Ô2 PERSÉCUTIONS CONTRE LES CATHOLIQUES
Le même jour de dimanche, 28 décembre 1798, pendant mon voyage à Saint- Chamond, Morel maréchal des logis et quatre de ses gendarmes de la brigade de Rive-de-Gier parurent au chef-lieu de la Valla et, comme les membres de la municipalité croyaient qu'ils venaient les chercher de la part de Javogues pour les traîner en prison, ils se gardèrent bien de se montrer. Lesdits gendarmes prirent de suite la roule de Doizieu.
Etant à la chapelle de l'Etrat où le public se rendait les fêtes et dimanches pour prier Dieu à cause que Téglise était fermée et n'était ouverte que les jours de décade, en ayant fait un temple de la Raison — ou si on aime mieux de la déraison eu égard aux bavai*derieâ des orateurs du club qu'on y envoyait... — les susdits gendarmes passèrent au-devant de la susdite chapelle au moment où Ton chantait les vêpres, comme si l'exercice du culte eût été libre.
Morel indigné entra le sabre nu ainsi que les gendaimes et à cheval. Ils renversèrent tout et chacun prit la fuite au plus vite.
Je vis le désordre en montant de Saint-Chamond, ce qui m'obligea de m'y rendre. Je trouvai les gens tous effrayés et les gendarmes poursuivant leur chemin. Revenant au chef-lieu, en troupe, plusieurs me dirent : C*en e»t fait! Adieu à notre religion ! Que nous servirons les cloches et les oiyiernents que vous avez sauvés jusqu'à présent f II faut tout abandonner puisque nous sommes sans espoir, etc., etc.
Je rassurai ces gens du mieux que je pus, mais non pas sans faire de tristes réflexions sur moi-même, me trouvant dans le même cas et la même situation qu'eux-mêmes...
Que dire de pareils brigandages et quelles excuses trouver? LUndignation était si forte qu'elle faisait parfois oublier toute prudence et emportait tout. Barge raconte encore :
Comme il fallait abattre tous signes extérieurs de cette même religion, aucun de nous ne pouvait s'y résoudre. Le premier dimanche de janvier 1794 (1), deux clubistes de Saint-Chamond l'un appelé Chapard et l'autre Farinette plâtrier, abattirent les croix de pierre qui décoraient le cimetière, Jean Thibaud, l'un de mes plus ardents collaborateurs, ne put retenir son indignation, gourma rudement, à coups de poings, les deux estafiers du club qui s'enfuirent au plus vile emportant leurs plaintes.
De suite, Javogues ordonna l'arrestation du malheureux Thibaud qui languit
longtemps dans la prison au chef-lieu du district (2).
Thibaud en fut quitte pour la peur; mais il n'en fut pas de même de trois journaliers de la Versannequi; vers le même temps, coupèrent Tarbie de Liberté et le remplacèrent par une croix. Ceux-là, hélas ! payèrent de leurs têtes leur emportement d'une heure. Ecroués à Saint-Etienne le 28 nivôse (17 janvier), conduits
(1) 3 janvier (14 nivôse).
(2) Jean Thibaud de la Grenary était officier municipal. Je ne vois pas son nom sur le registre d'écrou de la prison de la rue de la Ville. H fut probablement incarcéré à Sainte-Ursule.