UNK PERQUISITION POUR LA TAXE CHEZ PRAIRE DU REY
L'une des perquisitions a cependant un tel caractère de cruauté réelle qu'elle doit être rapportée. D'autant que le document qui l'atteste n'est pas suspect.
Praire-Royet et Praire-Neyzieu avaient un oncle, Jean-Louis Praire dit du Rey, âgé de 74 ans, domicilié ordinairement dans une maison de campagne de la banlieue, à Montault (1). Après la fuite de Praire-Royet, on eut la pensée qu'il avait déposé chez son oncle des papiers d'administration et on fit une perquisition sans résultat (2). Après la chute de Lyon, on jugea nécessaire d'arrêter le vieillard coupable d'avoir des neveux cliefs des « rebelles » : ce fut fait le 2) octobre. 11 était en prison quand il apprit que ses neveux avaient été fusillés. Il se demandait quelle œuvre de complicité allait lui être reprochée quand, pour la taxe révolutionnaire, on le mit brutalement en présence de la mort.
Le récit de l'aventure sinistre a'été fait par le vieillard lui-même, un peu plus tard, en germinal probablement, alors qu'il allait comparaître devant la Commission révolutionnaire de Lyon et il a été fait pour les juges de celte Commission. L'accusé n'avait aucun intérêt à exagérer, au contraire. Il est visible que sa protestation est audacieuse. La voici (3) :
Liberté. — Egalité. — Fraternité.
Ciloyens juges,
.le suis français, patriote. Agé de 74 tins, ma vie sembloit se prolonger pour jouir des précieux avantages de la Liberté et de TEgalilé, lorsqu'une arrestation, sans doute émanée du représentant Javogues dont j'ignore les motifs et
(1) Sur une pièce des Archives de la Loire, je relève cette curieuse mention que Jean-Louis-Praire (du Rey) a élé exempt de la taille jusqu'en 1789 « en verlu du privilège attaché à la construction et entretien d'un pont situé * sur la Rivière de Rhins, près la ville de Roanne, par Lettres patentes, en « date du il octobre 1486, accordées à ses auteurs par Louis XI ; qu'il en a a toujours fidèlement rempli les conditions en tenant ledit pont dans le meilleur « état de service ». Il s'agissait d'un pont en bois de vingt arches.
(2) Voir tome W, page 703.
(3) Dossiers de Feurs. Praire. — La pièce n'est pas datée, mais il est sûr qu'elle ne peut être que de ventôse ou des premiers jours de germinal.