‹ Saint Etienne et son sanctuaire à JérusalemChapitre 33 sur 61 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Et Nehemias in mcmorla nmlll ff^mptt/'is qui erexit nobis rnttros eversox^ ef fif^re fecit portas et serais ^ qui erej^il domos nostras.

(Eccl. xLix^ 13.)

La mémoire de NclK-mie durora longtemps, c'est lui qui a relevé Ica murs abattus et dressé les portes et leurs battants, qui a relevé nos demeures.

L'homme que la Providence destinait à faire rentrer le sanctuaire de saint Etienne en des mains catli<ïliques fut le père Matthieu Lecomte, des Frères prêcheurs.

Ce livre est destiné surtout à nos amis et k nos bienfaiteurs. Nous pensons leur être agréable en donnant quelques détails sur une fondation à laquelle ils ont tant coopéré ; le père Matthieu n'était une force que parce qu'il pouvait compter sur les généreux dévouements que son zèle avait suscités.

C'était une grande et forte nature livrée à la gràee dès sa jeunesse. Entré dans Tordre de saint Dominique, ci peine fut41 prêtre qu'on le consacra à la prédication des missions et des carêmes. Il se donnait tout entier ; toute son àme passait dans sa parole, et les âmes venaient à lui par un véritable attrait surnaturel. Quand il les voyait bien disposées, il s emparait d'elles hardiment pour les donner à Dieu.

Cette carrière apostolique semblait devoir absorber toute l'activité du Père Matthieu, lorsque les expulsions de 1880

vinrent jeter le trouble dans toutes les œuvres commencées par les ordres religieux. La Providence sut y pourvoir : après la persécution dirigée contre saint Etienne, la prédication des apôtres se répandit au loin : l'exil ne fit qu'accroître l'apostolat dominicain des provinces françaises. La province de France poussa de vigoureux rejetons au Canada et aux Etats-Unis, la province de Toulouse fonda une mission florissante au Brésil, et le Père Matthieu, de la province d'Occitanie, restaura en Palestine Tordre des Frères prêcheurs.

Il faisait partie de ce grand pèlerinage de pénitence dirigé par les Pères de l'Assomption qui, en 1882, amena mille pèlerins en Terre-Sainte. Ce fut ce qui décida sa seconde vocation.

Frappé du mouvement qui entraîne vers Jérusalem les nations, les religions et leurs différentes communautés, il adressait, dès le 18 juin de cette année, un mémoire au R™« Père général, « en vue d'une fondation de notre ordre à Jérusalem. » Il le terminait ainsi : « Pourquoi notre saint ordre ne profiterait -il pas des circonstances actuelles pour reprendre sa place en Terre-Sainte ?

Il y futy dès les tout premiers jours, à la peine et à l'honneur, pourquoi ne pas s'y retrouver aujourd'hui ?

Il y fonda de nombreux couvents : Jérusalem^ Bethléem^ Nazareth, Acon, Tripoli, Damas^ etc.. Pourquoi ne pas tenter de ressusciter au moins le premier d^entre eux ?

Le corps du bienheureux Jourdain de Saxe r^ose encore à Acon (Saint-Jean d'Acre) et son sacrifice héroïque est toujours présent devant Dieu. Pourquoi de ce tombeau une lumière nouvelle ne jaillirait-elle pas^ conime autrefois,, pour conduire nos pas? Et n'est-il pas temps ^ après six siècles, que nous allions lui rendre sur place les honneurs qu'il mérite? N'est-il pas temps que notre charité aille se retremper dans ces eaux où périt, victime de son amour pour son peuple,, le dernier

patriarche de Jérusalem, notre Nicolas de Hanaple? Il s'agit de Sion, où nos premiers Pères avaient choisi d'habiter, de nos ruines, vieilles de six siècles tout à Theure et qui espèrent se relever; il s'agit, sur nos autels réédifiés, d'offrir derechef au Seigneur le sacrifice qu'il préfère. . . bénigne fac ia honà voluntate Sion^ ut œdificentur mûri Jérusalem... »

Le R*"® père Larroca encouragea le père Matthieu, bénit son œuvre, mais ne lui dissimula pas les difficultés. Elles paraissaient insurmontables au plus vaillant courage. Il m'est bien doux de le dire ici : le père Matthieu avec son activité, son éloquence, son ascendant, n'aurait pu réussir sans une aide fraternelle. L'acquisition de saint Etienne fut Ttruvre de la charité.

L'événement archéologique de l'année 1882, à Jérusalem, avait été la découverte d'une petite église, située au nord de la ville, le long de la route de Naplojase. L'heureux propriétiiire était un cordonnier, gréfc schismatique. Plusieurs personnes des plus éclairées voyaient là l'emplacement de ïa lapidation de saint Etienne. Le Père Matthieu, quoiqu'on lui eût proposé divers terrains, éprouva dès le premier jour un attrait singulier pour celui-là. L'affaire était difficile. Le Père rentré en France ne pouvait agir. Mais il y avait à Jérusalem un homme habitué à l'Orient qui, seul peut-être, était en état de tout conduire^ le Père Marie-Alphonse Ratisbonne, le converti miraculeux de Marie. Passionnément dévoué à la Terre-Sainte, patrie terrestre de ses ancêtres, il ne songeait pts un instant à en fermer les portes à de nouveaux venus. Aussitôt eju'il connut le Père Matthieu, il Taima et se fit son auxiliaire. Gaf^né d'avance à son œuvre, il tempérait l'ardeur française qui pouvait tout gâter. « J'ai retardé ma réponse, écrivait-il, pour être à même de vous renseigner plus pertinemment sur les points essentiels concernant les ruines de saint Etienne, Ces sortes de

perquisitions exigent une sage lenteur. Me présenter moimême au propriétaire, lui demander à brûle-pourpoint : unde — ubi — qiiantô eût été TafFaire dun quart d'heure, mais pareille précipitation eût compromis gravement vos intérêts. En Orient, à Jérusalem surtout, et lorsqu'il s'agit de sanctuaires \... la ligne droite est absolument impraticable. Il m'a donc fallu tout d'abord réfléchir et peser, avant de trouver l'individu remplissant les conditions voulues pour accomplir une telle mission et qui ne spéculerait pas trop à son profit personnel. C'était une première phase des négociations; un préliminaire indispensable...

Enfin je crois avoir trouvé notre homme : c'est un Européen et un photographe. Il se promène du côté des ruines, en simple artiste ; dans quelques jours, il demandera la permission de photographier; je vous adresserai immédiatement, si possible^ les premiers résultats de ce travail si intéressant pour vous. Déjà, dans ce pli, vous trouverez les données principales d'une exploration à vol d'oiseau. Il y faut mettre une extrême circonspection, car il y a là toujours Grecs et autres qui surveillent avec des yeux d'argousins et filent les suspects comme les sergents de police* ».

Malgré toute sa prudence, le Père Marie Ratisbonne ne pouvait étouffer le bruit énorme qui se faisait autour du nouveau sanctuaire. Il fut presque découragé. « Nous perdrions notre temps, écrivait-il le 12 novembre, si nous voulions poursuivre l'affaire saint Etienne (si saint Etienne il y a, car ce ne sont encore que des suppositions) , Grecs et Latins surenchérissent à qui mieux mieux, le prix atteindra des hauteurs inaccessibles à nous autres, du commun des Confesseurs... Le patriarche grec nouvellement élu voudra peut-être enlever le morceau, comme don de bienvenue. »

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