Paris, Leroux, éd
PLAN DE l'hypogée
M N. Ligne coarbe saÎTant laquelle le rocher est détruit; la partie au dessous de cette ligne est en contre-bas du sol de la grande chambre.
« L'hypogée fut découvert le 6 ou le 7 mai 188S, en creusant les fondations du mur d'enceinte du domaine ; situé au sud-est, il s'étend dans la direction de la colline voisine qui sert de cimetière aux musulmans.
La distance en ligne droite de l'hypogée à la grotte de Jérémie est de 1 00 mètres environ ; de la grotte de Jérémie à la porte de Damas, il y a 180 mètres ou à peu près : la distance maxima de l'hypogée à la porte de Damas est donc de 280 mètres. Nous sommes loin des trois stades assignées par Josèphe comme s'é tendant entre les murs de Jérusalem et le tombeau d'Hélène, et l'hypothèse si séduisante d'avoir enfin retrouvé la dernière demeure de la reine d'Adiabène nous semble devoir être encore une fois écartée, quelque regret que nous en puissions avoir.
Jadis on devait entrer de plain-pied dans ce vaste séjour de la mort : nulle part on n'a trouvé trace d'escalier.
Les Pères ont recouvert de voûtes le grand espace qu'occupait la cour d'entrée : c'est la chapelle dite des morts et des agonisants, entièrement moderne, s'appuyant contre l'hypogée pris dans sa plus grande largeur, et à laquelle mène im long escalier de 27 marches (œuvre des Pères) ayant environ 1™ 60 de largeur.
Une seule et unique porte donnait accès dans l'intérieur du monument : elle est petite, rectangulaire, unie et sans aucun ornement.
A gauche de la porte d'entrée, une chambre (chapelle des rtiourants) renfermait six tombes creusées à 1 mètre de profondeur dans le rocher. Le n° 6 était divisé en deux compartiments et sur le n*^ 2 se lisait une inscription grecque dont nous parlons plus loin, (page )
Après avoir franchi l'entrée, on se trouve dans une salle ou petit atrium (2"^ X 2™ SO) précédant un second atrium qui
tie mesure pas moins de 4"* 25 sur 5™ 40, et qui a près de 3™ 50 de hauteur. La paroi ouest de cette salle, toute taillée dans le rocher, s'était jadis brisée sous Faction du temps et des tremblements de terre, et on Tavait reconstruite en pierres sèches. C'est ce même mur qui, cédant à son tour, livra subitement passage aux terrassiers en train de creuser les fondations en cet endroit.
HYPOGÉE. — Coupe sur A B.
Le P. Matthieu Lecomte Ta fait rétablir en bon appareil en respectant son alignement primitif et en y figurant les deux portes qui s'y trouvaient autrefois^.
Dans le grand atrium^ et à 0, 50 de profondeur au dessous du sol, on a mis au jour une sorte de coffret en cuivre, tout corrodé par le temps et les cendres qui l'entouraient. Sa longueur ne dépasse pas 0, 50 et c'est peut-être un sarcophage d'enfant.
1. Autour de cette salle on peut voir des traces de bandeaux sans aucun ornement et faisant légèrement saillie.
Sur ses côtés finement travaillés, on peut reconnaître des couronnes dans des guirlandes de feuillage artistement enlacées et deux figures paraissant tenir uhe urne. — Le style de ce curieux coffret semble gréco-romain ou peut-être grécojudaïque.
A droite etii gauche, et en face de l'entrée, s'ouvrent, dans les parois du grand atrium, des portes qui donnent accès dans des chambres funéraires.
HYPOGÉE. — Coupe sur C D.
Ces chambres sont à peu près identiques : hautes de 2 mètres environ, elles se composent chacime d'un couloir au milieu, ayant 0"^, 80 de large sur 2™ SO environ de profondeur. A droite et à gauche, à hauteur de 1 mètre, une couchette funéraire ; en face, en travers, une troisième couchette à deux places où les morts devaient être placés tête bêche, sauf dans la chambre n^ 4 qui communique par une porte
avec la chambre n® 5. Les couchettes ont toutes, le long de Tallée centrale, un rebord de 2 à 3 centimètres : la tête du défunt reposait sur une sorte de nimbe ménagé dans le roè. Le centre des couchettes est creusé suivant un plan incliné qui vient aboutir à un. conduit, et ce conduit débouche en dessous dans une sorte de puisard qui sert pour les trois couchettes d une même chambre : une petite ouverture permet d'arriver jusqu'à ce puisard qui est généralement creusé sous la couchette de droite en entrant.
