‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 92 sur 220 · PERSÉCUTIONS CONTRE LES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

PERSÉCUTIONS CONTRE LES CATHOLIQUES

à Feurs le 4 pluviôse (23 janvier), puis transférés à Lyon, ils y furent condamnés à mort le 25 ventôse (15 mars). Voici le texte de l'abominable jugement qui les envoya à réchafaud :

Considérant quMl importe de donner un grand exemple aux ennemis du peuple en frappant les monstres qui outragent la République, méconnaissent les signes de la Liberté, les renversent pour y substituer l'étendard du fanatisme ;

Considérant qu'il est instant d'arrélerles projets des fanatiques qui voudroient allumer les tmrhes de la guerre civile dans le département de la Loire pour, à l'exemple de la Vendée, embraser les départements environnants et y faire la contre-Révolution,

La Commission condamne à mort :

FixMçois Lachaudf âgé de 47 ans, journalier.

Jean-François Françon^ âgé de 36 ans, journalier.

Michel Chalayei\ âgé de 53 ans, journalier,

Pour avoir, avec des internions liberticides, coupé l'arbre de la Liberté dans la commune de Versannc et Turiange (Loire) (1) et y avoir substitué une croix ;

Pour avoir menacé de couper le cou à ceux qui vouloient les empêcher de commettre cet attentat.

Ces trois hommes étaient des ignorants. Le dossier dit qu'ils étaient à boire et qu'on racontait devant eux des histoires politiques : on venait de couper les arbres de Liberté au Puy, etc. Eux, surexcités, voulurent imiter.

Etait-ce la faute de ces trois journaliers si l'arbre de Liberté était devenu le « signe » extérieur de la persécution contre une religion de laquelle ils se réclamaient instinctivement, violemment? Leur mouvement de colère était-il si redoutable et étaient-ils si grandement coupables d'y avoir cédé? d'avoir peut-être cédé à des excitations qui les perdirent? Quelques jours de prison n'eussentils suffisamment puni un « attentat » de ce genre? Fallait-il que la persécution fit des martyrs et qu'il y eût, entre les deux camps, les ineffaçables taches de sang ?

Ces persécutions généralisées, de toutes parts l'indignation fut grande. Dans ces jours, la Révolution se perdit. Dès ce moment, le peuple n'est plus de ce côté. A la répugnance instinctive qu'il éprouve pour ceux qui blessent sa conscience par les moqueries les plus grossières, s'ajoute — et va s'ajouter tous les jours plus pénétrante — la compassion pour les emprisonnés. On se dit, de plus en plus, que les Lyonnais et leurs amis devaient avoir raison. L'administration révolutionnaire est désormais condamnée à gouverner ce pays par la crainte comme province conquise. Elle a

(1) Ruthiange.

contre elle tout le monde — même les Sociétés populaires — et il est, je pense, inutile de compter pour quelque chose les deux ou trois douzaines d'exaspérés qui s'efTorcent de prendre joie à bousculer tout.

L'appel aux dénonciateurs signé de l'accusateur public que j'ai publié plus haut nous apprend qu'avant frimaire « des listes nombreuses de conspirateurs, des individus suspects d'Armesville, de Montbrisé, de Feurs, de Boën, ont été imprimées et publiées. » (Voir p. 104). Je ne crois pas qu*aucune de ces listes soit venue jusqu'à nous.

Mais le 16 nivôse (5 janvier), le District de Saint-Elienne publia — pour sa circonscription — un tableau très complet et à jour, de tous les <K conspirateurs et personnes suspectes ». Le document fut affiché; il remplit quatre affiches à trois colonnes. Il est trop important pour que je ne le reproduise pas ici in exlenso. Je n'y ajoute que la numération (1). Les 331 indications donnent-elles la liste complète de la culpabilité présumée et de la suspicion dans le district de Saint-Etienne? Peu de jours après Pignon allait lui donner — de sa propre autorité — un appendice considérable.

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