‹ Saint Ferdinand III (1198?-1252)Chapitre 23 sur 28 · Elle fut élue, par la suite, abbesse de ce monastère · texte numérisé non relu

Elle fut élue, par la suite, abbesse de ce monastère

Maître des îles Baléares, le roi Jaîme I" d'Aragon s'étaît attaqué au royaume de Valence ; l'émir Dschomail sollicita le concours des Béni- Zeyan d'Afrique, ses parents. Les membres de cette puissante tribu équipèrent une flotte et firent voile vers le port de Valence; mais des vents contraires et l'escadre aragonaise les empêchèrent d'atterrir, et ils durent abandonner la capitale de l'émir aux efforts de l'ennemi. Valence capitula, le 28 septembre i238 : les habitants devaient avoir la vie sauve ; ils pourraient se retirer où bon leur semblerait, en emportant leurs biens; s'ils préféraient demeurer dans la ville conquise, ils y jouiraient d'une entière liberté pour l'exercice de leur culte, continueraient à vivre sous l'empire de leurs lois et ne se verraient pas astreints à payer plus d'impôts que les sujets chrétiens du roi d'Aragon ; dans les vingt jours, toutes les places situées sur la rive gauche du Xucar seraient livrées à Jaime; le pays qui s'étendait sur l'autre rive était laissé à Dschomail et k ses vassaux, à qui une trêve de sept ans était accordée. Le lendemain du jour où le traité fut signé, le 29 septembre, fête de l'archange saint Michel, le roi d'Aragon entra dans

NOUVELLES CONQUÊTES DE FERDIÎy^AND. 129

Valence; Tévêque de Tarragone convertît en cathédrale la grande mosquée.

Jaime, dont la loyauté était loin d'égaler celle du roi de Castille, ne se fit pas longtemps scrupule de violer la trêve qu'il avait conclue ; il nourrissait surtout le secret désir de s'emparer de Xativa et de Dénia, possessions du vali de Lorca, tant à cause de l'importance de ces deux places, situées l'une sur les confins de la Murcie, l'autre sur le bord de la mer, que parce qu'il tenait à ne point laisser Ferdinand III s'en rendre maître. Aussi, dès Tannée 1240, il tentait d'enlever Xativa; ce ne fut toutefois qu'après quatre années d'efforts répétés, qu'il réussit à mettre la main sur cette ville. Dénia succomba à son tour, au mois de mai 1248, et en i253 la conquête du royaume de Valence fut définitivement achevée.

Maître de la Murcie, à l'exception de Lorca et de Carthagène, Ferdinand était dès lors en mesure de s'attaquer aux possessions de Mohammed Ben Alahmar , c'est-à-dire aux territoires d'Arjona et de Jaën et au royaume de Grenade. Il partit pour l'Andalousie, au commencement de l'été de l'année

1244; il ïi^ devait plus revoir la Castille.

Il avait assigné la ville d'Andujar pour lieu de rendez-vous général à ses troupes ; son frère Alphonse l'y rejoignit, à la tête d'un petit corps, qui venait d'être battu par l'émir de Grenade. Quand toute l'armée eut été rassemblée, le roi ordonna à son fils aîné de faire contre Lorca et Carthagène une nouvelle tentative, qui demeura vaine ; lui-même se mit en campagne et dévasta le territoire de Jaën. Il détacha une division, sous le commandement de Nuno Gonzalès de Lara, et l'envoya assiéger Arjona; cette place, qui n'avait que de très faibles approvisionnements, se rendit au bout de deux jours : les habitants, à qui l'on avait promis la vie sauve, se retirèrent, pour la plupart, dans le royaume de Grenade. Ferdinand prit possession de la ville, puis retourna à Andujar chercher la reine; il l'emmena à Cordoue, dont elle fit sa résidence jusqu'à l'époque où le roi de Castille entreprit le siège de Jaën.

