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m'ont été donnés par les juges susmentionnés, pour ce qui me regarde, et selon l'expérience que je puis avoir, je dis et déclare sous serment ce qui suit : Le saint corps m'’ayant été présenté dans un jour très clair, je l’ai trouvé entier. Il est couvert de sa peau naturelle depuis la tête jusqu'aux pieds et sur tous ses membres, à la réserve d’une jambe qui est dépouillée depuis le genou jusqu’à la cheville du pied!; mais los est blanc et ne laisse voir aucune trace de corruption antérieure. Les pieds ont aussi leur peau entière , avec les ongles attachés et bien proportionnés. La peau couvre le front et tout le derrière de la tête. Il reste quelques cheveux, et les paupières sont entières. La bouche est ouverte : les lèvres sont entières, mais desséchées ; on voit encore presque toutes les dents. Le visage n’est ni beau ni difforme, et l’on n’y remarque que la pûleur de la mort. La peau couvre pareillement et sans aucune interruption la poitrine, les épaules et les bras : j'ai levé ceux-ci, et je les aï
trouvés joints et tenant aux épaules par les ten-
1. Sans doute parce que quelqu'un, par un pieux larcin avait enlevé cette partie de la peau lors de la première ouverture du cercueil.
dons et par les nerfs, dont le tissu parfaitement conservé ne laisse rien à désirer. Le ventre est vide et maniable, la peau en .est entière : on n’y voit aucune suture, ni aucune autre marque qui puisse donner lieu de sozpçonner que le corps ait jamais été embaumé. Les cuisses, les genoux, une jambe et les pieds sont tels que je viens de les décrire ; il ne leur manque que les chairs, qui évidemment se sont desséchées, sans d’ailleurs se corrompre, car leur corruption aurait causé infaillibiement celle de ces membres euxmêmes. Gaspard de Heredia ajoute, et ce fait est également attesté par les autres témoins, comme il l'avait été déjà par ceux de la première visite dont le saint corps fut l’objet, qu’au moment où l’on ouvrit le cercueil, il s’en dégagea une odeur extrêmement agréable et qui ne rappelait aucune odeur connue. Cette odeur si suave, conclut Gaspard de Heredia, est une preuve certaine que la conservation du cadavre ne peut être attribuée qu'a l'intervention divine ; sans cette intervention, d’ailleurs, observe-t-il, diverses circonstances spéciales auraient, au contraire, contribué
1. Un autre témoin note que tous les membres sont encore flexibles.
à favoriser, à hâter même, sa corruption et sa dissolution : la maladie dont était mort Ferdinand, la chaleur humide du climat de Séville, l'humidité particulière de la chapelle royale où le corps avait été enseveli, Les inondations répétées qui avaient envahi cette chapelle.
Enfin, le 4 février 1671, le pape Clément X déclara que le roi Ferdinand III pouvait et devait être honoré comme saint, et permit que sa fête fut célébrée, le jour anniversaire de sa mort, sous le rite double, dans toutes les contrées soumises à la monarchie espagnole ; trois jours après, le 7 février, il expédia les lettres nécessaires à cet effet. Deux ans plus tard, le 16 août 1673, le même souverain Pontife, confirmant un décret de la Congrégation des Rites en date du 12 du même mois, rendit obligatoire, de facultative qu’elle était auparavant, la fête de saint Ferdinand dans tous les États de la monarchie espagnole, et permit qu’on insérât des leçons propres dans l'office. Ces leçons propres, au nombre de trois (la quatrième, la cinquième et la sixième de l'office), ayant été soumises à la Congrégation des Rites, furent approuvées par
elle, ainsi qu'une oraison propre, le 18 mai 1675.
En 1679, le corps de ja reine Béatrix et celui du roi Alphonse X, qui étaient restés jusque-là enfermés dans le même tombeau que saint Ferdinand, furent transférés à une autre place dans la chapelle royale. En 1684, le jésuite Papebroch, qui collaborait à la collection des Acta sanctorum, devançant la publication de la vie des saints dont la fête se célèbre au mois de mai, fit paraître séparément à Anvers les actes de saint Ferdinand, à la prière et aux frais du chapitre de Séville.
L'image de saint Ferdinand, presque inconnue en France, est très populaire en Espagne. Le saint monarque aimait à s’intituler le porte-enseigne (alférez) de saint Jacques : aussi le représente-t-on d'ordinaire tenant de la main gauche la bannière de l’apôtre; cette bannière porte la croix de Calatrava ; de la main droite Ferdinand tient une épée nue, ainsi qu'une clefsymbolique, qui rappelle la prise de Séville et qui est en même temps une allusion à une légende restée célèbre : une clef fatidique était, dit-on, conservée à Séville sous la domination musulmane les mots suivants y étaient gravés : Dios abrira,
rey entrara (Dieu ouvrira, le roi entrera); lorsque
les assiégés jugèrent que la résistance était devenue inutile, cette clef fut au nombre de celles qu'ils firent offrir par leur vali au monarque vainqueur. Souvent aussi, le saint serre sur son cœur la statue de Notre-Dame des Batailles. I] porte le costume des chevaliers : la cotte de mailles, la cuirasse et les gantelets; les armes de Castille sont brodées sur sa tunique ; sa tête est couverte d’un heaume timbré de la couronne royale.
En Espagne aussi, le culte du saintest resté vivant; sa fête se célèbre avec piété et avec pompe; elle y est obligatoire, elle l’est de même en Belgique, au Mexique et dans les autres républiques de l'Amérique espagnole ; elle ne l’est pas dans toute l'Église, et l’on peut respectueusement s’en étonner, alors que la fête de saint Louis, roi de France, celle de saint Henri, empereur d'Allemagne, celle de saint Édouard, roi d'Angleterre, celle de saint Canut, roi de Danemark, celle de saint Étienne, roi de Hongrie, celle de saint Casimir, prince de Pologne, celle de saint Venceslas, duc de Bohème, celle de sainte Marguerite, reine d'Écosse, celle de
sainte Élisabeth, reine de Portugal, celle de
sainte Brigitte, princesse de Suède, sont, au contraire, imposées à l’Église universelle. A Paris, du moins, dans l’église paroissiale de Saint-Ferdinand des Ternes, la fête du saint roi de Castille et de Léon est célébrée tous les ans sous le rite double de première classe, qui est celui d’une fête patronale. Une autre église de la capitale, la Madeleine, possède une statue monumentale de saint Ferdinand; elle ne s’y trouve, il est vrai, qu’à l'extérieur, à côté de celles des autres saints et saintes que la Maison de France compte parmi ses ancêtres ou ses protecteurs spéciaux.
Puisse saint Ferdinand III, d’origine française, cousin germain de saint Louis, aïeul de tant de nos anciens monarques, joindre ses instances aux supplications que les innombrables saints et saintes, qui demeurent la gloire la plus pure de la France, adressent sans cesse à Marie notre reine et à son divin Fils pour le salut de notre
pays!