I. CeliituJo Feslra, porte la Chronique
voir la reprendre facilement, si l'armée castillane venait à s'en emparer. Il partit donc, suivi de toutes ses troupes, et fit route pour le port d'Alméria, sur la Méditerranée; son dessein était de s'y embarquer, afin de gagner Valence par mer, cette voie lui paraissant la plus, rapide. Le gouverneur d'Alméria le reçut avec les plus grandes marques de respect et d'amitié, lui offrit un festin splendide et, la nuit suivante, le fit étouffer pendant son sommeil. Ses vertus et ses exploits furent chantés en beaux vers par le poète Mohammed Asabarri ; sa mort privait les musulmans du meilleur chef qu'ils eussent alors en Espagne.
Les habitants de Cordoue, en apprenant qu'ils ne seraient pas secourus, étaient tombés dans le désespoir, tandis que la nouvelle avait doublé la confiance et l'activité des assiégeants. Lorenzo Suarez avait réussi à quitter sain et sauf l'armée de Ben-Houd, et il avait même pu amener à Ferdinand tous les chrétiens qui étaient au service du Motawakkel. Les troupes royales augmentaient sans cesse en nombre, et les opérations étaient poussées avec vigueur. La ville était maintenant bloquée de toutes parts, et la
GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAURES. lOT Te-Deum et une procession solennelle d'action de grâces complétèrent ce triomphe chrétien, où les vainqueurs, loin de songer à eux-mêmes, n'envisageaient que la gloire du Dieu Sauveur, 'qui rentrait en maître dans une cité d'où le Croissant l'avait autrefois banni. En même temps, l'étendard de Castille et de Léon flottait sur l'Alcazar.
Ferdinand fit revivre l'ancien siège épiscopal «t le dota richement. Dans la mosquée devenue cathédrale, il retrouva les cloches qu'Almanzor, en ^o, avait enlevées du sanctuaire de Saint- Jacques de Compostelle et qu'il avait fait transporter jusque-là, depuis le lieu où il les avait prises, sur les épaules d'esclaves chrétiens ; elles servaient de lampes, le culte musulman ne faisant point usage de cloches. Le roi, pour venger l'outrage qui avait été fait jadis à la religion chrétienne et à ses fidèles, ordonna qu'elles fussent reportées à Compostelle sur les épaules d'esclaves maures; cet acte de réparation écla- Unte et sévère causa dans toute l'Espagne catholique une joie inexprimable.
Les musulmans quittèrent Gordoue, abandonnant leurs maisons et leurs biens, selon les
GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAUR^. 103 Il rentra en Castille après la prise de Cordone, et gagna directement Tolède, où sa mère Bérengfere gouvernait en son absence, avec cette application et cette sagesse dont elle avait donné précédemment tant de marques; elle prenait soin d'entretenir d'hommes, de vivres et de munitions les armées de son fils, comme de maintenir l'ordre et la sécurité dans les deux royaumes de Castille et de Léon, de telle sorte que Ferdinand, libre de toute préoccupation à l'égard de ses États, où régnaient le calme et la prospérité, pouvait se consacrer tout entier à là tâche patriotique et chrétienne qu'il avait assumée.
Sans doute aussi, la reine-mère surveillait-elIe l'éducation de ses petits-fîls; notre temps, qui s'intéresse d'un façon si vive à tout ce qui a trait à la formation de la jeunesse, ne laisse pas de savoir maavais gré aux chroniqueurs du Moyen Age de ne raconter pour ainsi dire jamais comment furent élevés les princes dont ils se sont donné mission de retracer la vie ; assurément il nous est facile de nous rendre compte que l'instruction militaire chez les princes, le travail manuel chez les princesses, l'instruction religieuse
rm aient les princît qu'ils recevaient; itre quelle part prere toujours difBcile, aarque tel que Feraé sur ses autels et lodèle, comprenait nel.
