L*ARGENTER1E DES ÉGLISES ET LES CLOCHES
ostensoir, un calico, une patène, un ciboire et un porte-dieu, le tout d'argent pmvenant de l'église de leur commune pesant douze marcs deux onces. A Commune d'Armes, le 1 1 nivôse, 2« année républicaine.
Javogues, reprrsentant (ht peuple (1).
De Maleval, on envoya le 11 pluviôse (30 janvier) : deux calices et leurs patènes, un ciboire, un ostensoir, un « porte-dieu » et une croix; en plus, les cloches pesant 503 livres, 76 livres d'ustensiles en cuivre, 16 livres de plomb, etc.
Presque partout on fit les plus grands efforts pour conserver les mobiliers religieux : ne laissant enlever que le moins possible. On alla même jusqu'à autoriser la dévastation préalable par des mains pieuses. Je viens de dire qu'à Bourg-Argental, l'agent national, un officier municipal et un notable furent plus lard poursuivis (*2) pour avoir souffert, l'un d'eux surtout.
...Que l'église fut dévastée... des objets les plus conséquents, pour les soustraire, di.soit-iI, aux brigandages de l'armée révolutionnaire.
La municipalité de Bourg-Argental déposa, cependant, au District, le 13 germinal (2 avril),uiie « relique » de Téglis:; du poids de 5 marcs 5 onces d'argenterie.
Le petit manuscrit de Barge raconte le dépouillement de l'église de la Valla avec une grande précision dans les détails : il dit bien la consternation publique et aussi le dévouement de tous à sauvegarder :
Enfin, le 18* du courant (décembre-28 frimaire), sur les trois heures du soir, arrivèrent le citoyen Monatte, procureur de la commune de Saint-Cliamonil, et Bourgeois qui se disait juge criminel, natif de Paris, lesquels se lirent conduiie à réglise pour inventorier les ornements et, de suite, les porter en don patriotique au District de Sairit-Elieime.
Les membres de la municipalité, à leur aspect, avaient perdu la tête et auraient tout avoué ; mais je soutins que notre curé avait emporté avec lui nos vases sacrés et que, s'il fallait les remplacer, nous en achèterions d'autres, etc. Us me dirent : Bougre, tu as le fil/ Matricon, maire, avait déclaré l'ostensoir, il faUut le trouver. Nous avions caché tout le meilleur et nous leur représentâmes le reste, ce qui leur fit dire : Cette église yiest pas riche.
Ils sabrèrent les saints et les corniches des autels, déchirèrent les livres, etc. Ayant ouvert le tabernacle, ils y trouvèrent des hosties qui, sans doute, n'étaient pas consacrées (3) et qu'ils foulèrent aux pieds en proférant dt^s blas-
(1) Registre de la commune de la Fouillouse, !«*' vendém. an III.
(*2) Dossiers de Feurs. J.-B. Robert^ — Lacou, — Petit. Ces trois municipaux furent écroués le 24 pluviôse (12 février). Voir plus haut, p. 177.
(3) Il semble que dans l'esprit de Barj?e un tel sacrilège eût été impossible avec des bostics consacrées ; le profanateur probablement foudroyé.
d94 L*ARGENT£RIE DES ÉGLISES ET LES CLOCHES
phèmes horribles en présence d*un grand nombre de gens qui, tous, étaient indignés, mais qui n'osaient dire mot, tant la terreur était grande.
Jean Malricon, du Sardicr, avait été désigné pour aller à Saint-Elienne avec moi, mais il prit peur et ne voulut pas marcher. Le pauvre Jean Thibaud, de la GrenHi7, qui était toujours prêt à tout, y suppléa. Nous partîmes avec une pluie froide qui dura tout le chemin ; sans parler de nous aller chauffer et nous sécher, nous courûmes vite au District et nous fîmes recevoir les objets suivants :
L'ostensoir pesant deux marcs d'argent.
Trois lampes en cuivre ou étain.
Deux plats id.
Deux chandeliers id.
Un bassin et luie sonnelto,
Un reliquaire.
Une croix de bannière et une croix de mort en cuivre,
Une chasuble verte el une bleue,
Deux noires — les deux noires servirent à une mascarade deux joui's après.
