CHAPITRE IV
FERDINAND, ROI DE LÉON
Ce fut le 23 septembre 1230 qu’Alphonse de Léon rendit le dernier soupir, emporté par une maladie rapide, au moment où il se préparait à se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, pour rendre grâces au patron de l’Espagne de la prise de Badajoz; sa dépouille mortelle fut portée dans la basilique de l’apôtre, et y fut ensevelie à côté de celle de Ferdinand IT. Alphonse avait régné quarante-trois ans; il s'était fait aimer du clergé par ses libéralités, des misérables par une charité inépuisable et pleine de bienveillance. Il attribuait aux églises et aux monastères tout le butin qu’il remportait à la guerre. Il fit rebâtir, sur un plan grandiose,
la basilique de Compostelle, il construisit à Léon
és
FERDINAND IL un vaste hôpital pour y loger les pèlerins pauvres qui allaient prier saint Jacques dans son sanctuaire, il releva les tours de la cathédrale de Léon, qu’Almanzor jadis avait abattues. D’autres travaux d'utilité publique eurent aussi une large part de ses soins; il entretint les routes anciennes et en créa de nouvelles, fit réparer ou jeter de nombreux ponts. Il aimait les lettres et les sciences, et fonda en 1222 l’université de Salamanque, qui ne tarda pas à rivaliser avec celle de Palencia. Il réprima, avec une rigueur que nous taxerions aujourd'hui de cruauté, les pillards et les brigands qui infestaient les gorges des montagnes, ordonnant qu'ils fussent brûlés vifs ou précipités dans l’eau bouillante, mais il réussit de la sorte à faire régner la sécurité dans ses États. Il était juste envers tous, appliqué à la fonction royale, zélé pour le bien public, habile à discerner ce qu’il convenait d'accomplir dans l'intérêt de ses peuples.
A ces qualités d'administrateur, qui sont d’un bon et même d’un grand prince, il ne joignait pas, nous le savons, l’esprit de droiture ni la fidélité à ses engagements. Malgré l’admirable con-
duite de saint Ferdinand à son égard, il nourris-