‹ Saint Ferdinand IIIChapitre 25 sur 64 · VENT · texte numérisé non relu

VENT

ds.

«siècle comme le nôtre. Celui de Ferdinand le lui

« passa. Des mœurs plus polies sont blessées de « ce qui ne blessait pas des mœurs plus simples et, « si l’on veut, plus grossières. Je n’essayerai donc « pas de faire goûter à mon siècle ce qui choque « si fort ses bienséances, et je me contenterai de « faire sur le fond de la conduite de saint Ferdi- « nand une observation qui suffira, si je ne me « trompe, pour la justifier aux yeux de tout « homme raisonnable, de quelque religion qu'il « soit, pourvu que ce ne soit pas la manichéenne. « C’est que les Manichéens n'étaient pas seule- « ment les plus impies de tous les hérétiques, « mais encore les plus corrompus de tous les « hommes. On sait les abominations qu'ils com- « mettaient dans leurs assemblées secrètes. Elles « seules les rendaient dignes du feu. Mais que « ne méritaient pas des hommes qui mettaient « ces abominations en dogme, et qui s’en étaient « fait une religion : qui, d’un côté, égalaient le « diable à Dieu, et de l’autre ne croyaient ho- « norer Dieu qu’en outrageant la nature? Et

« pouvait-il ÿ avoir assez de bûüchers sur la terre

« pour la purger de pareils monstres? Ferdinand

« vint à bout, par ce moyen, de conserver dans

« de l’autre côté des Pyrénées, l’impiété, la dis- « solution, la fureur et les discordes civiles cou- « vrir la terre d'horreur et de sang. Il ne crut « pas que ce füt la racheter à trop haut prix

« de tant de maux, que de le faire par le sup-

plice de quelques Prédicants. Le succès achè- « verait de le justifier, s’il avait besoin ici de

« justification. »

qu’en puisse penser le P. de Ligny, ce n’est pas le succès dont elles sont couronnées, mais la pureté de l'intention qui les a inspirées; une action n’est jamais coupable, quand elle émane d’une conscience droite, qui se propose le bien moral pour fin, et qui, de bonne foi, croit licite le moyen qu’elle emploie; cette action, à la vérité, peut, dans ce cas-là même, n’être point louable, ni par conséquent digne d’être imitée, si son auteur commet une erreur en estimant licite le moyen dont il use. Saint Ferdinand ne se rendait assurément pas coupable, en condam-

nant au feu les Manichéens, puisqu'il se proposait

ses États l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs et la tranquillité publique. Il n'eut

« pas la douleur de voir ce qu'on voyait alors

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Ce qui justifie les actions des saints, quoi

pour but de préserver de la contagion de leurs infâmes pratiques et de leurs erreurs doctrinales la morale et la religion de ses sujets, et puisque la répression qu'il exerçait à leur égard était autorisée et prescrite par les opinions et par les À

lois de son époque; mais il ne se trouverait sans

doute aujourd’hui personne pour le louer de sa

sévérité, qui apparait aux uns comme une at-

teinte à la liberté de la conscience, aux autres comme l'application de lois injustes par leur rigueur, bien qu'au surplus cette rigueur ne dépassât guère celle des articles du code pénal de Napoléon, qui frappaient de la peine de mort les faux monnayeurs et les falsificateurs de billets de Banque. L'on ne saurait toutefois, sans commettre soi-même une grave injustice, blâmer la conduite de Ferdinand envers les Manichéens, en tant du moins qu’elle tendait à réprimer leur propagande violente de corruption cynique, car Ja défense de la morale publique est au nombre des devoirs essentiels qui incombent à un chef d'État. ,

Les soins assidus qu’apportait Ferdinand HIT au gouvernement de la Castille ne fournissaient

plus seuls un aliment à son activité : depuis

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1225 ! il avait commencé son œuvre de libération

du territoire espagnol, suivant en cela, comme en une foule d’autres circonstances, l'inspiration de sa mère Bérengère. Celle-ci voulant, dit l’archevêque Rodrigue, que son fils ne fût aucunement responsable des injustices dont les chrétiens étaient victimes, l’exhorta à donner à Dieu les prémices de ses armes et à rompre la trêve sk qui avait été conclue avec les Arabes. Ferdinand fit donc ses préparatifs; il rattacha à son service, par de bons procédés, un capitaine illustre, Alvaro Pérès de Castro, qui, dans un moment de dépit, s’en était allé porter son épée chez les Maures de l’Andalousie ; ce fait, quelque honteux qu'il fût, n’était point une exception, comme on a pu déjà s’en rendre compte. Puis le roi entra en campagne; l’archevèque Rodrigue l’accompagnait. Dans cette première expédition, l’on ravagea le territoire de Baëça et d’Ubeda, l’on fit de nombreux captifs et l’on s’empara de la ville de Quesada; marchant ensuite le long du Guadalquivir jusqu'aux frontières du royaume

de Jaën, l’armée castillane emporta sur son

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