Une toutes couleurs, une fond blanc — les deux en galons d'or faux.
Un encensoir avec sa navette, en cuivre
Et un ciboire doré.
Muni du récépissé, nous nous présenlâmes au Directoire du District pour le faire signer. Nous y trouvâmes le fameux Pascal de la Desbelle (1) à la tète du convoi de Saint-Chamond qui était après nous dénoncer comme des rebelles qui refusaient de porter en don patriotique les objets de leur église. Noire présence lui coupa la parole.
De relour le lendemain, nous ne songeâmes qu'à bien cacher et à garder le secret sur les objets précieux que nous avions soustraits. Le maire, Jean Rivât et Jean Thibaud, membres (de la Commune), Jean-Marie et Louis Ti.ssot étaient les seuls initiés avec moi pour le .secret.
Barge donne ensuite le long inventaire des objets sauvés de la réquisition : il y a là des pièces d'orfèvrerie : un calice, un ciboire, une croix d'argent ; — des pièces de cuivre : chandelier, encensoirs, lampes, bassins ; — des étoffes précieuses : cbappes, chasubles, devants d'autel, dais, bannières ; — beaucoup de lingerie : aubes, surplis, nappes, etc. ; — des tableaux et des livres. 11 donne aussi rénumération des objets de décoration des chapelles enlevés et retirés par des mains pieuses : les confréries conservant les objets leur appartenant, etc.
Ronchard retira les pierres sacrées et je retirai — au défaut de plusieurs (notamment de Tard y, de Soulages) — les tableaux de divers autels, le grand Christ et le tabernacle, lesquels objets j'avais cachés au fond de notre grange où ils furent découverts par Porrin, le plus enragé des gendarmes, allant prendre du foin pour son cheval, ce qui faillit aussi me perdre.
(1) Je ne vois pas le sens de ce surnom qui ne désigne aucun membre notoire de la Société populaire de Saint-Etienne.
NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES VJb
La commune de la Valla conserva aussi ses vieilles cloches du XVI» siècle. Les municipaux firent les malins : évitèrent Tenlèvement d'office en réclamant, pour une preuve de leur patriotisme, le soin d'enlever eux-mêmes; prétextèrent le mauvais élat des chemins pleins de glaces, etc. ; gagnèrent des jours et des mois, se firent oublier...
Ces ruses de paysan racontées avec satisfaction pouvaient avoir de grosses conséquences. Le pieux mensonge: « je soutins que notre curé avait emporté avec lui nos vases sacrés », n'autorisait rien moins qu'à faire rechercher avec ardeur ce brave curé Gaumond présenté comme un voleur et à le faire exécuter sans autre raison. Il fut arrêté, en effet, la Terreur passée, le 23 fructidor (13 août); il comparut devant le Tribunal criminel de Feurs dont le président était justement ce Bourgeois qui, avec Monnate, avait recueilli l'accusation de Barge ; il y fut condamné à mort et exécuté. Je souhaite que le mensonge de Barge n'ait pas contribué à cette mort : je constate qu'il n'en est pas question au procès.
Le 23 thermidor an III (10 août 95), le Comité de Salut public réclamait de toutes les communes des états qui devaient établir la destination de toute l'argenterie inscrite aux inventaires dressés en suite du décret d'octobre 1790. A ce moment, les administrations locales approuvaient les communes qui n'avaient pas livré leur argenterie et les aidaient à régulariser les situations.
NOUVEAUTES REVOLUTIONNAIRES
En ces trois mois de brumaire, frimaire et nivôse le pays fut un peu étonné par des innovations qui témoignent d'un ardent désir de changer les apparences des relations des hommes.
Dès brumaire, on ennuya tout le monde avec l'obligation du tutoiement (1) et de la qualification cUoyeUy ciloyenney rigoureusement exigée. A ces formes nouvelles, très observées dans le monde officiel, s'ajouta la suppression dans la correspondance de
(I) Décision très laconique de la commune de Saint-Etienne. « Arrêté que le Conseil général de la Commune parlera français et dira loi au lieu de vous, au singulier ». 19 brnmaire (9 novembre).
496 NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAmES
toute formule de déférence, de soumission ou de respect. Du plus obscur citoyen au président de la Convention, une brève et unique formule : Salut et fraternité.
