Op. citât. j pp. i88; 189, 190 et igi
pour la frontière de Murcie son fils aîné, Alphonse, à la tête d'une armée nombreuse, en lui donnantpour conseiller don Ruis Gonzalès Gijon. Le jeune prince, en passant par Tolède, y rencontra des envoyés de Mohammed Ben Ali Ben Houd, vali de la ville de Murcie, qui venaient porter à son père des propositions d'accommodement. Il n'est pas nécessaire, leur dit-il, que vous vous rendiez jusqu'à Burgos ; je me charge de faire connaître votre offre au roi de Castille, et je l'accepte d'avance en son nom. Les envoyés rentrèrent dans leur pays, firent dresser l'acte du traité, puis se portèrent au-devant d'Alphonse ; ce dernier, après avoir averti Ferdinand et obtenu son assentiment, arrivait à Alcaraz, lorsqu'ils l'y rejoignirent. Le traité était signé par le vali de Murcie et par les commandants des villes d'x\licante, Elche, Oriola, Alhama, Alid, Aceca et Chinchilla : tous conservaient leurs places et leurs revenus, mais reconnaissaient pour suzerain le roi de Castille, s'engageaient à lui prêter serment de fidélité et à lui payer tribut, et devaient recevoir dans leurs citadelles des troupes chrétiennes. Seul parmi les princes de Murcie, le vali de Lorca, Aziz Ben Abdemelek,
s'était refusé à souscrire à cet arrangement, parce qu'il était le successeur du Motawakkel et qu'à ce titre, il prétendait au gouvernement de tout le royaume ; il garda son autorité sur Lorca, où il commandait en personne, sur Mula et sur Carlhagène, dont les chefs militaires étaient ses créatures, et aussi sur deux villes du royaume de Valence, Xativa et Dénia, dont il confia la garde à Jahia Ben Ahmed.
Alphonse reçut a Alcaraz le serment de fidélité des seigneurs du pays ; puis, escorté par la plupart d'entre eux et suivi d'une brillante chevalerie, il se dirigea vers la ville de Murcie, où il fit une entrée solennelle (i243). Il prit possession de la citadelle, y mit une garnison castillane, y établit un évêché et transforma la mosquée en cathédrale. Il s'appliqua ensuite à faire reconnaître dans toute la région l'autorité du roi son père ; admirablement secondé par le grand-maître de l'ordre de Saint-Jacques, Pelage Correa, il occupa en peu de temps toutes les forteresses, à l'exception de celles qui obéissaient au vali de Lorca, les fit réparer et y laissa des troupes. Ayant ainsi subjugué, puis pacifié le pays, il repartit pour la Castille, afin d'aller rendre
compte à Ferdinand de la manière dont il s'était acquitté de sa tâche.
Le roi, à peine guéri de sa maladie, s'était mis, selon sa coutume, à parcourir ses Etats, afin de réprimer les abus et les délits de toute nature; il se trouvait à Palencia, où il était occupé a punir divers malfaiteurs, lorsqu'il apprit que la disette recommençait à Cordoue et se faisait aussi sentir à Murcie. Il partit pour Tolède, afin d'y préparer des convois de vivres ; ce fut là que son fils le retrouva ; tous les deux se rendirent à Burgos, où l'infante Bérengère prenait le voile, au monastère de lasHuelgas^ ; puis, quelques jours plus tard, Alphonse retourna en Murcie, où il répartit les subsides que son père y avait fait transporter. Son plus vif désir était de s'emparer des possessions du vali de Lorca ; apprenant que la ville de Mula souffrait de la famine, il saisit l'occasion de la réduire par un blocus ; les habitants ne tardèrent pas à se rendre. Mais Lorca et Carthagène résistèrent à toutes les attaques, et Alphonse dut se contenter de ravager leur territoire (i244)-