‹ Saint Ferdinand III (1198?-1252)Chapitre 11 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La nouvelle de la proclamation et du couronnement de Ferdinand ne détourna pas Alphonse de Léon de ses prétentions ; il pénétra lui-même en Castille, avec l'espoir de s'en rendre maître : Alvaro l'encourageait, en lui promettant son concours. Vainement Bérengère lui députa l'évêque de Palencia et l'évêque de Burgos, pour le conjurer de renoncer à ses desseins : il continua sa marche vers Burgos, espérant s'emparer de cette ville par un coup de main ; mais elle était bien défendue par Lope de Haro ; d'autre part, contrairement à ce qui lui avait été dit, les populations, sur son passage, se montraient partout fidèles à Ferdinand : il se rendit compte de l'inutilité de sa tentative et rentra dans ses Etats.

Mais Alvaro et ses frères, Gonzalès et Ferdi-

nand de Lara, prolongeaient leur rébellion ; Ferdinand et Bérengère se mirent à la tête d'une armée de volontaires et s'appliquèrent à les réduire à merci. Les fonds manquaient pour soutenir cette campagne : Bérengère vendit ses pierreries et employa l'argent qu'elle en retira à l'entretien des troupes royales. Alvaro fut pris à Ferrariola : on lui fit grâce de la vie, à la condition qu'il remettrait au roi toutes les places dont il disposait et qu'il contraindrait ses frères à remettre les leurs. Ferdinand de Lara entra en accommodement avec son souverain : il obtint de conserver ses forteresses, en reconnaissant ne les tenir qu'à titre de vassal et en faisant acte d'hommage ; Gonzalès demeura indomptable.

La modération du roi et de la régente leur concilia la plupart de ceux qui s'étaient rangés dans le parti des Lara, mais elle ne maîtrisa pas longtemps Alvaro et son frère Ferdinand, qui recommencèrent à fomenter des troubles. Le roi marcha aussitôt contre eux, avec des forces suffisantes pour les accabler ; se voyant perdus, ils passèrent en Léon, afin de tourner une seconde fois les armes du roi Alphonse contre Ferdinand. Ils le déterminèrent à envahir de nouveau les

Etats de son fils. Mais le sentiment national se manifesta spontanément en faveur du jeune roi : les grands levèrent une armée et, sans attendre les ordres de Ferdinand, coururent au-devant d'Alphonse, le rejetèrent hors des frontières de la Castille, pénétrèrent eux-mêmes dans le Léon et s'enfermèrent dans Salamanque, dont Alphonse fut contraint de faire le siège. Au même moment, Alvaro, terrassé par une maladie soudaine, mourait en témoignant un profond repentir de son infâme conduite*; le roi de Léon, qui se voyait privé de son concours, alors que ce concours lui eût été le plus nécessaire, offrit aux sujets de son fils une paix qui fut acceptée. Quant à Ferdinand et à Gonzalès de Lara, poussant la révolte jusqu'aux dernières limites, ils se rendirent auprès de l'émir de Maroc, dans le but de l'engager à tenter une expédition contre l'Espagne; mais Ferdinand succomba presque aussitôt son arrivée, et Gonzalès ne réussit pas à se faire écouter. Loin d'être découragé par tant d'échecs successifs, ce dernier eut l'audace de

I. Bërengère eut, dit-on, la générosité de pourvoir aux frais de ses funérailles, car il était mort dans le plus complet dénuement.

rentrer en Castille, et de ravager les terres de Bérengère ; finalement il se retira chez les Maures de l'Andalousie, et il y mourut.

Enfin débarrassé de tous ses adversaires, Ferdinand accorda une amnistie générale et s'appliqua avec zèle à réparer les maux causés par de si longs désordres. Bérengère songeait à marier son fils, afin d'assurer un héritier à la couronne, et plus encore afin de prémunir le corps et l'âme du jeune prince contre le double péril de Tâge et de la situation; l'esprit de piété de Ferdinand, son dessein bien arrêté de persévérer dans la voie de la pureté des mœurs, ne suffisaient pas à donner à cette mère prudente une pleine confiance dans l'avenir. Son choix, l'on ignore par suite de quelles circonstances, se porta sur Béatrix de Souabe (Hohenstaufen), fille de Philippe, qui avait été reconnu empereur d'Allemagne par Innocent III en 1 207 , et qui était mort l'année suivante.

Une ambassade, ayant à sa tête Maurice, évêque de Burgos, fut adressée au roi des Romains Frédéric III, cousin germain de la princesse, pour

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