‹ Saint Ferdinand IIIChapitre 63 sur 64 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

À peine Ferdinand III eut-il quitté ce monde, que la voix populaire lui attribua la gloire du ciel ; il fut surnommé le Saint, comme Ferdinand I", son sixième aïeul, avait été surnommé le Grand, comme Alphonse VIII, son arrièregrand-père, avait été surnommé le Magnanime ; ettrès promptement il devint l’objet d’un culte public. L’année même de sa mort, le pape Innocent IV, par un bref daté des ides d’octobre, déclarait que Ferdinand, roi de Castille et de Léon, jouissait de la réputation d’avoir constamment marché dans la voie de l’obéissance aux préceptes divins, et qu’il avait amplement contribué à étendre le culte du saint nom de

Dieu; deux ans plus tard (1254), par un bref daté

< NE ANT" RE SL OLA LS FURCR * RÉ RMERRS Ar ne POV

du 5° jour des ides de juillet, il renouvelait cette déclaration dans les termes suivants : Ferdinand, roi de Castille et de Léon, jouit de la réputation d’avoir marché si fidèlement dans la voie des commandements de Dieu, qu’il a obtenu le pardon de ses péchés. Le souverain Pontife, par l’un et l’autre brefs, accordait au défunt des induigences, lorsque quiconque prierait pour le repos de son âme, « si toutefois elle avait besoin de ce secours ». En 1255, par un bref daté du 8° jour des ides de juillet, le pape Alexandre IV, en considération des mérites du pieux monarque, concédait aux dignitaires du chapitre de la cathédrale de Séville le droit de porter la mitre épiscopale.

Le roi Alphonse X fonda à perpétuité dans cette même cathédrale un service funèbre, qui devait être célébré tous les ans en mémoire de son père, le jour anniversaire de la mort de celui-ci; il ordonna qu'a Séville, la veille et le jour du service, tout travail cessât et tout commerce chômât; et

bien que ce règlement ne fût applicable que dans

Séville, toutes les villes de la Castille et du Léon

s’y soumirent d’elles-mêmes et l’observèrent fidè-

lement. Mais, comme le 30 mai tombe fréquem-

ment soit le jour de l’Ascension, soit un des

Len

| RCE ; À $

jours de la semaine de la Pentecôte, c’est-à-dire à une des dates du calendrier ecclésiastique où il n’est pas permis de célébrer des messes d’anniversaire pour les défunts, l’on ne tarda pas à décider que la vigile et le jour de l’anniversaire du décès du saint roi seraient reportés aux deuxièmes vêpres du dimanche de la Trinité et au lendemain, lundi.

Du vivant même de Ferdinand, qui se proposait, d'ailleurs, de faire de Séville la capitale de ses États, en 1251, sa fille Bérengère, abbesse de las Huelgas, avait fait transporter dans la cathédrale de cette ville le corps de Bérengère de Castille ; il fut réuni à celui de Ferdinand, ainsi que le corps de la reine Béatrix, transféré également de la même abbaye.

En 1266, Alphonse X ordonna que l’on rebâtit la cathédrale de Séville; ce gigantesque travail ne fut achevé qu'en 1407; mais longtemps avant qu'il fût terminé, l’église avait été dotée d’un caveau destiné à servir de sépulture à la famille royale : le corps de Ferdinand III fut déposé dans ce caveau, qui se peupla de nombreux cercueils.

Vers 1386, eut lieu le premier miracle obtenu

x OR

par l’intercession de saint Ferdinand ; onze autres miracles se produisirent ensuite et furent relatés par un écrivain anonyme, qui composa avant l’an 1500 une vie de saint Ferdinand. Cette Vie fut elle-même insérée dans l'ouvrage intitulé : Fleur des Saints, qui fut publié en langue espagnole, l’an 1532.

Philippe IT fit construire dans la cathédrale de Séville une nouvelle chapelle mortuaire pour la maison royale; cette chapelle fut achevée en 1595, et en 1579 on y transporta le cercueil de saint Ferdinand.

Grégoire XIII (pape de 1572 à 1585) confirma l'office de la Dédicace de la cathédrale de Tolède, où il était dit que le saint roi Ferdinand avait reçu le surnom de Saint à cause de ses vertus éminentes; Sixte-Quint confirma de même, en 1500, l'office de la Dédicace de Ja cathédrale de Séville, qui s’exprimait en des termes semblables à l’égard de Ferdinand III.

Enfin, en 1628, le chapitre de Séville se décida à adresser à Rome une demande tendant à obtenir la canonisation du saint roi; Philippe IV joignit à cette demande de très vives instances;

le cardinal Antoine Barberini fut institué le

D) Mes 7e.

| ic dérel AVAST L he RE si. dns di

ponent de la cause. Le 1> octobre 1629, le pape Urbain VIII délivra des lettres rémissoires, qui déclarèrent le procès ouvert. Des juges apostoliques furent délégués à Séville et procédèrent, le 25 février 1631, à l'audition des témoins.

