet quoiqu'il cherche à le cacher ; j'ai été content de lui quand il a parlé à Filleuil (1). Il a besoin qu'on travaille pour lui et qu'on le force, pour ainsi dire, à faire ce qui lui est nécessaire et qui est de préparer ses moyens de défense à l'avance, afin de n'être pas pris en défaut de mémoire.
Et le 10 :
Mon frère est absorbé et continuellement en prières ; son espérance est en Dieu. Il attend bien peu des hommes.
La femme de Praire-Neyzieu, Bénédicte Gonin, était à Lyon, son
enfant aux bras, avec une sœur à elle. Une sœur des Praire y était
aussi. Elles y faisaient des démarches sans résultat (2) qui, cepen-
(1) Un peu plus haut : « Nous venons de voir le citoyen Filleuil qui est venu « de votre pari nous offrir ses services pour notre défense ; nous l'avons « accueilli ; il nous a promis de revenir ce soir ».
(2) Lettre de Praire-Neyzieu à sa femme du 8 novembre : « Engages ta sœur « à retourner à Roussillon. Je sais combien elle a à souffrir de s'être donnée « tant de mal sans avoir pu « réussir ».
Du 10 nov. : « Faites toutes les deux les derniers efforts pour nous, et si « vous n'obtenez rien, laissez-nous oublier et retirez-vous... Si j'ai l'espoir de a réussir pour ma liberté, fais-moi venir mon uniforme... >
PRAIRE-ROYET ET SON FRÈRE PRAIRE-NEYZIEU 127
dant, laissaient quelque lueur d'espérance à certaines heures. Une dame Vincent s'en occupait (1). Dès parents, des amis s'y employaient (2). Hélas I
Elles se rendaient à la prison où les hommes aimés apparaissaient derrière une grille. On se parlait et on pleurait : « Tu me parles de ton courage et j'ai vu des larmes couler de tes yeux ». Et le pauvre Praire-Neyzieu rentré en sa chambrée continuait la conversation en écrivant son amour et la peine qui le torturait.
Le régime de la prison n'était pas aussi dur qu'il le fut par la suite. Les familles assistaient leurs détenus à leur gré. En une heure d'espérance, Praire-Neyzieu écrit à sa femme (le 8) : « Quand tu seras à Armesville, tu nous enverras un fromage de Saint-Didier et deux dindes à l'adresse de la citoyenne Vincent ». Il demande aussi des « galoches fourrées pour son frère et lui ». Les moyens de correspondre semblent avoir été faciles à ce moment.
Mais avec quoi aurait-on pu atténuer l'angoisse de la séparation déchirante qui, malgré tout, restait dans l'esprit de ces deux hommes comme une obsédante douleur.
Sans doute, la fierté des combattants se révèle dans leurs papiers et, certes, ils sont loin de crier le pardon. Praire-Neyzieu écrit pour son fils (12 nov.) :
On cherchera à te faire rougir du nom que tu portes, des malheureux dont tu as reçu l'être. N'aies jamais cette faiblesse ; ton père fut honnête homme ; il fut vertueux ; il péril victime de la rage de quelques hommes et de l'égarement du peuple...
(1) Praire-Neyzieu écrit à sa femme le 8 : « Vois aujourd'hui la citoyenne « Vincent qui m'a fait dire qu'elle aurait une permission, qu'elle viendrait me « voir ; dédommages-là, de ce qu«^ nous ne pouvons lui exprimer, par ton « amitié et ta reconnaissance. C'est dans ces circonstances que l'on fait a répreuve des bons cœeurs... Je m'en rapporte d'ailleurs à ce que ta tendresse w t'inspirera de moyens pour la liberté de ton ami ... «
Et le 10 novembre : c Je pense, bonne petite amie, qu'il convient que tu ailles a voir M« V. . . et que tu lui demandes le résultat de ses démarches en lui pei- « gnant toute notre sensibilité. Mets-y le prix qu'elles méritent et instruis-nous « de ce qu'elle aura obtenu. Je n'ai pas vu la personne en question ni ouï dire c qu'elle soit venue ».
Et jusqu'au dernier moment, le 15 : « Je vais écrire à M™* Vincent pour con- » certer avec elle la suite de nos démarches ».
(2) Lettre du 10 nov. : « Dis à mon oncle V... de me marquer s'il a obtenu « quelque chose de ThioUière. Je désirerais avoir un rapport fait par le district « de Montbrison où je suis inculpé. Le curé de Saint-Galmier peut le procurer. • On peut aussi connaître à Armesville les dépositions qui ont été faites contre f moi, Bernard ou le médecin doivent en avoir connaissance ».
128 PRAIRE-ROYET ET SON FRÈRE PRAÎRE-NEYZIEU
Sans doute, ils ont la contenance fière et aussi conscience de leur situation. Ils savent qu'ils vont subir le sort des vaincus. Praire- Neyzieu dit de son frère : « Il ne veut pas qu'on s'occupe de lui de sitôt i>, et il ajoute : << Je prévois que pour moi-même c'est inutile ».
Sans doute, ils entrevoient la mort avec courage. Ils n'ont pas peijfr.
Mais pour Tun d'eux, du moins, Praire-Neyzieu, nous avons des témoignages qui sont ses dernières paroles, et ces témoignages disent qu'il eut, jusqu'au dernier jour, l'indomptable désir de vivre, de vivre pour un amour qui emplissait son cœur. Le jour même de sa mort, il exprimait des espérances. . .
