‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 84 sur 220 · PAYÉ SOUSCRIT · texte numérisé non relu

PAYÉ SOUSCRIT

86 Fodrin père 1.000 liv. 4.000 liv.

87 Saigne 1 .000 — 7.000 -

88 Pierre Cussiiiel l.tKX) - 7.000 —

Contribution volontaire :

89 Joseph Terrasson oOO — »

Totaux 453. 150 liv. 48l>.8501iv.

• Ensemble 940.000 liv.

Pour établir Tétat définitif de cette perception, il me suffira d'ajouter que, le 17 pluviôse (5 février), Prandière aîné (70) acquitta son engagement de 3.000 liv. et que Paradis père (78) acquitta le sien de même somme vers le même temps. Les totaux doivent donc être ainsi rectifiés :

Payé en assignats ou en numéraire (1) 459. 150 liv.

Souscrit en engagements 480. R% —

Total égal 940.000 liv.

Le 17 ventôse la Commune adressait aux représentants à Lyon un état que je ne connais pas et qui donne des totaux un peu différents :

Payé en assignats ou en numéraire 453.650 liv.

Souscrit en engagements 467.650 —

TOTAT 921 .300 liv.

Et la Commune ajoutait : <( Suivant Tétat détaillé que nous joignons à la présente ». La sincérité du tableau ne peut être mise en doute puisqu'elle en avait décidé Timpression et Taffichage.

Si on retient ce fait que, les engagements Prandière et Paradis mis à part, aucune des promesses de versement ne fut tenue, ni même rappelée, on constate, sur le tableau de perception les plus choquantes inégalités fiscales : les uns payant 100 pour 100 de leur taxe (2), les autres n'en payant pas 20 pour 100(3). Si bien que

(1) 600 liv. seulement furent payées en numéraire : 300 par Jacques Ravel et 300 par Thiollière de l'Isle.

(2) Ce sont les suivants : 15 Antoine Robert, — 20 Jeanne Griotlier, — 21 Guillaume Plotton, — 33 Jourjon-Robert, — 34 Etienne Meyrieu, — 43 Jacques Ravel, — 44 Benoît Penel, — 61 Clémençon père, — 65 Veuve Romestin, — 69 Perrin, — 72 Desjoyaux.

(3) L. Boucharlat (32) paie 20 p. 100 ; — RoyetChapelon (6) paie 17 p. iOO; — Montmartin (82) paie 16 p. 100 ; — Linossier-Lyonnet (50) paie 15 p. 100 ; — Saigne et Pierre Cussiuel (87 et 88) paient 14 p. 100 ; et, enfin, Mourgues père (9) ne paie que 11 p. lOO.

rinjustice de la perception est égale à l'injustice de la taxation : le caprice de la tyrannie s'accuse en un résultat inconséquent.

Des six cotes laissées en blanc et non perçues, cinq sont celles de pei'sonnes inscrites à tort sur le rôle, leurs biens étant sous séquestre. Ce sont celles de la veuve Martinon (27), arrêtée au château de Montuclas près Chevrières, de Joseph Praire-Terrenoire (28), d'Augustin Candy (31), de Laroa (37) et de celui des Courbon qui portait le nom de Saint-Genès (76). Une seule résulte d'une erreur : celle de la « citoyenne Chorin, vieille fille » (51), qui n'avait réellement pas le moyen d'acquitter sa contribution.

Les exceptions à la perception de l'intégralité de la cote ne sont pas nombreuses. Les voici :

10 Joseph dit Midor sur 3.000 liv. en a payé 1 .000

13 Citoyenne Fressinel — 10.000— — 1.500

48 Bénevent fils — 6.000 — — 2.000

53 Claude Journet — 2.U00 — — TjOO

57 Philippe Testenoire-Poidebard — 5.000 — — 1.000

63 Veuve de Curni(Hi-PaUual. . . . — — 500

73 Cussol neveu — 10.000- — 1.000

84 Monlanier-Alléon ' — 18.000 - - 9.000

Le petit demi-million encaissé, il fallait bien le répartir. Le 16 nivôse (5 janvier), par anticipation, on arrêtait à la Commune que les secours seraient donnés aux indigents, en nature : denrées, vêtements et outils de travail ; en attendant, du pain immédiatement donné. On arrêtait encore que, dans chacune des sections, un Comité examinerait et jugerait — même par l'inspection des domiciles — la réalité et l'urgence des besoins. Mais, le 22 (11 janvier), Javogues intervient avec sa prompte et radicale méthode : sans désemparer, il faut dresser le tableau des vieillards, des invalides indigents et des valides sans travail. Il commande que, toute afTaire cessante, on se mette à l'œuvre. On s'y met et la séance, commencée à cinq heures du soir, n'est levée qu'après l'approbation définitive du tableau réclamé, à six heures et demie du matin I

Cette séance de nuit, contre-partie de celle du 3 au 4 nivôse, achevait, provisoirement l'œuvre d'assistance publique entreprise par Javogues. 11 avait mis un demi-million dans la caisse de l'assistance ; il s'était assuré qu'un autre demi-million y tomberait peu après; il avait fait dresser l'état de ceux qui devaient être secourus ; sa tâche, sur ce point, était finie : il pouvait partir.