pleurer la mort de it, elle admirait la vait aussi de quelle Ferdinand ; elle le ]ue trente -huit ans], ré sa fermeté d'âme 1 accepter, sinon à llicites, que sa doue ses regrets étaient onc de le remarier, jet délicat, elle ne 'Eut, car ses petitsour que l'avenir de n'avait d'autre resm fils, avec la fran- : avant toute chose urs, combien, chez
un prince, le veuvage, plus encore peut-être que 'le célibat qui n'a point cessé par le mariage, est un état dangereux pour le salut. Son langage fut si élevé et si persuasif, que Ferdinand lui déclara qu'il entrait pleinement dans ses vues, et qu'il s'en remettait à elle du soin de lui trouver une épouse ornée des mêmes mérites que Béatrix. Telle était l'humilité du saint roi, telle était sa défiance à l'égard de ses propres forces : la pratique constante de la chasteté chrétienne, selon les divers états qu'il avait traversés, l'intention ferme qui l'animait de demeurer fidèle a cette vertu, lui laissaient la craiate de la faiblesse humaine et l'incertitude de la persévérance.
Bérengère se hâta d'user de la permission que lui donnait Ferdinand ; ce fut à la reine douairière ^e France, sa sœur, qu'elle demanda une seconde femme pour le roi de Castille et de Léon. Blanche s'empressa de déférer à ce vœu : elle arrêta son choix sur Jeanne de Ponthieu, fille de Simon, comte de Dammartin, qui était devenu comte de Ponthieu et d'Aumale par suite de son mariage avec Marie de Ponthieu; cette dernière était elle-même fille de Guillaume III de Ponthieu et d'Alix de France, et petite-fille du roi Louis VII
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le Jeune*. Jeanne fut conduite en Kspagne, sous une escorte française, et son mariage avec Ferdinand fut célébré à Bui^os, en 1237. Elle était fort belle, et son caractère était aussi dons et aussi affectueux que celui de Béatrix; Ferdinand l'aima avec la même tendresse qu'il avait aimé sa première femme; il ne pouvait se séparer d'elle, et il l'emmenait avec lui dans ses campagnes : il l'installait dans un lieu sAr, aussi proche que possible du théâtre des hostilités, et il lui faisait visite aussi souvent que les circonstances
I. Le P. de Ligny se trompe, en disant (pp. 171 et 171) que Ferdinand et Jeanne n'étaient pas parents j son erreur provîeni de ce qu'il croit qu'Alix de France, comtesse de Fonthieu, était fille d'Alix de Champagne, troisième femme de Louis VII, alors qu'elle était en réalité fille de Constance de Castille, deuxième femme de ce prince. Constance de Castille était fille du roi Alphonse VIII, bisaïeul de Ferdinand III et en même temps son trisaïenl. Ferdinand et Jeanne étaient donc cousins, par Alphonse IX de Léon, du troisième au quatrième degrés canoniques; ils l'étaient en outre au quatrième degré par Bérengèrede Castille; or, le mariage, aujourd'hui encore, est prohibé dans l'un et l'autre cas sans la permission de l'Ordinaire. L'on ne s'aperçut point de cette double parenté lors du mariage de Ferdinand et de Jeanne, qui fut célébré sans dispense; l'on ne s'en aper(ut pas davantage par la suite, et le Saint- Siège, qui ne la remarqua pas non plus, ne souleva jamais aucune difficulté.
GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAURES. 107 le lui permettaient. L'hiver interrompait les opérations militaires ; le roi et la reine le passaient ensemble, en Castille ou en Léon, dans la compagnie de Bérengëre. Le plus parfait accord régnait eotre tous les trois; animés d'une égale ferveur, ils vaquaient en commun à leurs exercices de piété; le bien de l'État les préoccupait au même degré; s' éclairant mutuellement de leurs lumières, ils apportaient aux affaires an semblable concours. Jeanne donna à son mari deux fils, Ferdinand et Louis, qui survécurent à leur père, mais peu de temps, et une fille, ^éonore', qui hérita du comté de Ponthieu et du comté de Mootreuil et les apporta en dot au prince héritier d'Angleterre, depuis roi sous le nom d'Edouard 1", qu'elle épousa en ia54-