Elles sont navrantes ces lettres de Praire-Neyzieu. On y voit comme des fluctuations d'angoisses ; des retours à la vie y apparaissent, fugitifs, entre des désespoirs (1) que les élans religieux, les appels à la pitié de Dieu, du Dieu de miséricorde, affirment avec une singulière éloquence. L'époux aimé ne se console pas des bonheurs perdus et il lui arrive de rêver des bonheurs futurs, loin du monde, en quelque solitude où le cauchemar de l'horrible lutte serait oublié. . . (10 nov.) :
Je ne demande qu'un petit coin, bien retiré, bien solitaire, où nous puissions vivre sans envieux, auprès l'un de l'autre, occupés à servir notre divin Maître et à nous aimer et à nous servir avec toute l'affection dont nos cœurs sont capables. Je travaillerai la terre ; je sèmerai, je recueillerai ; le dixième de notre produit sera pour les malheureux que nous chercherons à soulager. Tu auras soin du ménage. Quand je reviendrai le soir dos travaux des champs, tu me prépareras un petit repas bien frugal ; tout ce que je mangerai aura un goût exquis préparé et offert par ma Hénédicte. Notre petit croîtra sous nos yeux et nos exemples ; il sera un jour notre joie comme il est aujourd'hui notre unique espérance. . .
Mais à quoi bon porter mes regards sur cet avenir dés qu'il ne m'est plus permis den espérer d'autre que celui de l'Eternité ?. . .
Ce n'est pas sans déchirement qu'il s'arrache à l'illusion décevante. . .
(l) Lettre du 12 nov. : « ,1e ne veux plus voir personne. Je voudrais que tous « ceux qui sont dans cette prison en sortent à l'inslant, que l'on m'ensevelisse t dans un cachot noir et affreux ; je voudrais y supporter toutes les angoisses « de l'agonie, expirer dans les fers et les tourments ! Je voudrais souffrir « autant de maux à la fois que je te souhaite de bonheur 1... Adieu. Cette « lettre sera la dernière que tu recevras de moi. Ne m'écris plus, laisse-moi « mourir. Dis à ma sœur, à ma famille, à tous ceux que je connais de ne plus « penser à moi et fais-leur mes adieux ».
PRAIRE-ROYET ET SON FRÈRE PRAIRE-NEY2IEU 129
Ah ! sans doute, il est inaccessible à la peur ; mais il voudrait tant ne pas mourir que la supplication lui monte aux lèvres (t3 novembre) :
Tu juges que le courage ne me manquera pas. Cependant, je ne puis penser a toi sans m'attendrir et toujours je pense à toi, à noire enfant! Grand Dieu ! si les tourments que j'endure peuvent être comptés pour quelque chose, si mes pleurs sur mes fautes, si ma résolution de vous être fidèle, si l'offrande que je vous ai faite du flls que vous m'avez donné vous sont agréables, jetez sur moi un œil de miséricorde! Ayez pitié de moi!... J'abandonne tout, j'accepte la misère la plus affreuse, les tourments de la captivité, les mauvais traitements, la crainte ! Mais, mon Dieu ! conservez-moi mon épouse, mon fils ! Conservezmoi pour eux ! Je leur suis nécessaire pour les protéger !
Sois tranquille sur moi, le courage ne me manquera pas...
Et encore ce touchant désir de communion de pensée (11 nov.) :
Ce soir, à dix heures, au moment de te coucher, tiens ton enfant dans tes bras, et, à genoux, implores l'assistance de la Sainte Vierge pour qu'elle protège notre enfant, qu'elle obtienne pour lui les grâces du Seigneur ! A la même heure, je l'invoquerai pour toi, pour lui !
Il emplit son papier des protestations de son amour pour la « tendre et bien-aimée épouse » et aussi de ses invocations religieuses :
La nuit n'est pas tout à fait venue, je puis encore écrire un mot à Bénédicte...
Quand vint le dernier jour, ce jour s'éclaira d'abord d'une douce clarté d'espérance. Le 15 novembre, à onze heures du matin, il écrit :
Tu es partie deux jours trop tôt, ma chère amie. Ce matin, j'ai été conduit au Tribunal et interrogé par Grandmaison. L'on m'a fait cinq ou six questions. J'ai répondu avec calme et fermeté. L'une de ces questions me fait bien augurer de mon sort, c'est : N'avez-vous pas eu connaissance du décret du i^ juillet qui «wpprinie tous les agents civils ou niilitaires dans le département de Rhône-et- Loire f J'ai répondu que Aon parce que je ne pouvais pas répondre autre chose, n'en ayant jamais eu connaissance. J'ai été renvoyé après cela et suis plein de
vie et d'espérance. . .
Je vais écrire à M"»« Vincent pour concerter avec elle la suite de mes démarches. Il me reste donc des espérances. . .
Je me hâte de te donner une nouvelle faite pour te tranquilliser. Donnes-la à ta maman et à ta bonne maman... Ne parles de mon interrogatoire qu'en secret et fais-en part à mon oncle.
11 est si confiant que les choses les plus tragiques ne le troublent pas :
430 PRAtRE-ROYET ET* SON FRÈRE PRAIRE-NEY251EU
Tu aurais été bien contente de moi si tu m^avais vu quand on me menait et quand on m'a appelé. Je ne sais quel intérêt j'inspirais à tous les prisonniers : plusieurs pleuraient. Tous avaient une appréhension mortelle sur mon sort ! Mon pauvre frère me voyant partir s'est jeté sur mon lit et s'est mis à prier. Lachaud fondait en armes et j'étais calme ; j'élevais mon âme à Dieu ! Je me mettais sous la protection de la Sainte Vierge ! Je te l'avoue, mon amie, j'oubliais toute autre chose. Soili de la prison au milieu de trois gendarmes le sabre nu, je voyais la pitié générale et la stupeur sur tous les visages ; on s'intéressait à moi ; on se serait intéressé à tout autre, ce qui me fait supposer qu'on est las de voir tant de sang répandu.
J'ignore ce que le Tribunal veut faire de moi. J'attendrai qu'il prononce, avec patience. Je m'estime heureux de n'être plus exposé à courir ailleurs^ ni à la Commission populaire.
' Le pauvre garçon ne devait pas voir la fin de la journée. A quatre lieures dii soir, il écrit la dernière lettre. La voici :
Tel est le sort des vicissitudes humaines. Ce matin, l'espérance était dans mon cœur; ce soir, elle s'éteint pour toujotirs...
