LE CALENDRIER RÉPUBLICAIN — SYSTEME MÉTRIQUE
pratiques liturgiques, les plus anciens souvenirs communs à tout le monde européen et de faire admirer et apprendre la beauté d'une ordonnance décimale dans le compte des jours. Je ne vois pas de mesure plus opposée aux mœurs du pays, à ses sentiments religieux et, par conséquent, plus fatale à la Révolution. Â partir de ce moment, la marque du patriotisme sera l'observation du nouveau calendrier, et le plus grand eiïort des administrations jacobines va tendre à obtenir le chômage de la décade et à empêcher la célébration du dimanche et des fêtes, autant dire tout culte chrétien (1). Les administrations républicaines, jusqu'après le coup d'Etat du 18 brumaire, tendront vainement — sans grande conviction d'ailleurs — à ce résultat. Elles vont désormais se rendre, sous ce rapport, simplement persécutrices et odieusement. La décade va devenir un des plus gros obstacles à la paix intérieure de la France.
On dut faire la transposition des jours de foire et de marché. Les deux foires de Saint-Etienne furent désignées du l"** nivôse (21 déc.) et du 5 floréal (24 avril) ; les marchés de la même ville furent fixés dans chaque décade au duodi, quartidi, septidi et nonidi (2). Impossible d'établir une concordance exacte. On juge des embarras : marchés sans vendeurs, vendeurs qui ne peuvent tenir marché.
On peut admettre que la Convention eut fait œuvre durable si elle se fût bornée à superposer à l'antique semaine dé sept jours Cde Ghaldée) la partie intéressante de l'œuvre de Fabre d'Eglantine : cette disposition des mois égaux concordant avec les saisons et leur nomenclature qui restera la plus poétique expression que les hommes aient donnée aux phénomènes qui marquent la fuite du temps.
Aucune trace, pendant l'an II, d'une tentative d'application aux mesures et aux poids du système métrique qui, après une longue période d'études (depuis 1790), venait d'être voté dans le feu de la
(1) Le 8 frimaire (28 nov.), le District enregistre un arrêté du Comité de Salut public ordonnant aux armuriers le travail du dimanche et le chômage du décadi.
(2) Arrêté du District du 15 fructidor (l" sept. 94).
Le fameux marché du lundi au Chambon fut fixé au « tridi » de chaque décade. La municipalité résista et lit afficher le « lundy ». Le 16 vendémiaire de Tan III (7 octobre 94), on menaça les municipaux d'enyoyer, à leurs frais, les gendarmes pour saisir les bestiaux v le ci-devanl lundy ».
La municipalité ne pouvait imaginer que, pour l'ordonnance décimale des jours, on put troubler les intérêts ; aussi ne manque-t-elle pas de répliquer que c*est à « l'instigation de communes jalouses » qu'est due la mesure ; elle proesta (18 vendémiaire-9 oct.) alléguant les décrets sur l'institution des marchés.
(Archives de la Loire. L. 161).