Durant l'automne de i244> l^s troupes chrétiennes s'emparèrent de Castiella, de Pegalajar, de Montijar et de Cartejar; puis, pénétrant dans la vallée de Grenade, sous la conduite de Ferdi-

nand luî-même, elles s'avancèrent jusque sous les murs de celte ville, dont elles commencèrent même le siège. Mais la mauvaise saison survint et causa des maladies, les assiégés firent plusieurs sorties et infligèrent aux Castillans des pertes sensibles, tandis qu'un parti nombreux de Maures se portait sur le château de Martos, pensant le trouver dégarni, l'enlever ainsi facilement, et revenir ensuite tomber sur les chrétiens campés devant Grenade. Ferdinand, dès qu'il eut appris l'investissement de Martos, envoya au secours de cette place son frère Alphonse; le grand-maître et les chevaliers de Calatrava, à qui elle appartenait, en vertu de la donation qu'ils en avaient antérieurement reçue du roi, partirent également, dans le but de la défendre ; mais ce concours tardif fut inutile : les membres de l'ordre, en petit nombre, qui tenaient garnison dans la forteresse, avaient fait fuir l'ennemi avant l'arrivée du prince et de ses auxiliaires. Ferdinand leva le siège de Grenade.

Durant cette même année 1244? Dschomail Ben Zeyan cherchait à s'indemniser en Murcie des pertes de territoire qu'il avait dû subir dans le royaume de Valence; le vali de Lorca, qui

marcha contre lui, fut vaincu et tué dans une bataille qu'il lui livra; Dschomail s'empara de Lorca et de Carthagène, mais ce fut alors que Jaime V emporta Xativa, autre possession du vali.

La prise de cette dernière ville par le roi d'Aragon était un acte blessant pour le roi de Castille, qui était en droit de regarder les États du vali de Lorca comme une dépendance de la Murcie et, a ce titre, comme devant suivre le sort de cette province. Lors de l'avènement de Ferdinand au trône de Léon, Jaime, on s'en souvient, s'était allié contre lui avec le roi de Navarre ; il avait en même temps institué ce prince son successeur, au détriment de son fils Alphonse, né de son mariage avec Éléonore de Castille, tante de Ferdinand; le saint roi ne s'était pas ému de ces mauvais procédés. Jaime, d'ailleurs, nous l'avons aussi noté, s'était repenti de sa conduite à l'égard de son fils, et il avait reconnu ce prince pour héritier de tous ses Etats. Mais, par la suite (isSS), il se remaria avec Yolande, fille d'André II, roi de Hongrie; ayant eu de cette princesse un fils, Pierre, il fit décider, par une assemblée nationale qui se tint

à Daroca (i243), qu'Alphonse n'hériterait que de l'Aragon proprement dit, tandis que Pierre recevrait en partage le comté de Barcelone. Les grands d'Aragon s'élevèrent, pour la plupart, contre cette délibération, et la guerre civile était sur le point de déchirer le royaume. Ferdinand III s'abstenait sévèrement de se mêler des affaires intérieures et extérieures des royaumes chrétiens autres que le sien; mais il était alors dans la nécessité de régler avec Jaime P^ la question des droits respectifs de la Castille et de l'Aragon à l'égard des Etats de Murcie et de Valence; en confiant cette mission à son fils Alphonse, il jugea conforme à son devoir de roi d'engager ce prince à faire ce qui dépendrait de lui pour apaiser le différend aigu qui était né entre le roi d'Aragon et son fils aîné.

Alphonse de Castille eut une entrevue avec Jaime P^ à Almira (i244)? ^t îl réussit non seulement à trancher le litige pendant entre les deux pays au sujet de la Murcie, mais en outre à rétablir la concorde entre le père et le fils. Ce dernier consentit à ce que le comté de Barcelone fût attribué à son frère du second lit. Alphonse de Castille se fiança avec Yolande, seconde fille

de Jaime, et Ton convint que cette princesse recevrait en dot les places de Xaliva et de Dénia : le roi d'Aragon était déjà en possession de la première, il eut la faculté de s'emparer de la seconde; le droit de prendre Lorca et Carthagène était réservé au roi de Castille. Alphonse, de retour de son ambassade, réussit enfin à réduire ces deux villes.