Adieu donc, ma bonne amie ; alors que l'espoir me restait, mes sens étaient troublés. Mon arrêt de mort est prononcé et j'y cours sans crainte.
Mais, toi, ma bonne amie, que vas-tu devenir? Que deviendra ce cher fils ? Conserves ce gage précieux de l'amour le plus tendre ; tous les jours, implores sur lui la miséricorde de Dieu, l'assistance de sa sainte Mère et des saints. Pries tous les jours pour moi ; ne t'écartes pas de la marche qu'il nous a tracée. Nous n'étions en ce monde que pour souffrir. Dieu me punit d'avoir voulu m'y plaire.
Adieu. Ton souvenir sera toujours avec moi. Si Dieu me fait miséricorde, je prierai pour toi et notre fils.
Praire-Royet survécut de vingt jours à son frère. Le 4 frimaire (4 déc.) eut lieu, je Tai dit, l'immolation des soixante ; c'est probablement le soir de ce jour, le dernier soir de sa vie, qu'il écrivit, sans la dater, sans y mettre aucune indication, la lettre suivante, douloureux chant de triomphe de la victime qui, devant le bourreau, ne fléchit pas, s'exalte et reste confiante dans une justice d'au-delà, définitive et suprême :
J'ai bien du regret de n'avoir pu m'entretenir avec ma chère cousine qui a bien voulu venir me voir; mais la consigne de ne laisser communiquer les détenus avec personne ne me laisse que la satisfaction de m'entretenir avec vous par écrit.
Toujours on me flatte d'un succès trop incertain pour que vous y comptiez, ni moi. On est venu prendre, à une heure, soixante de mes camarades pour les fusiller, dit-on, aux Brotteaux. Le même sort nous attend tous, sans doute, et il ne m'afflige pas, grâce à Dieu ! J'espère qu'en avançant de la fin de ma carrière, il m'accordera les grâces qui me sont nécessaires : je les devrai, en partie, à vos prières et à celles de tant d'àmes qui s'intéressent à moi. Priez le Dieu des miséricordes de vous accorder celles dont vous avez besoin»
PRAIRE-ROYET ET SON FRERE PRAIRE-NEYZlEU 131
Je vous embrasse en Jésus-Christ. Veillez et priez ! C'est lorsque Dieu nous châtie qu'il nous prouve qu'il nous aime. Plein de confiance dans le Seigneur, je bénis la main qui nous frappe. Jamais nous n'avons été aussi heureux que dans ces moments où le bon grain se sépare de l'ivraie. C'est dans la persécution que la religion gagne ! 11 faut espérer que celle que nous éprouvons la sauvera en France, car, sans cela, elle serait à jamais perdue ; mais le flambeau de la Foi brille maintenant d'un éclat plus pur.
Adieu. Je vous recommande mon père et ma mère, ma femme et mes enfants, tout ce que j'ai de plus cher.
Ne m'oubliez pas dans vos prières. Je vous porte dans mon cœur et j'offre ce C4i;ur à l'Etemel dans la ferme espérance qu'il voudra bien ne pas le rejeter.
Réjouissez-vous avec tous les chrétiens de tout ce qui arrive. Jamais nous n avons été plus près de la véritable félicité !
Horrible guerre ! Combien d'autres ont subi les mêmes angoisses, senti perler sur leur front les mêmes froides sueurs d'agonie ! Combien d'autres familles ont pleuré, combien d'autres femmes ont inutilement supplié !
On est jeune, intelligent, généreux, brave, instruit. On accepte avec loyauté les devoirs civiques ; quand les troubles viennent, on est capable d'entendre gronder l'orage autour de soi ; on a le verbe qui rassure, le geste qui commande et on est capable de l'action ; on va naturellement aux résolutions qui sont logiques et on dédaigne les demi-mesures qui atténueraient, les concessions qui calmeraient peut-être mais qui paraissent lâches. Puis, les inimitiés grandissent, deviennent des haines, des haines hurlantes et agissantes, et on entre dans la guerre civile, et on y entre de plus en plus sans s'apercevoir qu'on fait le jeu des ennemis de la Patrie. Alors, en avant ! troupes, chevaux, fusils, canons, trompettes, sabres au clair! On est résolu et on n'hésite pas : c'est la condition de la. victoire. Conclusion : Vie victis! On attend la mort en quelque prison, stoïquement, mais le cœur martyrisé par les arrachements inévitables. Et, malgré leur fierté, les plus forts crient sous la douleur!
Faut-il dire qu'à passer dans l'autre camp, la victoire condamnerait d'autres vaincus aux mêmes souffrances et aux mêmes deuils ?
Cependant, il faut le reconnaître, les victimes comme Praire- Royet et son frère sont particulièrement dignes. Si on était tenté de voir quelque contradiction entre les convictions religieuses si profondes que révèlent leurs dernières paroles et la collaboration si dévouée de l'un d'eux à l'action révolutionnaire, il y aurait méprise. Ces hommes furent des catholiques, très sûrement. Ils ont servi la Révolution pour faire œuvre de justice. Mais, sûrement aussi, ils n'auraient consenti aucun sacrifice de leur foi. Ils crurent, au con-
^32 STAtlSTIQUE DES t>ftîSONS DE SAINT-éxiENNE
traire, mieux servir leur foi et mieux réaliser leur idéal religieux en plaçant l'Eglise hors des inspirations théocratiques et en lui donnant un clergé détaché des intérêts mondains et placé tout près du peuple qu'il devait diriger et aimer.
Praire-Neyzieu, comme de la Roche-Negly, fut fusillé place Bellecour; Praire-Royet fut de la mitraillade des Brotteaux.
