‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 58 sur 220 · RECRUTEMENT ET RÉQUISITIONS POUR L*ARMÉE EN l'AN II · texte numérisé non relu

RECRUTEMENT ET RÉQUISITIONS POUR L*ARMÉE EN l'AN II

mit en mouvement les administrations du pays (26 septembre) et un arrêté du District (!•*■ oclobre) prescrivit le recensement des jeunes hommes de dix-huit à vingt-cinq ans. Octobre et novembre, partout on exécute les ordres du District, mais avec lenteur : la commune de Rochetaillée ne finit d'inscrire ses 43 hommes que le 23 brumaire (13 novembre).

Nos archives ne conservent pas les registres de cette circonscription. La révision et Texamen des cas d'exemption durent être particulièrement difficiles dans la confusion causée en ce pays par la levée en masse contre Lyon. Après la chute de Lyon, les gardes nationales rentrées, les contingents furent mieux fixés. L'exemption des armuriers fit un moment question. Un décret du 3 août exemptait les ouvriers aciéristes et les ouvriers des limes et des armes; — mais la loi du 2.3 août : a Nul ne pourra se faire remplacer », ne faisait d'exception que pour les fonctionnaires publics. Un arrêté du Comité de Salut public dui29 septembre confirma les exemptions plusieurs fois édictées antérieurement en faveur des armuriers.

C'est cette levée des jeunes hommes de dix-huit à vingt-cinq ans qui emplit les ateliers de Saint-Etienne d'un grand nombre de jeunes bourgeois et paysans aisés que la défense des frontières enthousiasmait peu et qui se découvraient subitement des aptitudes à devenir armuriers, « à tirer le soufflet ». On se hâtait de passer des contrats d'apprentissage en brumaire, en frimaire et même encore en nivôse. Un arrêté du District du 25 frimaire (15 décembre) oblige chaque armurier patron à fournir une liste de ses apprentis avec les renseignements d'état-civil et la date du contrat. Fin nivôse, toutes ces listes n'étaient pas fournies. On ne fut pas exigeant : les moins armuriers furent conservés.

Conformément à la loi, les conscrits du district furent réunis à Saint-Etienne où ils durent apporter trois jours de vivres (en ce temps de famine) et tous les vieux vêtements d'uniforme qu'ils auraient pu recueillir dans leurs communes. Leur séjour ne motiva aucune observation aux délibérations de la Commune, si ce n'est qu'ils mettaient leur casernement (couvent des Capucins) dans un état tous les jours plus lamentable (29 ventôse-19 mai's). Ils ne furent dirigés à l'ennemi qu'en floréal et prairial (avril-mai 94). Une lettre de la Guerre du l'^'* floréal (20 avril) fixe Niort pour lieu de rassemblement des hommes du district de Saint-Etienne. Ils étaient là, dans l'armée de l'Ouest, à la porte de la Vendée. Les détachements y étaient reçus par un citoyen Lambert « agent secondaire pour l'encadrement des troupes ».

RECRUTEMENT ET ÇEQUISlTlONS POUti L*ARMÉE EN L'AN II 205

I^mbert ne manque pas de donner avis au District de l'état de ces détacliements à l'arrivée et c'est très peu satisfaisant. Ces jeunes paysans du massif du Pilât et des montagnes du Lyonnais arrachés, presque sauvages, à leurs champs, incapables d'entendre bien le français, partaient pour éviter des persécutions à leurs familles. Mais sur le chemin, hors du pays, ils n'avaient qu'une aspiration : voir la fin de l'aventure et retourner vers la maison paternelle où ils étaient libres, protégés par tous, où les gendarmes étaient peu redoutés, annoncés de loin par des amis et bien vite laissés derrière dans les ravins et les forêts. Pour être délivrés, ils n'allaient pas bien loin sur la route : avant de perdre de vue les montagnes connues, par quelque détour de chemin, ils retournaient, marchant vite, sans débrider jusque là-haut chez le père où ils commençaient la vie inquiète des fuites, des journées dans les « caches », des journées dans les bois, prêts pour la chouannerie qui voudrait utiliser leur coup de fusil derrière les buissons.

Tous les détachements ne subirent pas les mêmes pertes, excessives pour quelques-uns, bien moindres pour d'autres. Sur une feuille de route de 6() hommes, on compte 22 déserteurs ; im détachement dont TefTectif n'est pas indiqué en compte 62, la commune de Marihes en fournissant 82 à elle seule. Par contre, le 23 prairial (il juin) sur une feuille de route de 171 hommes, il n'en manque qu'un seul; sur une autre de 177, il en manque 10 (1). Pendant toutes les guerres de TEmpire, les réfractaires furent nombreux dans les montagnes.

Contre les désertions, l'autorité était armée de peines terribles. Déjà le 4 ventôse (22 février), on avait pris des mesures pour retourner dans leurs demi-brigades les soldats qui, sous un prétexte quelconque, abandonnaient leur drapeau. Le 4 prairial (23 mai), on écrit aux maires en leur adressant le dernier appel de la levée des conscrits : « s'il se trouvoit parmi eux des insouciants ou des lâches qui voudroient se refuser à remplir cette tache glorieuse, alors vous leur expliqueriez que la loi traite comme émigré ceux qui veulent se soustraire à la réquisition » (2).

En effet, on voit, en messidor et fructidor (juin, juillet, août) de nombreux procès-verbaux d'appositions de scellés chez les parents des réfractaires : maisons closes comme celles des emprisonnés, où personne ne pouvait entrer. Mesures extrêmes qui avaient pour

(1) Archives de la Loire.

(2) Voir District, 7 prairial (26 mai 94), la constalation de beaucoup de conscrits réfractaires dans les cantons du Rivage.

Page 1