Le premier dont ils recueillirent la déposition se nommait Gabriel Perez : il raconta, sous la foi du serment, que se trouvant à toute extrémité et le sacrement d’extrême-onction lui ayant été administré, il avait reçu d’un ami le conseil d’invoquer saint Ferdinand; qu'il avait suivi ce conseil et que le surlendemain il s’était vu complètement guéri. Il raconta aussi que sa propre fille, durant une grossesse, avait recommandé au saint roi l’enfant qu’elle portait dans son sein; que cet enfant, à sa naissance, avait été baptisé sous le nom de Ferdinand; qu’àgé d’un mois et demi, il était tombé dans un tel état de langueur que l’on désespérait de sa vie, mais que néanmoins il avait été guéri par l'intercession de saint Ferdinand.

Un autre témoin, Christophe Marquez, cordonnier à Séville, déposa également qu'atteint de paralysie au cours d’un voyage, il avait été

guéri subitement après avoir invoqué saint Fer-

dinand. Les miracles juridiquement constatés par les commissaires furent extrêmement nombreux.

En 1635, le chapitre de Séville prit en mains la conduite du procès, se chargea de tous les frais et procéda à l’examen du corps, conformément aux rites prescrits. C'était la première fois depuis la mort du monarque, que l’on ouvrait son cercueil : son cadavre fut trouvé intact et sans aucune trace de corruption. En 1638, l'avocat consistorial, Alexandre Mansonius, publia à Rome, sous les auspices du cardinal ponent Barberini, les pièces du procès et offrit son livre à tous les cardinaux de la Congrégation des Rites. Plusieurs années se passèrent; mais, le 19 mai 1655, la Congrégation des Rites déclara que le culte de Ferdinand le Saint devait être regardé comme immémorial, au sens des décrets d'Urbain VIII de 1624 et de 1631, qu'il était en effet antérieur de plus de cent années à la promulgation de ces décrets, et qu'en conséquence il pouvait être et était effectivement approuvé; cette décision s’appuyait : sur le témoignage des historiens, qui

étaient tous d'accord pour louer les vertus émi-

à RME E

nentes et la sainteté de Ferdinand III; sur ce fait qu’un nombre très considérable de peintures ou de sculptures anciennes représentaient le monarque la tête ceinte d’une auréole, et portaient des inscriptions qui le qualifiaient de saint ou de bienheureux ; sur cet autre fait que des messes innombrables avaient été dites de tout temps et se disaient encore en son honneur; sur cette circonstance que son cercueil avait été placé de telle sorte qu'il était offert à la vénération des fidèles; sur le témoignage que le pape Innocent IV avait rendu à sa sainteté aussitôt après sa mort, enfin sur les approbations accordées par Grégoire XIII et par Sixte- Quint aux offices de Tolède et de Séville où la sainteté de Ferdinand IIT était affirmée en termes exprès. Le décret fut approuvé le surlendemain, 21 mai, par le pape Alexandre VII.

La confirmation par le Saint-Siège d’un culte immémorial équivaut à la collation d’un ütre de bienheureux; elle n’équivaut pas à la canonisation proprement dite. Le procès se poursuivit donc; Charles II, devenu roi d'Espagne après la mort de son père Philippe IV, redoubla d’ins-

tances auprès des souverains pontifes Alexan-

dre VII et Clément IX. Une nouvelle visite du saint corps eut lieu en 1668 (le 1; mars), et voici quels en furent les résultats. Deux médecins et deux chirurgiens avaient été désignés pour y procéder en présence d'Antoine Païno, archevèque de Séville, de deux archidiacres de l'église de cette ville, du commissaire du Saint- Office et des juges apostoliques. L’un des médecins, Gaspard Caldera de Heredia, rédigea le procès-verbal de l’opération‘. Il décrit en premier lieu les trois cercueils qui gardaient la dépouille mortelle de saint Ferdinand; celui qui renfermait le corps était recouvert d’une toile d'argent, qui conservait encore tout son éclat. Quand il eut été ouvert, le cadavre fut considéré attentivement, d'abord par l’archevèque, puis par les autres témoins; il fut examiné ensuite par les médecins et les chirurgiens. Ayant relaté ces premiers faits, le narrateur continue en ces termes : Moi, Gaspard Caldera de Heredia, après avoir prié Dieu qu'il m’éclaire de sa lumière pour que je puisse dire et déclarer ce qui sera à sa plus grande gloire, en exécution des ordres qui

1. Nous empruntons, avec quelques modifications, la traduction du P. de Ligny, op. citat., pp. 286 et suiv.

X n d LAS éd rois bélcof ‘x 17:

Page 1