LE PAIN MANQUE — ON APPELLE JAVOGUES
II est malheureusement sûr que, pendant cet an, terrible entre tous, le peuple de France a soutenu la plus héroïque lutte contre la faim. Je ne sais pas si les paysans et les ouvriers ont entendu quelque chose de cet exposé de métaphysique sociale qu'est la Déclaration des droits ; mais il est de toute certitude qu'ils ont été obligés de serrer cruellement leur ceinture. Je n'entends pas faire de l'histoire générale ; mais je puis bien dire qu'en ces années de récoltes mauvaises, l'investissement des frontières qui empêcha les arrivages de blé fut, au service de la coalition monarchique, une arme bien autrement meurtrière que la stratégie de ses généraux. On ne saura jamais toutes les conséquences qu'eut la misère de l'hiver de l'an II. L'investissement, la fausse monnaie, les faux assignats — qui visaient la Révolution — faillirent tuer la France. Si, pendant ces années 93, 94, 95, elle ne périt pas dans quelque horrible convulsion, c'est miracle I