PRÉSENT ET AVENIR
a obtenu de Sa Majesté le Sultan Abd-el-Hamid, Tautorisation de rebâtir l'église détruite. Ce fîrman est daté du 20 octobre 1892. Déjà le temps passe, et cependant il importe de mettre à profit le plus tôt possible cette faveur exceptionnelle.
Que manque-t-il donc pour commencer les travaux?
Rien, si ce n'est une chose que je laisse au lecteur le soin de deviner. Les faits que j'ai exposés parlent assez haut, je rougirais d'atténuer leur éloquence par un banal appel de fonds. Cependant un scrupule de conscience peut arrêter les plus généreux. Bâtir une basilique à Jérusalem, n'est-ce pas une prodigalité ?
Oui, c'est une prodigalité, mais il s'agit de Jérusalem, çt que serait l'Occident si Jérusalem n'avait pas été prodigue? C'est une prodigalité, comme celle de Marie-Madeleine répandant sur les pieds du Sauveur un parfum précieux, et brisant le vase d'albâtre. C'est une prodigalité, comme celle des apôtres, qui n'ont pas voulu borner leur zèle à la Judée et qui ont semé partout la bonne nouvelle. C'est une prodigalité, comme celle d'Etienne, qui versait son sang pour attirer à Jésus-Christ toutes les âmes. L'Eglise primitive connaissait bien la dette qu'elle avait contractée envers l'Église de Jérusalem. On voyait les pauvres ouvriers de Thessalonique et de Philippes joindre leur obole aux riches présents que Paul, le docteur des nations, portait à la ville sainte. Jérusalem perdait sous la nouvelle loi sa primauté d'honneur et de juridiction, mais elle conservait aux yeux des fidèles un droit spécial à leurs charités; c'était une recommandation des Apôtres (Gai., II, 10).
La France en particulier ne saurait oublier le culte qu'elle a rendu à saint Etienne. Dix cathédrales lui sont dédiées; vingt-trois villes ont une paroisse sous le vocable du même saint; soixante-neuf communes de France ou des colonies
portent son nom. N'est-ce pas la marque d'une affinité reconnue entre le généreux dévouement du martyr et le génie de la France ?
Si la foi d'Etienne, si sa charité sont communes parmi les chrétiens, si son ardeur nous anime encore, laissons reposer son souvenir. Mais s'il n'est que trop vrai que les caractères s'affaissent, que la foi diminue, que le monde se distrait de plus en plus de la Passion et s'éloigne de la Croix, si les grands sacrifices deviennent rares, redressons l'image de Celui qui a vaincu en mourant, du couronné martyr.
La vieille basilique sera donc rélevée.
Elle sera d'abord ce qu'elle était à l'origine, une église destinée à honorer le premier des martyrs au lieu témoin de son holocauste, un monument de notre foi. Mais les pierres ne suffisent pas à symboliser cette foi qui doit être vivante ni à glorifier le triomphe de la grâce. Eudocie plaça près de l'église des religieux pour la desservir. Aujourd'hui les gardiens du sanctuaire sont déjà à leur poste, le culte de saint Etienne est donc assuré.
On honorera saint Etienne non seulement comme le premier des martyrs, mais aussi comme le premier des diacres. La basilique sera donc le centre naturel d'une association de diacres : dès l'origine de la restauration on y prie chaque jour publiquement, pour les ministres de l'autel appelés au diaconat, celui qui demeure leur plus admirable modèle.
La future basilique ne refusera pas un asile au Rosaire.
Marie est déjà la gardienne de ces lieux bénis. C'est en son honneur qu'a été construit le mur d'enceinte, les mystères du Rosaire doivent y être représentés; déjà les processions, tant aimées de l'Orient, se déroulent sur le chemin de ronde de cette forteresse : il est si doux de suivre avec Marie les étapes de la vie de son Fils Jésus, si près de Bethléem et du Calvaire !
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Comme il convenait, Marie a, là encore, préparé les voies à Jésus : chaque troisième dimanche du mois, le Très Saint Sacrement parcourt la même route dans une pompe modeste qui rappelle les jours de sa vie cachée, quand parurent aux gens de Jérusalem sa bénignité et sa mansuétude. 11 ne manque donc plus que le centre même du culte pour que le Dieu Sauveur règne vraiment par Etienne, par Marie. C'était une grande idée de faire rayonner des hauteurs de Montmartre les grâces du Sacré Cœur de Jésus, parce que Montmartre est la montagne des Martyrs. Le Souverain Pontife a pensé qu'une basilique du Sacré-Cœur serait bien à sa place à Jérusalem, au lieu de la lapidation du premier des martyrs. « Oui, disait Léon XIII, consacrez toute votre œuvre et l'église au Sacré Cœur de Jésus. Le Sacré Cœur ne peut être mieux que là, car lorsque saint Etienne voyait les cieux ouverts et Jésus debout à la droite de son Père, Jésus se montrait à lui avec ses plaies, celles de ses pieds et de ses mains, celle de son cœur ! »
Est-on bien sûr d'ailleurs que le sanctuaire restauré ne sera pas utile aux âmes? Autant vaudrait dire, toute proportion gardée, que la prière d'Etienne n'a pas été utile à Paul. Dans l'église relevée, on reprendra la prière interrompue, dans une langue différente, mais dans un même esprit, dans un autre rite, mais avec la même foi, la prière par excellence, le saint office du chœur. « Courage, disait Philippe- Auguste , à son retour de Terre Sainte, pendant une tempête, en ce moment les religieux se lèvent pour chanter matines ». Courage, ouvriers apostoliques, partout en Palestine on récite l'office divin, les cieux vont s'entr'ouvrir et le travail devient fécond.
Le lecteur sympathique à l'ordre de Saint-Dominique ne croira pas aisément que ses enfants restent inertes dans le champ qui s'ouvre à leur zèle. Déjà la prédication a commencé ; déjà auprès des ruines de l'église une école est fondée :
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on y enseigne la science d'Etienne et de Paul, la science des Saintes Ecritures. N'est-ce pas une excellente manière de faire de l'apostolat en Orient, où le protestantisme croit avoir le monopole de la propagande biblique, où les esprits sont encore disciplinés par l'autorité, respectueux de la tradition, soumis au prestige du Livre? Saint Etienne a ses gardiens, saint Etienne a ses disciples, saint Etienne aura son sanctuaire. Tant de cathédrales, tant d'églises élevées en son honneur, tant de villes qui portent son nom ne permettront pas que son martyrium demeure dans l'état de désolation qui arrachait des larmes à un pèlerin du moyen âge.
Le jour est venu, ô Jérusalem, de relever tes ruines ! (Michée, VIII, 2.) saint de Dieu, ô Etienne, précieux premier martyr! dans la force de charité qui vous soutenait, vous avez intercédé près du Seigneur pour un peuple ennemi, daignez maintenant répandre vos prières pour la communauté qui vous est si spécialement consacrée et pour tous ceux qui contribueront à la restauration de votre sanctuaire ^ : Sancte Dei , pretiose protomartyr Stéphane, qui virtute caritatis circumfulsus undique, Dominum pro inimico exorasti populo , funde preces pro devoto tibi nunc collegio!
1. Neuvième répons de Toffice, selon le rite des Frères Prêcheurs.