Ma pensée se reporte vers ce jour d'hiver où le long cortège du supplice se dirigeait vers les mélancoliques saulaies des Brotteaux. J'y vois Praire-Royet lié à la corde infâme, pâle et résolu dans l'héroïsme de la mort acceptée sans effroi. Des pensées qui traversaient son esprit, j'en devine : sa femme, ses enfants, les siens dans les larmes, son doux foyer éteint dans la petite ville fumeuse... Qu'étaient devenues les illusions de 89 à 92, perdues et noyées dans les luttes si difficiles qui commencèrent par les belles élections de 92 et qui avaient cette conclusion triste, désespérée, de tant de malheurs et de tant de deuils? Peut-être au fond de sa pensée regrettait-il moins sa mort, à trente-sept ans, que celle de tant de braves gens qui avaient eu confiance en lui, qu'il avait dirigés avec toute la sincérité et toute la droiture de sa conviction et qu'il avait cependant menés aux abîmes voulant les conduire à la République de la Liberté et du respect de la Loi !
Praire-Royet mérite, en tous cas, cette justice : si, malgré sa belle intelligence, il se trompa, nul n'apporta dans la vie publique plus de dons séduisants, plus de droiture, plus de courage et de fermeté d'âme !
statistique des prisons de saint-étienne et de peurs
(24-30 frimaire)
Au moment où elle allait disparaître de la section de Feurs, la Commission de Justice populaire eut la préoccupation des affaires de Saint-Etienne. L'accusateur public, Dubien, songea aux bases de ses réquisitions et ordonna une première enquête sous la forme d'une liste des détenus dans les prisons stéphanoises avec — en regard de chaque nom — le résumé, en une phrase ou deux, des charges d'accusation ; il ordonna en outre que les documents établissant ces charges seraient versés à son parquet.
A cet effet, il envoya â Saint-Etienne « le citoyen Chatelard,
commis- greffier de la Commission de Justice », avec les pouvoirs suivants datés du 16 frimaire (6 décembre) :
. . . Prendre une liste de tous les détenus dans les maisons d'arrêt, dans un ordre alphabétique ; en énonçant, dans une colonne, la qualité et fonction publique de chacun ; prendre au Comité de surveillance toutes les notes, tous les renseignements qu'il pourra fournir sur chacun des détenus et les porter sur la colonne d'obsei*vations de la liste qu'il dressera ; faire translater dans la maison d'arrêt de Feurs les ex-administrateurs et procureur-syndic du District de Saint-Etienne, les officiers municipaux et notables, les présidents et secrétaires de sections et les fonctionnaires publics généralement quelconques, déjà détenus ou qui seront arrêtés en vertu des mandats d'arrêt qui lui ont été remis..,
Chatelard requerra la force publique et saisira les preuves :
. . . Prendre et retirer tous les papiers et registres de l'ancienne municipalité, du District et des sections qui, depuis le !29 mai dernier (vieux style) auroient trait à la conspiration qui a éclaté à Lyon, à Saint-Etienne, à Montbrison, en dresser inventaire très sommaire et en laisser un double signé aux dépositaires... Dubien (1).
On yôit que Dubien ordonnait son instruction avec méthode, commençant par étudier le rôle des administrateurs, de ceux que la loi qualifiait « chefs de révolte ». Plus tard, cette préoccupation sera négligée.
C'est à l'exécution de cet ordre que se rapporte la liste suivante des détenus (2) dressée huit jours après et portant en tète cette date : « Ce 24 frimaire » (14 décembre). Ce titre n'est pas exact : il indique la date où a été commencé ce travail en lequel on voit des prisonniers (les dix-sept derniers) qui ont été écroués du 27 frimaire (17 décembre) au 4 nivôse (24 déceiTibre). Les détenus y sont classés, sauf quelques exceptions, en deux grandes catégories : les uns, destinés au transfert ordonné, ont en regard de leur nom le chiflfre « 18 » dont le sens m'échappe ; les autres, destinés à séjourner, ont, dans leurs notes, cette mention fantaisiste : « poste restante ». Je marque les premiers d'une astérisque.
De qui cette classification? On peut la supposer de Dorfeuille. Le président de la Commission de Justice populaire de Lyon procéda, c'est certain, à une sorte d'instruction préliminaire ; la Dénonciation contre Javogucs la reproche au représentant :
... Il envoie siui iligno compagnon Dortonillc? iiil('rn»:'<'r ses victimes; ce dernier s'en acquitte au gré de son collègue.
(1) Dossiers de Feurs. — Feurs.
(2) Ibid.
134 STATISTIOIE DES PRISONS DE SAlNT-ÉTIENNE
Il y a d'autres preuves (1).
L'ordre de cette liste est exactement celui du livre d'écrou et par conséquent des dates d'arrestation. Je marque les exceptions en reproduisant avec fidélité le curieux document :
Ce 24 frimaire :
* Juliard Joseph-François (2),
Curé à Montagny pendant dix-sept ans. — 18.
* Bertrandy Louis-Honoréy
Prêtre récollet, demeurant à la Chapelle, annexe des llayes, prèlre réfraclaire. — 18.
* Briery ClaudCy
Ci-devant prêtre, demeurant à Pavezin. — 18.
* Bourdely François^ Curé de la Fouillouse. — 18.
* Détours Claude- Antoine,
De Saint-Didier-sous-Rochefort, demeurant à Saint-Etienne depuis vinjjt ans. ci-devant juge du Tribunal du district. — 18.
Bouillet Nicolas,
Arquebusier de Paris nommé par le pouvoir exécutif, et le Comité de Salut public pour commissaire dans la partie des armes à l'époque du 2î) avril 1793 jusqu'au 16 octobre où il a été arrêlé. — Poste restante.
* Antoine-Vince7it Soleymieu,
Ci -devant noble, 55 ans. Saint-Etienne. Cent 80 mille francs en marchandise ou numéraire et en immeubles 3 cent 20 mille livres. — 18.
Papier Jean-Claude (3),
Fabricant d'armes, rue du Chambon, 25.
Chapon, Evadé.
(1) Le dossier Macabêo Simon contient une lettre de ce détenu à Dorfeuille dans laquelle il dit savoir que son frùre, Jean-Pierre Macabéo, a été interrogé par lui, Dorfeuille. La lettn» est du 8 nivùsc (28 décembre).