Le port de la cocarde nationale est aussi sévèrement exigé : la joie de contraindre les ennemis et les indifférents à porter les trois couleurs de la Liberté était, sans doute, la raison de l'insistance. La loi du 5 juillet 92, sur le danger de la Patrie, avait obligé « tout homme résidant ou voyageant en France » de porter la cocarde nationale. Un décret du 21 septembre imposait la même obligation aux femmes. On édicta des peines correctionnelles. Le 11 nivôse (31 décembre) la Commune prend des mesures contre les citoyens et citoyennes qui, « au grand scandale des patriotes d, ont t l'impudeur de paroître dans les rues sans cocarde ». Le lendemain, 12, on distribua gratuitement des cocardes à ceux qui ne pouvaient les acheter. Il y a des exemples de femmes punies de prison pour infraction à ce devoir patriotique.
Le 13 et le 14 pluviôse (1 et 2 fév.), le 23 ventôse (13 mars) on insiste à la Commune pour engager « les bons citoyens », « les braves Sans-culottes des deux sexes » à arrêter les gens sans cocarde et à les conduire au poste.
Puis, la décoration se complète : on prend le bonnet rouge (1). Le 12 frimaire (2 décembre), le maire Johannot dit qu'il serait intéressant que le Conseil ne « parut point en séance que ses membres ne fussent décorés d'un bonnet rouge qui est le signe du républicanisme »; et on arrête que « les membres de la Commune ne pourront assister à la séance s'ils ne sont décorés du bonnet rouge ».
Je ne vois à Saint-Etienne aucun arrêté semblable à ceux qui ont été pris ailleurs, au Puy, par exemple, pour proscrire dans les enseignes les désignations <( tyranniques », pour imposer aux funérailles des « draps de mort » tricolores, etc. (2).
A ce moment, on cherche de nouvelles appellations topographiques comme si on se proposait d'effacer dans la géographie de la France tous les souvenirs d'un passé qu'on réprouvait. Déjà, depuis longtemps, sur la demande des municipalités, on changeait, par des lois, les noms des communes jugés blessants pour les idées
(1) On sait que les Sans-culoltes, selon la pratique recommandée par le Père Duchesnc^ devaient porter los cheveux courts, la moutache, le bonnet rouge avec une cocarde de laine, la veste courte et la culotte longue, le pantalon. Bien des conservateurs de ce temps ont vu avec humeur ces manifestations anarchiques : pantalon, cheveux courts et moustaciie.
(2) V. Boudon. Les municipalités du Puy pendant la période révolutionnaire.
NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES 197
nouvelles : Dan-le-roi devenait D un-sur- Auron ; Bar-le-duc, Barsur-Ornainy etc. Au commencement de l'an II la mesure se généralisa et, sans toujours attendre l'approbation du pouvoir législatif, partout un peu on débaptisa et on inventa de nouvelles appellations. Pour quelques-unes d'heureuses comme Sources d'Anse (Saint- An thème) Val-Dorlay (Saint-Paul- en- Jarez) (i) combien d'assez ridicules comme Vallée-sous-mont-Rousseau (Saint-Chamond) ou de niaises comme un affreux calembourd, Sain-Chamond (sans t). Mais l'emploi de l'adjectif Sain fut une bêtise peu répandue : une délibération du District dit cependant Sain-Sauveur.
Comme partout, dans le district de Saint-Etienne on suivit la mode nouvelle. En quelques lieux on supprima le Saint et on dit GenèS'Lerpty Julien-en-Jarez, Appolinar, etc., etc. Un décret du 12 octobre 93 supprimant dans les désignations officielles les mots < ville, bourg, village » et les remplaçant par l'unique désinence <c commune », on ne dit plus Bourg-Argental, mais Commune- Argental (2).
Je ne connais pas, pour le district de Saint-Etienne de tableau des changements, officiellement arrêté, comme celui qui fut dressé pour le district de Campagne de Lyon en germinal de l'an II. Mais, la liste de ces changements plus ou moins radicaux peut être essayée.