Il est possible que ces puisards aient servi d'ossuaires et qu'on y entassât les corps une fois desséchés pour les remplacer par d'autres sur les lits mortuaires. On expliquerait ainsi le nombre considérable d'ossements retrouvés dans ces excavations.
Enfin, tout à fait au nord de l'hypogée, s'ouvre une chambre funéraire (n® S) à laquelle on accède par deux marches très hautes. Elle contenait trois cuves mortuaires entaillées dans le rocher même et dont les couvercles ont disparu.
On peut voir sur les parois de la chambre des traces de bandeau; mais les cuves elles-mêmes n'ont pas le moindre ornement. Leur dimension est d'environ 2™ 40 de longueur sur 1 mètre de largeur : celle du fond est un peu plus grande.
Sans aucun doute, ces tombes ont été violées et pillées jadis. Dans la chapelle des Morts il y avait plusieurs sépultures en contre-bas de 1™ 60 environ par rapport au niveau de l'hypogée. Là se trouvait une quantité incroyable d'ossements recouvrant une dizaine d'auges mortuaires creusées dans le roc. Sur un sarcophage brisé en pierre dure et lourde on a relevé une grande croix (ayant O"" 30 X 0"* 30) indiquant évidemment un tombeau chrétien. Le P. Matthieu Lecomte a fait couvrir cet ensemble de sépultures d'une voûte soutenant
un dallage à la hauteur à peu près du sol de l'hypogée. Une ouverture permet de descendre dans la crypte ainsi formée, où l'on peut circuler aisément.
Dans tout l'intérieur du monument, assez exactement orienté est et ouest (Feutrée regardant Toccident), le rocher a été taillé et poli avec soin.
En résumé, il y avait place pour plus de trente personnes dans cette vaste nécropole qui ne compte pas moins de 15 à 16 mètres de longueur sur une largeur d'environ dix mètres. »
J'ajouterai seulement à cette description si soignée que dans la partie qui est en contre-bas de l'hypogée se trouvent des arcosolia, et dans le fond, du côté de l'ouest, une croix est gravée dans le roc.
Un autre vestige chrétien a été trouvé dans un des loculi :
ôrjXY) §ia<pépouaa EuOu[jl{ou S(ia)>tc(vou) HivSfpY).
C'est une épitaphe qui paraît dater du cinquième siècle d'après le R. P. Germer Durand, dont nous avons reproduit ci-contre le dessin.
Tombeau particulier du diacre Euthymius Pindiris.
Dimensions : 1 mètre sur O"' 70. Dalle en pierre polie, brisée en deux.
Quelle était Torigine de cet hypogée et sa destination? Dans la partie haute où se trouvent les couchettes et les auges, on n'a découvert aucune trace de profession chrétienne. La situation du rocher en dehors de la ville convenait bien à des tombeaux juifs. L'hypogée a donc vraisemblablement une origine juive ; la forme des chambres sépulcrales avec des lits au lieu de fours à cercueils n'indique pas à elle seule une origine récente, car on a trouvé ce genre de sépultures dans de très anciens tombeaux phéniciens et chypriotes. Cependant la présence d'une auge é vidée dans l'une de ces banquettes, et le bourrelet taillé dans le rocher pour soutenir la tête ne marquent pas une haute antiquité : on peut songer au temps d'Hérode.
Plus tard, lorsque la basilique fut construite, les chrétiens, qui aimaient à reposer auprès des martyrs, durent désirer particulièrement avoir leurs tombes non loin de celle de saint Etienne. L'antique hypogée fut continué, mais cette fois avec des arcosolia ou de petites auges, avec des croix et des inscriptions qui ne laissent aucun doute sur le caractère chrétien de ces tombeaux.