(2) N'est pas à son rang. A été ajouté en tél(». Devrait être avec l'abbé Desrues entre Rougy et Giraud. Voir plus loin. A la liste d(î récapitulation (V. p. lil), Juliard est qualitlé « député de Hhôiie-et-Loire ».
(3j Mis en liberté peu après, le 0 nivôse (26 décembre).
STATISTIQUE DES PRISONS DE SAlNT-ÉTIENNE 135
Bizaillon Jean (1), Rue de Lyon, 24, coutelier.
* Neyron Jacques^
Ci-devant noble, intéressé dans un commerce ; vice-président de section et nommé par sa section commandant d*une compagnie de vétérans. — 18.
Péru88el, Evadé.
* Vial André,
32 ans, défenseur officieux, ci-devant clerc de Palais, ci-devant greffier de la juridiction de Saint-Etienne, secrétaire de section à l'époque des Lyonnois. — 18. •
* Ravarein Jean-PierrCy
De Saint-Etienne, commandant de bataillon ; entré dans Lyon le 13 août et le 27 sorti. — 18.
* BemoU'Rochetaillée Jean-Fraiiçois^
Ci-devant noble, de Saint-Etienne, commandant de bataillon 1 /92 et simple fusilier en 1793 ; ayant servi dans la maison du ci-devant roy, chevau-légur retiré en 1787, pensionné à 360 liv. ayant exhibé des certificats de fausse date. — 18.
La Tour-Varan Nicolas, Commandant de bataillon. — Poste restante. Pignon instruira.
* Jean-Thomas (TAboin d^Apinac,
Officier au ci-devant régiment de la Marine, n'ayant pas donné sa croix de cidevant Saint-Louis au moment de son arrestation, époque du 20 octobre. — 18.
* Buisson François, curé de Firminy,
Natif de Saint-Etienne. — 18.
* Praire Jean-Louis, de Montaut (Praire du Rey),
En tout, deux cent 40 mille livres de fonds ou de rente. — 18.
* Croiizat Pierre-Gabriel,
Ci-devant agent du seigneur de Cazoul (2) prés de Béziors, notaire au Chambon et administrateur du district de Saint-Etienne. — 18.
(1) Mis en liberté peu après ; le livre dY'crou ne donne pas la date.
(2) Dans la liste de récapitulation (page 141) : « Crouzat de Cazouls »•
136 STATISTIQUE DES PRISONS DE SAlNT-ÉTIENNE
Maisonnette Pierre, De Saint-Christô-en-Jarez, laboureur. — Poste restante.
* Yvon FrançoiSy
Natif de Ville-Affranchie, substitut du procureur de la Commune depuis la fin de novembre 1792 jusqu'au 9 octobre dernier; il a été nommé procureur de la commune provisoire par les membres de la Commune en vertu d'une autorisation de Javogues, représentant du peuple. Il dit avoir été toujours avec les patriotes et n'avoir rien signé d'an ti -républicain. — 18.
* Auquier Joseph^ Ci-devant curé de Mornant. — 18.
Blachon FrançoiSy d'Izieu,
Membre du Conseil général du département de Rbône-et-Loire et ensuite membre du Conseil général de la Loire nommé par Javogues et Bassal. Il étoit membre du Conseil général de la commnne d'Izieu. Il passe pour avoir été patriote de tout temps. — Poste restante.
Chaboud André, de Jonzieu,
Libre.
* Charles Carrier de la Tuilerie,
Entrepreneur de la Manufacture d'armes de Saint-Etienne, président pendant quatre séances de la section de l'Egalité du temps des Lyonnois et, après leur départ, président pendant huit jours. Riche à près de cent vingt mille livres, y * compris le bien de sa femme. Ayant logé 2 muscadins. Ayant laissé emporter les armes pour Lyon. — 18.
Caniier Claude fils aîné,
De Saint-Etienne, fabricant de rubans, rue des Petits-fossés, n® 8 ; simple soldat dans la garde nationale ; riche de 20 mille francs. — Poste restante.
Berthon-Bourlier Claude,
Armurier, fabricant de Saint-Etionne ; riche de trente et un mille francs; simple soldat de la garde nationale; rue Violette, n^li; secrétaire de section avant l'arrivée et pendant le séjour des Lyonnois; il l'a été pendant un mois. — Poste restante.
* Teyter François,
Notaire; ci-devant secrétaire au District depuis l'établissement du District jusqu'au 20 octobre. — 18.
* Macahéo, de Lyon,
Sorti le 3 août. Marchand de fil, rue Tupin. Simple soldat dans la garde nationaje. A tenu des propos inciviques et séditieux. — 18.
STATISTIQUE DES PRISONS DE SAlNT-ÉTIENNE 437
* PetTÎn Jean'Claude^
Maître d*école dans la rue Tarentaise, n» 39, à Saint-Etienne ; simple soldat dans la garde nationale. A tenu des propos contre-révolulionnaires. — 18.
Moutan dit Vincent^
Travailleur aux jardins et cabaretier, rue ci-devant Saint-Jacques, n» 22; simple fusilier. — Poste restante.
* Ravel Jean-Baptistey
Cultivateur et ci-devant négociant. Ci-devant noble; riche de 9 mille quatre vingt une livres deux sols sauf à réduire les impositions. Ayant été à Lyon le ffî ou 26 juin et y étant resté jusqu'au 5 juillet pour une liquidation et affaires de commerce. Demeurant à Villars... Il y a 57 mille livres en soyeries, rubans ou débiteurs. Au plus, commissaire pour le recrutement de l'armée. Administrateur du département. Arrêté par le District. — 18.
* Vinoy Jean-Mariey
Notaire à Saint-Etienne ; sous-officier dans la garde nationale au moment où les Lyonnois étoient ici. Ayant logé les Lyonnois ; ayant suivi et fréquenté les Lyonnois. — 18.
* Lardon Pauly
Ci-devant homme de loi; de Marlhcs... demeurant à Ârmes-Commune depuis 2 ans et demi. Suppléant au Tribunal du district. Propos inciviques. — 18.