Saint-Etienne, Un décret de la Convention en date du 12 brumaire (2 novembre) a sur la demande faite par la Société populaire de Saint-Etienne », ordonne Armesville (3) ; peu après, sur l'observation du décret du 12 octobre, on essaye Armes-Commune puis Commune d'Armes qui reste. La forme officielle, celle du décret, reste dans les bureaux du gouvernement : au ministère de la guerre on dit encore Armesville alors que les administrations locales se sont, depuis quelques mois, arrêtées à Commune d'Armes.
Le district prit aussi le nom de District d* Armes.
Valbenoiley l'ancienne parcelle de Saint-Etienne, voulut s'appeler Val d'Armes.
(1) La Commune avait proposé le nom grotesque de Panl-Pilat. (V. son regislre, 7 nivôse).
(2) I)os.siers de Feurs. — Coste. Ces arrêtés sont de janvier î)i.
C'^) Enregistré au District le M pluviôse (30 janvier). Le même déeret, en réprobation des (rirondins, changeait le nom du déparlement de la Ginuide : dt^parteniement du Bfiod'Anibès; il ciiangeait aussi le nom de Pré-Saint- . Gervais (près Paris) en Pré Lepelletier ; celui de Condé Vallon libre; et celui de Tournon, Tuurnon l'Union (?)
NOUVEAUTES REVOLUTIONNAIRES
C'est le 23 ventôse de l'an III (13 mars 95), au commencement de la Terreur blanche, que le nom révolutionnaire de Saint-Etienne disparut — pour n'y plus reparaître — du registre des délibérations de la Commune.
Une nouvelle appellation révolutionnaire apparaît en une délibération du Département du 21 brumaire an V (11 nov. 96) : Etienne de Furent pour Furan. C'est simplement la suppression assez habituelle du (( Saint ».
Saint'Chamond, Les tentatives ne réussirent pas. Au registre de la municipalité, la commune conserva son nom, avec ou sans t. On avait cependant essayé d'une nouvelle appellation se rapportant au souvenir de Rousseau herborisant au Piiat. Dans un arrêté du l^^ pluviôse, Javogues appelle Saint-Chamond la Vallée-sous-mont^ Rousseau; on a dit plus simplement Vallée-Rousseau et Val-Rousseau, On trouve aussi Chamond-Rousseau, Sain-CJiamond et Chamond (i).
Saint-Julien-en-Jarez — Julien- en- Jarez.
Saint-Martin-en-Goalieu — Val-libre.
Saint-Paul-en-Jarez — Val-Dorlay.
Saint-Chrislô-en-Jarez — Christô-la-montagne,
Saint-Romain-en-Jarez — Romain-les vergers.
Saint-Genis-terre-noire — 'Genis-le-palriole (2).
Saint-Pierre-de-beuf — Bœuf.
Saint-Appolinar — Appolinar.
Bourg-Argental — Commune Argental.
Saint-Sauveur — Déome.
Saint-Genès-Malifau — Cemène-et-Furan,
Saint-Genès-L'Erpt — Genès-Lerpt.
Saint-Priest-en-Jarez — Priest-la-roche (3).
Saint-IIéand — Mont-Pailloux.
En dehors du district de Saint-Etienne, on peut signaler, dans le district (le Montbrison :
(l) V. Guslave Lefehvrc. Procrs-verhaux de la Soch'té t'épublicahie de Saint- C/ia})ioml, p. 144, note.
{"!} On a doniu* aussi celte appellation à Sainl-Genis-la-val.
(3) n ne s'agit nullement de Saint-Priesl-Ia-roche du canton de Saint-Symphorien-de-Lay. Sur l'indication que j'ai sous les yeux, il s'agit bien d'un Saint- Priest-la-roclie ci-devanl Saint-Priest, dans le district de Sainl-Etienne. Voir des délilièralions du District : 4 Tructidor an II (21 août) et 9 vendémiaire an IIl (30 seplendjre i)4) au sujet des propriétés des iJernou (île Itoclietaillée) et notamment du domaine de la llarL^t'ltc.
NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES
Saint-Just-sur-Loire
Saint-Rambert
Saint-Marcelin
Sury-le-comlal
Saint-Bonnet-le-château
Montbrison
Chalain-ie-comtal
Marcilly-Ie-châtel
Cervières
Ghazelles-sur-Lyon
Saint-Galmier
Dans le district de Roanne :
Saint-Germain-la-val
Saint-Polgues
Saint-Jusl-en-Chevalet
Saint-Haon-le-chàtel
Saint-Martin-d'Estreaux
Saint-Symphorien-de-Lay . . . .
