I. Le P. de Ligny, Fie de saint Ferdinandj p
aussitôt s'endormît; à son réveil, il demanda à manger; il revint guéri à Tolède.
L'émir almohade Yacoub avait été arrêté dans ses desseins par la mort en 1 199 ; son successeur, Mohammed en-Naser, se montra plus redoutable encore ; mais un élan général entraîna bientôt contre lui les monarques chrétiens d'Espagne ; tandis qu'il enlevait aux Almoravides (1209) les îles Baléares, leurs dernières possessions, Alphonse IX de Cas tille, Alphonse IX de Léon, Sanche VII de Navarre, et Pierre II d'Aragon, qui s'était naguère (i2o4) déclaré tributaire du Saint-Siège et avait été couronné à Rome par Innocent III, se liguaient contre l'ennemi commun; en 12 12, l'éclatante victoire de las Navas de Tolosa frappait de mort la puissance des Almohades.
Le règne d'Alphonse de Castille s'achevait glorieusement. En 1209, ce prince avait érigé en université les écoles fondées à Palencia, l'an io3o, sous le règne de Sanche le Grand; en 121 3, il avait conclu avec Alphonse de Léon, sous l'assentiment d'Inoncent III, un accord aux termes duquel les droits de ses petits-fils au trône de Léon étaient solennellement confirmés.
L'année suivante, il mourait (6 octobre I2i4), laissant sa couronne au seul fils qui lui restât, Henri; ce prince, n'étant âgé que de dix ans, fut placé sous la régence de sa mère, Éléonore ; mais celle-ci succomba elle-même vingt-cinq jours après son mari (3i octobre). Bérengère fut nommée régente par les États. Elle joignait aux plus rares qualités de l'esprit et du cœur une piété qui lui inspirait peu de goût pour les affaires de ce monde, une délicatesse de conscience, qui la rendait hésitante et indécise sur les partis à prendre, enfin une défiance excessive d'ellemême, qui la portait à préférer les conseils d'autrui à sa propre manière de voir. Le plus grand seigneur de Castille, le comte Alvaro Nuîiez de Lara, qui aspirait au premier rang dans l'État, sut habilement mettre à profit ces défauts de caractère, conséquences fâcheuses d'une vertu encore mal éclairée ; par l'intermédiaire d'un affidé, Garcia Lorenzo, gouverneur du jeune roi, il réussit à persuader a Bérengère qu'il importait au bien du royaume qu'elle se démît de la régence en sa faveur. Bérengère se laissa circonvenir : elle convoqua une assemblée des évêques et des grands, et ceux-ci acquiescèrent volontiers à son
dessein. Le gouvernement fut donc confié à Alvaro, ainsi que la garde du roi.
Tandis que se tramaient ces manœuvres , Tarchevêque de Tolède, Rodrigue Ximénès, était à Rome, où il prenait part au quatrième concile de Latran ; ce sage prélat, qui sera par la suite l'utile et fidèle auxiliaire de Bérengère et de Ferdinand, n'aurait pas manqué, s'il eût été présent, de détourner la régente de son fatal projet, en lui représentant que, « quelque dangereux que paraisse être l'état où Dieu nous a placé, il vaut toujours mieux y demeurer que de suivre l'attrait de la solitude, lorsqu'on n'y est pas appelé^». Il revint en Espagne avant que la mesure fût définitivement adoptée, mais trop tard pour qu'elle pût être écartée. Il obtint du moins que Bérengère n'abdiquât pas entièrement son pouvoir entre les mains d'Alvaro. Celui-ci dut prêter serment de ne donner ni de n'enlever à personne aucun domaine, de ne déclarer la guerre et de n'établir aucun impôt nouveau que du consentement de la régente. Mais le respect de la foi jurée était peu de chose aux yeux d'Alvaro : il n'eut rien de