Ferréol Barthélémy y
Laboureur à Saint-Romain-les-Âtheux. Arrêté chez lui. — Poste restante. — Libre.
Neyret Denia^ de Jonzieu,
Laboureur. — Poste restante. — Libre.
* Chahanne Pierre^
Greffier du juge de paix et travailleur dans un magasin de quincaillerie. Saisissant les patriotes avec les muscadins. — 18.
* Bernou Anloine-Joseph-Philippey
Président de la section de l'Union (Juge de paix). — 18.
Guichard MathieUy
Boulanger, rue des ci-devant Minimes, demeurant à Armos-Conimuno ; caporal du la garde nationale. — Poste restante.
Allois François y
Géomètre, demeurant à Armes-Commune, natif des Hautes-Alpes ; simple fusilier* — Poste restante.
Courbon-Moniviol Jean-François y
Ci-devant noble; mille écus de i*en(e; demeurant à Armes-Commune, rue de la Vierge, n<» 2. -— Poste restante.
Bizalion Jérôme^
Fabricant d'armes, demeurant à Saint-Etienne, rue ci -devant Saint-Jacques, n® ... Fusilier; riche de 15 mille livres. — Poste restante.
" Chazal Balthazar (à THôpital),
Huissier priseur, demeurant à Armes-Commune, rue Grande, \\^ 28; fusilier ; saisissant avec les muscadins. — i8.
Vaucanson Andréy
Graveur à Saint-Etienne, rue Buulevard, 19. Arrêté comme fanatique. — Poste restante.
Vèze François,
Instituteur, ancien brigadier des Fermes, demeurant à Armes-Commune, rue Taren taise. — Poste restante.
Ronzily
Ci-devant officier à l'Election, conseiller, demeurant à Armes-Commune, n« 15, place publique; mille écus de rente. — Poste restante.
Raverot LouiSy
Huissier à Saint-Etienne, rue Froide, n» 22.
Sauzéa Jean-Pierrey
Commerçant et maire d'Outre-Furan, demeurant à Monteille (ci-devant noble) où il éloit agriculteur depuis 1790. Membre de la Commission départementale jusqu'au 15 juillet et resté à Lyon jusqu'au 23 faute de pouvoir en sortir. Ayant voulu, à toute force, faire élargir Pointe le représtMitant du peuple. — Poste restante.
* Bougyy
Entrepreneur d'habits pour Tannée, demeurant rue de la Ville, n» 26. Propos .séditieux. — 18.
Davidy
Déserteur des volontaires. — Poste restante.
Viel Jean-Etienne (Vielle),
Instituteur, demeurant à Saint-Chaniond ; secrétaire de section avant l'arrivée des Lyonnois ; municipal. — Poste restante.
* Desrues Jacques^ à Charly, Curé. — 18.
ScUichon Antoine^ père.
Négociant. — Poste restante.
Giraud Jean-Baptiste (1),
Teneur de livres, demeurant à Armes-Commune, rue des Fossés, n« 13; simple grenadier pendant que les Lyonnois étoient ici. Conmiis chez le receveur du District.
Bonnefoi Jacques^
Marchand épicier, place Grenette à Armes-Commune; arrêté pour quelque tabac. — Poste restante.
Salicho7i Antoine,
Marin de profession. Demander à Javogues. .4rrété par ordre de Javogue.s.
Descours Jean-Baptiste,
Rentier, 64 ans. Administrateur à la Maison des pauvres. 2.200 Irancs de rente sauf les impositions. — Poste restante.
Le franc Etienne, Teneur de livres chez messieurs Praire-Royet. — Poste restante.
Midor Jean-Joseph,
Ancien boulanger, demeurant au Bois, municipalité de Valbenoite ; commissaire des subsistances. Arrêté pour la taxe révolutionnaire. — Poste restante.
Dubouchet père.
Armurier de la Manufacture. Taxe révolutionnaire. — Poste restante.
Bénevent fils,
Marchand de rubans, rue Neuve, n<> 5; sergent dans la garde nationale; 40 mille livres de capital. Pour la taxe révolutionnaire. — Poste restante.
Bénevent père,
Négociant de padoux, rue Neuve, n» 5. — Poste restante.
Testenoire,
Moulinier, rue de Saint-Jean, n» 19; arrêté pour la taxe révolulionnaire. — Poste restante.
(1) Mis en liberté le 5 nivôse (25 décembre).
Thioliêre^
Marchand de rubans, rue Neuve, n** 30. Pour la taxe révolutionnaire. A offert au club cent écus par mois tant que la guerre durera. — Poste restante.
Joumety Armurier. Arrêté pour une taxe révolutionnaire. — Poste restante.
Lallier Claude, Aubergiste. Pour la taxe révolutionnaire. Il offre mille écus. — Poste restante.
Prison du Château.
Marcoux^ ci-devant prêtre (1).
CroUe Michel (2).
Lyons, notaire (3).
Gaucher (4).
Prison des Ur suies.
Montchovet père, notaire, à Saint-Sauveur. Claude Costey secrétaire de la Commune et Hôpital. Veyre fils.
Orelut, chirurgien, de Saint-Chamond.
Chambovet, fabricant de padoux.
Joseph-Marie Callet^ de Saint-Chamond.
Pourrety prêtre, à Saint-Julien-Molin-Molette. Jean-Claude-Marie-Denoit Carre (5), ancien chevalier de Saint- Louis.
Jean-François Ckaspoul^ cultivateur, Saint-Pierre-de-Bceuf. Joseph CremeaUy dit Misère, de Saint-Chamond. Carre (5), cultivateur et ancien chevalier de Saint-Louis. André Vernous, ci-devant noble, de Bourg-Argental. Etienne Pupil, ci-devant noble, de Bourg-Argental. Jean-Bapiiste-Marie-Elienne Pupil, américain, ci-devant noble. Claude-François Vernoux, de Bourg-Argental, François Vernoux, ci-devant noble, de Bourg-Argental,
(1) Frère de Noël Marcoux, arrêté le 30 frimaire (20 décembre).