Port'Sur-Loire, liambert' Loire.
Marcelin-la-plaine ou. Don-
jon-la-plaine.
Sur y 'la-chaux.
Donnet'la-montagne.
MonlhrUé.
Clialain-la-plaine.
Marcilly-le-pavé.
La Monlagne'de'Ce}*vières, Ch a ze lles-la-v ictoire, Fontfori.
Mont 'Purifié ou Mont"
Clialier-la-val.
Roche- libre.
Mont' Ma rat.
Bel-air ou Mont-hel-air.
Jars'la-monlagne.
Commune de Lay.
Sur un arrêté du District de Campagne de Commune-affranchie (Lyon) du 26 germinal (15 avril 94) (1), je relève les noms des communes suivantes qui avoisinent le district de Saint-Etienne :
Saint-Maurice-sur-Dargoire .
Saint-Jean-de-TouIas.. .
Saint-Martin-de-Cornas .
Saint-Romain-en-Gier. .
Saint-Cyr-sur-Rhône
Sainte-Colombe
Saint-Romain-en Gai ...
Saint-Genis-la-val
Saint- Andéol-le-chàteau.
Desilles-sur-Dargoire (2).
Toulas (3).
Cornas-en-Gier.
Sautemouche en-Gier (i).
Ovize-sur-le-Rfiône.
Colomhe-lèS'Viennc.
Romain- Ics-rochers.
GeniS'le-patrioie.
Andéol-lihre .
(1) Publié par A. Vingtrinier, dans \si Revue du Lyonnais^ 2'' série, IV.
(2) En souvenir de l'officier qui, à Nancy, en 1790, exposa si courageusement sa vie pour prévenir le conflit entre des troupes françaises.
(3) Ou Jean-à-Toulas.
(4) Du nom de l'officier municipal de la Commune jacobine de Lyon qui fut assassiné le 27 juin 1793.
NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES
Irigny — Union-sur-Rhône.
Vourles -- Vourles-le courageux.
Sainte-Foy - - Bonne-foy (1).
Franche-ville — Franche-commune,
Sainte-Catherine-sur-Riverie. . — Bt/ard-sur-Riverie (2).
Saijit-Didier-sous-Riverie — Basse-montagne.
Riverie .* — Bcatirepaire.
Saint-Jean-de-Ghanssant — Cliaussant-la-Monlagne.
Saint-André-la-Côte — Haule-moniagne,
Saint-Laurent-d'Agny — Agny,
Saint-Martin- A nnau - Mar tin- V espérance,
SaintSorlin — La Bruyère,
Saint-Symi)liorien-siir-Goise. . . — Chausse -armée (3).
Sain t-Etien ne-su r-Coise — Coise,
Grézieu-Souvigny — Grézieu-le-marché.
Saint-Laurent de-Vaux — Vaux-la-garde,
Thurins — Thurins-le-francois,
Iseron et Cliâteau-vieux — Moyilagne-les-hois,
Dans le voisinage immédiat, la Ilaute-Loire et TArdèche :
Saint-Just-lès-Velay — Mont-blanc.
Saint-Ferréol-d*Auroure — Mont-sec,
Saint-l)idier-la-Séauve - Mont-franc.
Saint-Victor-Malescourt — Victor.
Sainle-Sigolène - Segolène-les-bois.
Saint-Maurice-de-Lignon Lignon.
Saint-Julien-Molhesabate — Molhesahale,
Saint-Bonnet-le-froid - Bonnet-libre,
La Râtie-d'Andaure - La Batie-du-Doux.
Saint-Marcel-les-Annonay — Marcel-de-Déome.
Saint-Julien-Vocance — Vocancel,
Saint-Glair : -- Clair-Chaloii.
Saint-Cyr Ciran.
Roiffieux - - Lxbrefieux.
Colombier-le-Gardinal - - Colombier-de-Déome.
Saint-Désirat — Bochevine.
(1) Ou Monl-Cfialier.