Il partit, en elTet, deux jours après, le 25(14 janvier), emmenant avec lui le cortège des détenus qu'il dirigeait sur Feurs.

Lui parli, le mouvement s*éteint et il semble qu'on prenne peur, qu'on ait grande appréhension sur la valeur légale de cette « souscription » obtenue Tescopette au poing. Le 17 ventôse (7 mars), la Commune écrit aux représentants à Lyon que c'est Javogues qui a tout fait, que la taxe a été perçue sur un arrêté de lui « qu'il s'étoit chargé de faire exécuter lui-même ».

Le 26 nivôse (15 janvier), le Comité des subsistances de la Commune demande au représentant Girard l'autorisation d'emprunter 100.000 livres à la souscription : il y a urgence à envoyer des fonds aux commissaires qui, dans l'Ain, achètent des blés. L'autorisation n'est pas donnée : on n'ose pas. Mais, d'un coup, voilà que l'argent afflue.

Le 27, Girard est à la Commune et annonce que, par ses soins, il est venu de Lyon 1.500.000 livres et que « des sommes plus considérables )> vont suivre « bientôt... pour fournir au payement des armes i». Je ne vois pas la comptabilité, mais il semble certain que, sur ce million et demi on fit l'avance des 100.000 liv. réclamées. Les fonds de la Guerre furent la réserve qui dispensa de toucher à la souscription.

Sûrement, les municipaux eurent des craintesà l'endroit de cette opération financière. D'abord, on ne réclame plus rien : les promesses, en quelques cartons, ne sortiront plus que pour être rendues gratuitement à ceux qui les ont souscrites. On n'ose pas secourir avec cet argent, motif d'irréductibles haines.

Le 17 ventôse (7 mars), après le rappel de Javogues, la Commune explique sa crainte d'y toucher par un prétexte de toute inexactitude : elle dit qu'elle attendait de Javogues un arrêté qu'il avait promis pour déterminer le mode de distribution. Peut-être se demandait-on s'il ne faudrait pas restituer. Peut-être sentait-on venir les plaintes contre Javogues; pressentait-on le conflit? Ne craignait-on pas la colère du Comité de Salut public qui autorisait bien toutes les réquisitions nécessaires, mais qui n'entendait pas que le droit de propriété fut mis en doute ? Ne faudrail-il pas se défendre d'avoir été des prévaricateurs et des voleurs?

En attendant, le 7 pluviôse (26 janvier), on ouvre une caisse où les assignats de la souscription sont soigneusement déposés ; c'est le Maire qui doit en garder la clef.

Que dire des violences dont la perception de la taxe fut l'occasion? A entrer dans le détail des relations que voit-on qu'on ne puisse soupçonner ? Les menaces des soldats sont-elles particu-

lièresà ce temps? Qu'ils brûlent les livres (de piété probablement) chez \f. F. Savy ; qu'ils volent une épée de prix à Cussinel ; qu'ils boivent le vin de Midor et même de bien d'autres, ce ne sont point là choses fort émouvantes ni tort extraordinaires. Une constatation a bien son importance : je ne vois pas que les filles aient eu à se défendre.

Les femmes emprisonnées pour leurs maris me touchent; mais, vraiment, ces maris qui, pour échapper à la taxe, laissent leurs femmes — même en couches ou en relevailles — aux prises avec les difficultés les plus pénibles, ne me paraissent dignes d'aucun éloge.

Entre toutes ces histoires attristantes, j'en vois une vraiment cruelle, si j'en crois la Dénonciation contre Javogue8{âe l'an III). La « citoyenne Chorin, vieille fille », âgée de 87 ans, aurait été conduite en prison d'où elle ne serait sortie que pour entrer à l'hôpital où elle mourut le l^"" pluviôse (20 janvier). Je ne puis croire qu'un administrateur ait ordonné une pareille vilenie. Il faut supposer que le grand âge de la pauvre fille n'était pas connu de celui qui inscrivit son nom sur une liste d'arrestations à faire; mais il faut dire aussi que celui qui fit l'arrestation fut une brute singulièrement dénuée de jugement et de cœur.

Le reste des dépositions apportées, sur ces faits, à l'enquête de l'an III contre Javogues me parait légèrement établi. Que sept ou huit de ces bourgeois arrêtés soient morts, trois, quatre ou cinq mois après, quelle raison de croire que leur détention de deux ou trois jours en fut la cause? On l'a dit. Mais comment supposer que Martin Clémençon, l'ancien syndic des cabaretiers, soit mort d'émotion pouravoirsubi quelque courte détention en nombreuse compagnie? La peur de la guillotine? Mais leur résistance à payer l'injuste. taxe prouve assez que ces incarcérés ne se croyaient pas menacés de mort.

L*histoire de la taxe révolutionnaire tient tout entière eu une vingtaine de jours. Elle est l'un des épisodes douloureux de l'histoire de la Révolution à Saint-Etienne qui en eut de tragiques.

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