(2) De Luppé.
(3) De Chavanay.
(4) Joseph Gaucher, de Vérannes.
(5) Orthographié ailleurs Card, les frères Card,
FrançoiS'Gahriel Luzy^ ci-devant noble, de Bourg-Argental, Antoine ChaputBy id. id.
' Claude- Victor Nay me y id. id.
Etienne-Melchior Nayme, id. id.
Abel^René Pupil^ id. id. (1).
Tel est le recensement des prisons de Saint-Etienne au milieu de décembre 93.
Une autre note (2) montre en quelle compagnie Marcoux et ses trois compagnons étaient incarcérés au Château. Cinq prisonniers sont qualifiés v< criminels i> ; cinq autres « condamnés à huit ans de fer, six heures de poteau » ; cinq sont retenus pour a vol de bois nationaux » ; deux pour leur exercice de ce collecteur d*impositions » et, enfin, comme on gardait dans la prison les fous dangereux, l'un des prisonniers est dit « dans la démence :ù.
Une dernière note (3), enfin, fournit la récapitulation des noms marqués, par le « 48 », pour être menés devant le tribunal révolutionnaire. Cette note est postérieure au 24 nivôse (13 janvier) : elle est, par conséquent dé la veille du départ des prisonniers (4). Elle indique 25 des 28 noms marqués : les trois noms rayés sont ceux de : Chazal Balthazar, Bougy, Desrues Jacques.
En échange, elle désigne pour le départ Tun de ceux qui étaient notés : « Poste restante » :
* Courbon-Montviol Jean- François.
Et, en outre, les noms nouveaux qui suivent :
* Simon Nicoloa-MacahéOy
Administrateur du département de Rhône-el-Loire ; demeurant à Lyon (5).
* Marguerite Ferréoly épouse de Jean-Pierre Macabéo (6).
(1) Ces notes sur les prisonniers ont été rédigées par des illettrés. Je n'ai pas songé à donner dans son orthograpge la dernière — sur la prison des Ursules — qui est un véritables rébus en certaines lignes : « Carrye » pour Carre ; « Etien Melctioneme » pour « Etienne Melchior Nayme », — « Jojevet » pour Montchovet, «t O Belle rené » pour Âbel Héné, etc.
(2) Dossiers de Feurs. — Feurs.
(3) Ibid.
(4) Elle porte le nom du boulanger Guillet et de sa femme. Guillet ne fut incarcéré que le 24 nivôse. Le départ est du 25.
(5) Ecroué le 49 nivôse (8 janvier).
(6) Ecrouée aussi le 19 nivôse.
142 Statistique des prisons de feurs
* P. Guillet (1),
Boulanger de Saint-Etienne.
* Marguerite Ihifour^ femme de Guillet (2).
* Pieiire-Antoine Fromage j
Juge (3).
* Claude-Gabriel Fyard^
Lieutenant-colonel d'artillerie (4).
* Neuf religieuses (5).
A ce recensement, il ne sera pas inutile d'enjoindre un autre : celui des prisons de Feurs, dressé six jours après, le 30 frimaire (20 décembre). J'y marque d'une astérisque les noms qui intéressent le district de Saint-Etienne.
Notte des détenue à Feurs prise par le Tribunal lui-même aux maisons d'arrêt de Feurs, le décadi dernier de frimaire.
Maison Dacier (d'Assier).
J.-B. Derivod. Moissonnier.
Madeleine de Sainte- Agathe. Benoit-Gabriel Meynis.
Jean-Marie Reynaud. Pierre-Georges Daurel.
Joseph-Antoine Mollin. Jacques Malferréol.
Pierre Mollin. Jean-Joseph Fraisse, curé d'Us- Pierre Bussv. son.*
Jacques-Benoît Ardaillon. * Jean-Pierre Gautier, de Saint- Vimal. Genis-Terrenoire.
Ant. Jaudet. Berthaud, de Pouilly.
(1) Ecroué le 24 nivôse (13 janvier).
(2) L'arrestation ordonnée ne fut pas maintenue ; elle ne figure pas au registre d'écrou.
(3) Ecroué le 14 nivôse (3 janvier).
(4) Ecroué le 12 nivôse (1«'' janvier).
(5) La liste de ces « religieuses » (il faudrait dire « béates » ou servantes de curé) peut être ainsi établie à Taide du registre d'écrou :
Imbert Marie-Anne. Brun Claudine.
Besson Marguerite. Faure Marie-Anne ou .leanne.
Rivaton Claudine. Catherine Ferréol.
Champavère Marie-Anne. Marguerite Barralon. Lherbret Jeanne.
STATISTIQUE DfiS PRISONS DE fEUftS
Jean Beraud, Saint-Rambert.
Pierre Baleydier.
Philippon, de Vauches.
Charles Chomette.
Benoit Baudot, avoué.
Claude Tempère.
Pierre Poix.
Etienne Fédi.
Pierre-Josué Gérentet.
Pierre Chatelus.
* Antoine Nabonnaud.
Etienne Verney.
Ant. Paye.
Benoit Sauzi.
* Jean Françon, de Bourg-Ar-
gental.
* Guill. Chenet, du Bessat.
* Louis Sud, du Bessat.
* Claude Vialon, id.
Louis Pallai.
Benoit Chassagnon.
Maison Gras.
Mathieu Parisi.
André Laforge (1).
Etienne Galinot.
Jean-Marie Grandvaux.
Cibost fils.
Joseph Sarely.
Claude Fiichet.
Tonneau.
Claude Styre.
Pierre Passot.
Jean-Thomas Degeorge.
Joseph Jarige (2).
Guy-Joseph Gérentet.
Claude-François Barberaud.
Jean Imbert.
Jean-Marie Daval.
Jean Peronnet.
François-Camille Bardet.
Barge.
Ant. -Marie Verne.
Benoît Barbier.
Général Villemallet (2).
Claude-Antoine Pupier.
Hubert Leconte.