(2) Du uoin de H yard cxécuh'* à Lyon en juillet 1703.
. (3) Allusion aux artisans qui fournirent tant de cbaus.'sures aux armées de la République.
NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES
Saint-Etienne-de-Valoux — Turanchon,
Saint-Jacques-d'Atticieux — Atlicieux.
Saint-Agrève — Mont-Chiniac.
Les municipalités avaient le pouvoir de changer les noms des quartiers et rues : elles en usèrent largement. J*ai dit plus haut les premiers changements arrêtés à Saint-Etienne. La municipalité de Johannot, sous Tinspiralion de Javogues, prit la mesure radicale d'un changement d'ensemhle. Le 9 nivôse (29 décemhre 93), elle arrêta la liste suivante :
Rue Saint-Jean — ^ Hue des Sans-culottes.
Rue Sainte-Barbe — Bue Lepelletier.
Rue Saint- André — Rue de la Convention.
Rue Saint-Pierre — Rue de V Egalité.
Rue et place Notre-Dame — Rue et place des Jacobins,
Rue Saint-Roch — Rue de V Homme armé,
• Rue Sainte-Ursule — Rue de la Liberté,
Rue Saint-Jacques — Rue Drutus,
Rue Saint-François. — Rue Rousseau,
Rue de la Vierge — Rue Cornélie,
Rue des Prêtres — Rue Voltaire,
Rue Mi-Carême — Rue des Sans-culottidcs.
Rue du Mont-d*or — Rue du Mont-libre.
Rue des Capucins — Rue des Spartiates,
On est tenté de voir dans cette liste une intention de contrastes que le hasard a peut-être seul marquée : la Vierge et Cornélie, — Voltaire et les Prêtres, — Capucins et Spartiates, — Mi-Carême et Sans-Culottides. C'est une faiblesse de tous les régimes de vouloir prendre les murs à témoin de leur puissance et d'y elTacer les traces des puissances antérieures. La Restauration (août 1816) aura, elle aussi, ses appellations extravagantes, pures flatteries aux princes: rue Royale, place Royale, place Monsieur, place Dauphine, rue de Bourbon, rue Condé, rue d' Angoulême, rue de Berry, rue de Provence, rue d'Enghien.
On ne changeait pas seulement les noms des lieux habités, on essaya de débaptiser les gens et les patriotes donnèrent l'exemple. Déjà, en octobre, Couthon signait Aristide Couthon et disait dans une lettre : (( c'est ainsi que les Sociétés populaires m'ont baptisé : je leur ai volontiers abandonné mon saint Georges d. Au même moment son collègue était devenu Publicola Maignet; comme
202 NOUVEAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES
Reynaud, So^on. Reynaud. Les noms des patriotes et des philosophes devenaient des prénoms. Les lettrés fabriquaient, en grec ou en lalin, des prénoms allégoriques. Inutile de dire que, seuls, les plus zélés se lancèrent dans la réforme. Il est à retenir que Javogues ne changea pas son antique prénom : il le supprima (1).
Je ne connais que quelques exemples à Saint-Etienne. Arnaud, de la Commune, s'appela Décius en souvenir du consul qui, pour la patrie romaine, se jeta dans la mort; Fauriel témoigna de son amour du peuple en se faisant appeler Démophile et Johannot de son attachement à la vertu avec ce prénom peu commun : Pédarète. Vial, de Rive-de-Gier, administrateur du département, changea Claude contre Brutus. Tivef, de la Commune et de l'armée révolutionnaire, se fit appeler Marat Tivet. Bourgeois, du tribunal criminel, changea son prénom de Jean contre celui de Gracchus. Dubessy, l'accusateur public, cessa de s'appeler Claude et signa Philogène.
Le 3 nivôse (23 décembre), au registre du District, le secrétaire général signe (c Saint-Didier » ; le 4, « Didier y> ; plus tard, il signa « Sain-Didier ».
Puérilités d'où pouvaient sortir des confusions d'identité. Un décret du 6 fructidor suivant (23 août 94), obligea les citoyens qui les avaient quittés à reprendre les prénoms indiqués par les actes de leur vie civile.
(1) w Javogues » alors qtrhabiUiellenieiit il si^nmit v Claude Javogues ».