Ferdinand projetait de faire le siège de Jaëii; Mohammed Ben Alahmar, qui s'attendait à voir éclater ce dessein, voulut mettre la ville en état de subir un long investissement : il fit donc partir de Grenade pour Jaën seize cents bêtes de somme, chargées d'armes et de vivres, sous une escorte de cinq cents cavaliers. Le roi de Castille eut connaissance de cette mesure de précaution, dont le succès était de nature à retarder singulièrement la chute de Jaën, et aussitôt il ordonna à son frère Alphonse de se porter au-devant du convoi; lui-même, avec le reste de l'armée, suivit le prince de très près. Les Maures, à leur tour, apprirent que les troupes castillanes s'avançaient a leur rencontre, et ils rentrèrent dans Grenade. Jaën néanmoins se trouvait en état de résister pendant plusieurs mois, et Ferdinand,

qui le savaît, hésitait à commencer les opérations; le grand-maître de Calatrava Tencouragea, au contraire, à agir sans retard. On était à l'automne de l'année i2^5 : il fallait profiter de la mauvaise saison, qui empêcherait Ben-Alahmar de venir au secours des habitants. Le roi de Castille se laissa convaincre et, le siège une fois décidé, on prit les mesures nécessaires pour que toute communication des assiégés avec l'extérieur fût rendue impossible ; on eut soin également de ravager la campagne environnante, afin qu'une sortie, si elle était tentée, ne permît pas à la ville de se ravitailler. Ferdinand en personne commandait les assiégeants, et ni le froid ni la pluie incessante n'arrêtèrent les travaux d'approche, qui se poursuivirent sans discontinuer durant tout l'hiver.

Mohammed, malgré les intempéries, s'était mis en marche, afin d'essayer de débloquer Jaën ; il fut battu, et, désespérant dès lors de sauver cette place, craignant même que Ferdinand ne cherchât bientôt à lui enlever Grenade, il jugea qu'il n'avait d'autre moyen de mettre le reste de ses États à l'abri de la conquête, que de se reconnaître le vassal du roi de Castille. Il

prît l'avis de ses principaux conseillers, qui, tous, se montrèrent favorables à son dessein. x\lors, il se rendit au camp des Castillans et demanda une entrevue avec Ferdinand. Introduit auprès du roi, il se nomma et exposa l'objet de sa démarche. Touché par une telle marque de confiance, ému de tant de grandeur d'âme et de loyauté, Ferdinand embrassa avec affection son noble adversaire, et lui déclara qu'à l'exception de Jaën, il ne lui enlèverait pas un pouce de terrain. Un traité fut conclu entre les deux souverains : la ville de Jaën devait être livrée à Ferdinand, le royaume de Grenade était laissé à Mohammed, mais ce prince reconnaissait le roi de Castille pour son suzerain ; il promettait de lui payer un tribut annuel de cent cinquante mille maravédis , et de lui prêter main-forte, avec un nombre déterminé de cavaliers, toutes les fois qu'il en serait requis, soit contre les ennemis chrétiens, soit même contre les ennemis musulmans du monarque castillan. En présence de toute l'armée, l'émir de Grenade baisa la main du roi de Castille en signe de vasselage; il fut désormais admis à toutes les séances des Cortès, ainsi qu'aux fêtes de la cour, comme lea

autres vassaux de la couronne. Ferdinand, jusqu'à la fin de sa vie, n'eut pas d'allié ni d'ami plus fidèle que ce prince mahométan, et Mohammed le pleura lorsqu'il mourut; tous les deux étaient dignes de se comprendre.

Au mois d'avril 1246, Ferdinand, à la tête de l'armée chrétienne, fit son entrée dans Jaën, qu'il avait assiégé pendant dix mois. La grande mosquée fut purifiée par Guttierès, évêque de Cordoue, et changée en cathédrale, sous l'invocation de la sainte Vierge; la ville fut pourvue d'un évêché, que Ferdinand dota avec sa magnificence habituelle. D'importants privilèges furent accordés aux chrétiens qui fixeraient leur résidence dans la cité conquise; il en vint un grand nombre, et le roi leur donna des maisons et des terres. Il eut soin de faire réparer les fortifications, et Jaën devint ainsi pour les Castillans ce qu'elle avait été jusque-là pour les Maures, c'est-à-dire le boulevard avancé, qui protégeait la frontière contre toutes les attaques.

Occupé de la sorte à pourvoir à la sécurité et à la prospérité de sa nouvelle conquête, Ferdinand passa huit mois à Jaën; l'accord intervenu avec le roi d'Aragon et le traité conclu

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