Denis Caire.
Jean Berry-Labarre.
Dubourg Saint-Polgues.
* Alex. -Louis-Jérôme Charpin.
Pierre Monier, curé.
Lafond-Javogues. (4)
Boisverd, chanoine.
Jean Puy-Pagnon, de Boën.
En tout 68 noms.
Je dirai à propos des sentences prononcées à leur endroit, ce qui fut relevé contre les Stéphanois dont je distingue les noms. Je veux, cependant, donner ici — parce qu'ils touchent à des événements de Saint-Etienne — les renseignements fournis par cette « notte des détenus », sur le nommé Vimal (le huitième de la liste):
(1) Né à Saint-Etienne, habitant A ndrézieu.
(2) Sur Villemallet et Joseph Jarige, voir page 65.
(3) Place réservée pour un nom qui n'a pas été inscrit.
(4) Un Lafond, de Montbrison, partagea le sort de Javogues et fut exécuté avec lui pour TafTaire du camp de Grenelle.
m L*AFFAIRE DUSSOUBD — JOURJON ARRÊTÉ
Vimaly natif d'Ambert,
A brûlé à Saint-Etienne les papiers de la Société populaire ; lieutenant d'une compagnie de jeunes gens, depuis 18 jusqu'à 25 ans, stationnés à Brioude ; accusé d'avoir resté à Lyon pendant le siège cl y a porté les armes ; s'est trouvé aux expéditions de Rive-de-Gier, Saint-Chamond et Saint-Etienne.
l'affaire DUSSOURD — JOURJON ARRÊTÉ
L'affaire Dussourd montre avec quelle raideur les poursuites étaient menées. Jourjon, l'un des commissaires de Pignon, fut arrêté sur le soupçon d'avoir peut-être favorisé la fuite d'un officier de Lyon, détourné les papiers qui prouvaient sa culpabilité.
Dussourd, qualifié « adjudant-général du scélérat Précy » (1), était l'un des premiers commissaires de la révolte à Lyon ; il avait, en cette qualité, signé l'adresse des citoyens de Lyon « à leurs frères des districts et communes » dans laquelle, dès les premiers jours de juin, on racontait les événements de la fin de mai ; il avait été, en outre, chargé d'une mission « pour fédéraliser avec le district de Montbrison » (2).
Jeté hors de la ville de Lyon avant la fin du siège, par je ne sais quelles circonstances, Dussourd échoua, le l*»" octobre, chez son beau-frère Fleury Colombet, vigneron à Saint-Romain en Jarez. Pignon avait ordonné aux municipalités d'arrêter tous les Lyonnais fugitifs. Dussourd fut arrêté, en effet ; mais il écrivit à Pignon et, recommandé par les municipaux, il obtint de lui son élargissement sous caution et sous la condition de fournir un certificat de civisme de sa section. Pignon, évidemment, n'était pas renseigné. Colombet offrit la caution et les deux beaux-frères se rendirent à Lyon à la recherche du certificat. A ce moment commence une comédie où Dussourd trompa tout le monde et se tira d'affaire. Il mena son beau-frère à Lyon chez un canut nommé Pitiot, rue du Puits-du-sel, et, là, il fit appeler diverses personnes auxquelles il posait la même question : Ne m'avez-vons pas vu caché dans cette maison pendant le siègey Vattesteriez^vous? On fit un procès-verbal dont, sans peine,
(1) Acte d'accusation contre Pignon par Fouquier-Tinville. Voir plus loin, livre huitième, chap. 2, § VIIl : Pignon, Démolis et Jourjon devant la justice révolutionnaire.
(2) Ibid.
l'affaire DUSSOURD — JOURJON ARRIrlTÉ 445
un municipal certifia les signatures. C'est cette pièce insignifiante qui, remise à la municipalité de Saint-Romain, la trompa : elle rendit la caution, ordonna la mise en liberté. Dussourd n'attendit pas la suite ; le soir, il dit à son beau-frère : « Je m'en retourne à Commune-Affranchie ». L'oiseau était envolé.
Le lendemain, Jourjon constata Terreur, mais trop tard. On s'en alla fouiller la maison de Colombet ; on trouva des lettres, des documents, mais point d'homme. Jourjon emporta les papiers.
Ces papiers furent la cause de l'arrestation de Jourjon. Comme on les recherchait vainement au District, pour l'accusateur public de Feurs, on n'hésita pas à faire arrêter le dernier détenteur qui prétendit les avoir remis à Javogues lui-même. L'affaire n'eut pas — tout d'abord — de suite fâcheuse pour Jourjon remis assez vite en liberté ; mais, plus tard, de ventôse à messidor, elle fut reprise avec ardeur, et Fouquier-Tinville en tira le sujet d'une redoutable accusation contre Jourjon et contre Pignon. Je le dirai plus loin.
A sa première arrestation, Jourjon expliqua au District :
s. d. (fin de frimaire — milieu de décembre).
Je me proposois de célébrer, à Chavaiiay, la seconde décade de ^frimaire quand j'ai été instruit qu'on avoit apposé les scellés dans mon domicile et qu'il y avoit un mandat d'arrêt contre moi. Fort de ma conscience, loin de m'éloigner, je suis de suite parti avec ma femme pour me rendre à Feurs et m'expliquer avec le Département ; mais, j'ai élé arrèlé à Saint-Chamond.
Je ne me plains pas; je laisse au ciel le soin de venger l'innocent opprimé. J'ai demandé seulement d'être traduit à Armesville pour faire lever les scellés chez moi ; mais on ne me l'a accordé qu'à la condition que je sois accompagné de cinquante hommes à mes frais. Je suis trop sans-culotte pour payer une pareille escorte.
Citoyens, je suis instruit qu'on m'accuse d'avoir soustrait les ijapiers d'un nommé Dussourd. Je prouverai facilement que je les ai remis au représentant du peuple Javogues ; que je voulois de lui une décharge et, qu'aloi*s, j'eus chez lui une scène très vive à ce sujet (1).