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autres vassaux de la couronne. Ferdinand, jusqu’à la fin de sa vie, n’eut pas d’allié ni d'ami plus fidèle que ce prince mahométan, et Mohammed le pleura lorsqu'il mourut; tous les deux étaient dignes de se comprendre.
Au mois d'avril 1246, Ferdinand, à la tête de l’armée chrétienne, fit son entrée dans Jaën, qu'il avait assiégé pendant dix mois. La grande mosquée fut purifiée par Guttierès, évêque de Cordoue, et changée en cathédrale, sous l’invocation de la sainte Vierge; la ville fut pourvue d’un évêché, que Ferdinand dota avec sa magnificence habituelle. D’importants privilèges furent accordés aux chrétiens qui fixeraient leur résidence dans la cité conquise; il en vint un grand nombre, et le roi leur donna des maisons et des terres. Il eut soin de faire réparer les fortifications, et Jaën devint ainsi pour les Castillans ce qu'elle avait été jusque-là pour les
Maures, c’est-à-dire le boulevard avancé, qui
protégeait la frontière contre toutes les attaques.
Occupé de la sorte à pourvoir à la sécurité et à la prospérité de sa nouvelle conquête, Ferdinand passa huit mois à Jaën; l'accord inter-
venu avec le roi d'Aragon et le traité conclu
avec l’émir de Grenade ne laissaient d’autre champ à son zèle pour la délivrance de l’Espagne que Séville, Xérès et leur territoire respectif; ces deux cités s'étaient, on s’en souvient, érigées en États indépendants à la mort du Motawakkel ; un assez grand nombre de villes secondaires relevaient d'elles. Durant son séjour à Jaën, Ferdinand médita le projet d'attaquer Séville ; il ne se dissimulait pas les difficultés de cette entreprise. Aucune place n’était plus forte, et par sa situation, et par le nombre et la vaillance de ses défenseurs. Le roi de Castille
savait dans quelle large mesure il pouvait comp-
ter sur le dévouement et l’ardeur guerrière de
son armée, il avait la certitude que l’annonce de son dessein serait accueillie avec allégresse ; son parti, en conséquence, était pris d'assumer encore cette nouvelle tâche, plus lourde, mais aussi plus décisive que les précédentes; mais, en même temps, il était trop ménager du sang de ses soldats pour ne pas s’enquérir avec soin des moyens les plus sûrs et les plus rapides de mener à bonne fin sa tentative. Il tint à Jaën un grand conseil de guerre, où les opinions
furent partagées. Un certain nombre se mon-
NOV RT PRE ONDES D DE PERDINAND, sa
trèrent d'avis qu'avant d’assiéger Séville on s'emparât de toutes les places avoisinantes et que l’on dévastât la contrée, afin d'isoler cette ville et de la mettre hors d’état de renouveler ses forces et ses provisions; à l'appui de cette manière de voir, on faisait observer qu'une semblable méthode avait toujours été suivie avec succès jusque-là. Mais le grand-maitre de Saint-Jacques, Pélage Correa, et la plupart de ses chevaliers soutinrent que l’on risquait, dans ces attaques répétées, de perdre beaucoup d'hommes et de fatiguer les troupes, sans avoir la certitude d’affaiblir Séville; on lui laisserait, au contraire, plus de temps pour préparer sa défense et pour appeler peut-être à son secours les Maures d'Afrique; l’armée chrétienne était pleine de courage et de confiance : il fallait la lancer sans retard à l’assaut de la dernière citadelle des musulmans d’Espagne; quand cette citadelle aurait succombé, les places secondaires subiraient fatalement le même sort.
Ce fut à cette dernière opinion, dont les événements devaient démontrer la justesse, que se rangea Ferdinand. Il donna aussitôt les
ordres nécessaires pour les préparatifs de l’ex-
140 SAINT FERDINAND IIL.
pédition, demanda des renforts à son nouvel allié, l’émir de Grenade, puis se mit en marche à la tête de son armée. Il avait avec lui son frère Alphonse, l'infant Henri son troisième fils, le grand-maître de Saint-Jacques et le grandmaître de Calatrava. On fit route par Cordoue, où l’on ne séjourna point, et l’on ne tarda pas à arriver en vue de Carmona, petite ville située à peu de distance de Séville; sans s'arrêter à en faire le siège, on dévasta en passant son territoire. Mohammed Ben Alahmar lui-même venait de rejoindre l'armée chrétienne, avec cinq cents cavaliers. Ferdinand, poursuivant sa marche, atteignit Alcala de Guadaira, dont il jugea utile de chercher à s'emparer. Le commandant de cette place n’était pas en mesure de résister longtemps ; apprenant que l’émir de Grenade se trouvait parmi les assaillants, il lui fit apporter par des députés les clefs de la ville, espérant obtenir de lui un traitement meilleur que d’un monarque chrétien. Ben-Alahmar accepta ces clefs, mais, en vassal fidèle, il les remit à Ferdinand; ce prince, à son tour, confia la place à son allié.
Toutefois, il prit soin lui-même de la mettre
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NOUVELLES CONQUÊTES DE FERDINAND. ll en état de défense; mais, afin que le temps qu'il consacrait à cette occupation ne fût point perdu pour la poursuite du projet qu'il avait arrêté, il fit envahir la campagne de Séville par son frère Alphonse, et assiéger les villes de Carmona et de Xérès par les ordres militaires de Saint- Jacques et de Calatrava. Son sage conseiller, son ministre fidèle, l’archevèque Rodrigue, était mort l’année précédente (9 août 1245), tandis qu’il faisait route pour rentrer en Espagne après avoir assisté au concile de Lyon. L’affection et la reconnaissance de Ferdinand, nous croyons l’avoir montré, étaient grandes pour tous ceux qui se dévouaient avec lui au service de la chose publique : aussi cette perte l’avait-elle affligé profondément; du moins, elle ne l'avait point troublé dans ses desseins, car il pouvait encore se reposer sur sa mère du soin de gouverner ses États en son absence. Mais cette dernière ellemême allait lui être enlevée. Le 8 novembre 1246, Bérengère succombait, sans qu'il eût eu la consolation de la revoir et de lui fermer les yeux. Il était encore à Alcala, quand il reçut la nouvelle de sa mort, avant d’avoir su qu’elle était
malade et que l’on redoutait sa fin. Il ressentit
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la plus vive douleur, mais ne laissa cependant échapper aucune plainte; il accepta, au contraire, cette épreuve cruelle avec une entière résignation.
Ce fut pour sa piété filiale une satisfaction grande d’apprendre les regrets unanimes que laissait Bérengère et les honneurs inusités qui étaient rendus à sa mémoire. Cette princesse était, certes, digne de semblables témoignages d'affection et de respect : la Castille et le Léon, après des scissions toujours funestes et quelquefois sanglantes, devaient leur union à sa persévérance et à son habileté ; ils devaient à la sollicitude toute chrétienne dont elle n’avait cessé d’entourer Ferdinand, le meilleur monarque qui eût jamais régné en Espagne; adroite et ferme, énergique et douce, généreuse et constante, elle s'était fait écouter sans s'imposer, consulter sans provoquer Îles appels à son expérience, obéir sans commander ; elle avait été bonne pour tous : pour les églises et les monastères, qu’elle avait comblés de ses largesses, sans qu’il en coûtât rien au peuple chrétien; pour la noblesse pauvre, qu’elle se plaisait à relever et à secourir,
avec une délicatesse qui n’avait d’égale que l’a-
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