SOMMAIRE DE L’HISTOIRE D’ESPAGNE
lever d'impôts que du consentement de la nation; le roi n’était plus désormais qu'un chef du. pouvoir exécutif, placé sous le contrôle des conciles nationaux qui se tenaient à Tolède. Les éloges que les Pères de ce huitième concile décernèrent à saint Isidore, montrent combien ces prélats, en imposant au souverain de nouvelles garanties, entendaient rester fidèles au plan de leur ancien et vénéré collègue; ils l’appellent de docteur excellent, la gloire de l'Église catholique, le plus savant homme qui eût paru pour éclairer les derniers siècles, et dont on ne doit prononcer le nom qu'avec respect. Chindaswinthe, père et prédécesseur de Réceswinthe, avait réformé le code visigoth, et l’avait rendu applicable à tous ses sujets. Ce code est resté le fondement de la législation espagnole : il admet le servage, mais il lui impose des règles qui adoucissent les rigueurs de cette institution ; il protège l’agriculture, l’industrie et le commerce, L'initiative des lois appartenait au prince, mais les décrets royaux n’entraient en vigueur qu'après avoir été adoptés par le concile de Tolède. Le roi avait pour ministres des
comtes; le gouvernement des provinces était
confié à des dues. Les provinces étaient au nombre de sept; parmi elles deux, la Mauritanie Tingitane et la Narbonnaise, étaient situées en dehors de la péninsule. Wamba, successeur de Réceswinthe, fut le premier roi espagnol qui reçut l’onction sainte après son élection; il fut sacré par l’archevèque de Tolède (672).
L'islamisme était né (622); Mahomet mourut en 632, après avoir proposé pour but à ses fidèles la conquête du monde chrétien. La Palestine et la Syrie (634), l'Égypte et la Tripolitaine (641), la Mésopotamie et l'Arménie (642), la Perse (652) tombèrent au pouvoir des Musulmans, qui assiégèrent même Constantinople (658); ils prirent la Corse et la Sardaigne en 669, et en 675 tentèrent un débarquement en Espagne, mais leur flotte fut vaincue et détruite par Wamba. Une seconde expédition qu’ils en treprirent contre la péninsule, échoua de même en 696. L’anarchie malheureusement s’introduisit dans le royaume espagnol : le roi Vitiza fut détrôné en 710 au profit de Rodrigue; ses fils conspirèrent contre le nouveau monarque, avec le concours de Julien, gouverneur de Ceuta.
Ce dernier appela à son aide l'émir d’Afrique,
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Musa; Musa donna l’ordre à Tarik, son lieutenant, de passer en Espagne; Tarik s'empressa d’obéir; il défit et tua Rodrigue à la bataille de Xérès (711) et soumit toute la Péninsule : là monarchie visigothe était morte, mais elle n’allait pas tarder à renaître. L'Espagne fut gouvernée par des valis, placés sous la dépendance des émirs d'Afrique et l’autorité suprême du calife de Damas; les chrétiens conservèrent leurs biens et le libre exercice de leur culte, à la condition d’accepter la domination musulmane et de payer un tribut annuel (charte de Coïmbre, 715).
Les montagnes des Asturies servirent de re fuge à ceux d’entre eux qui refusèrent de plier sous le joug; en 718, ils proclamèrent roi Pélage, ancien officier de Rodrigue; Pélage fixa sa résidence à Oviédo et s’empara de Girone, d’Astorga et de Léon. La reprise de l'Espagne était commencée; elle ne devait s’achever définitivement qu’en 1492, par la conquête de Grenade ; on peut néanmoins la regarder comme à peu près complète deux cent quarante ans plus tôt, c’est-à-dire à la mort de saint Ferdinand, en
1252, car à cette époque toute la péninsule
est rentrée sous la domination des monarques chrétiens, hormis le royaume de Grenade, qui est, d’ailleurs, un État vassal et tributaire de la Castille.
Le fils de Pélage, Favila, lui succéda en 737; puis la couronne passa (739) à Alphonse 1°, descendant de Leuvigilde et gendre de Pélage. En 732, le vali Abd-er-Rahman avait envahi la Gaule, mais il avait été arrêté dans sa course par Charles-Martel et refoulé au delà des Pyrénées. L'année 950 vitla fin de la dynastie des Ommiades à Damas ; tandis que celle des Abbassides lui succédait en Orient et transférait à Bagdad le siège du califat, un prince ommiade, Abd-er-Rahman, échappé au massacre de sa famille, se réfugiait en Espagne et s’y faisait proclamer par les principaux cheikhs arabes émir-al-moumenin à Cordoue (756) : telle fut l’origine du califat d'Occident. En 777, les émirs de Saragosse et d’Huesca, Ebn-el-Arabiet Abiathar, dépouillés par Abd-er-Rahman, implorèrent le secours de Charlemagne, qui passa en Espagne l’année suivante et soumit à la domination franque le nord-est de la
péninsule.
Vers 831, Aznar, comte de la marche de Na-
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varre, se rendit indépendant de Louis le Pieux, et, l’an 857, Garcie-Ximénès, un de ses successeurs, se fit proclamer roi de Navarre ; l'Espagne compta dès lors deux royaumes chrétiens, celui des Asturies, dont la capitale était Oviédo, et celui de Navarre, dont la capitale fut Pampelune. Le règne (866-910) d’Alphonse III le Grand, roi des Asturies, fut une longue suite de conquêtes; ce prince s’empara notamment de Coïmbre (876).
Son fils Ordogno IT, maïtre des Asturies, du Léon, de la Galice et d’une partie de la Lusitanie, fixa sa résidence à Léon et prit le titre de roi de Léon (914). En 932, Ramire II, roi de Léon, enleva Madrid aux Musulmans; la Vieille Castille, devenue sujette des rois de Léon, fut gouvernée par des comtes, quise rendirent à peu près indépendants. Le calife Abd-er-Rahman IIT se consolait des revers qu’éprouvaient ses armes en donnant aux arts une magnifique impulsion : le midi de l'Espagne, particulièrement la ville de Cordoue, se couvrit d’admirables monuments. En 998, Garcie II, roi de Navarre, Bermude IT, roi de Léon, et le comte de Castille, remportent sur Almanzor, vali du calife Hescham II, l’éclatante
victoire de Calatanosor; le califat de Cordoue, be
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peu après, se démembre : Murcie, Badajoz, Grenade, Saragosse, Majorque, Valence, Séville et Tolède s’érigent en autant de royaumes indépendants; en 1031 enfin, le calife Hescham III est déposé, et Cordoue devient aussi un état distinct.
Depuis l’an 1000, Sanche III le Grand régnait sur la Navarre ; il avait épousé la fille du comte de Castille, et bravant Alphonse V, roi de Léon, qui alla vainement jusqu’à donner la main de sa propre sœur Thérèse à Abdallah, roi de Tolède, pour s’en faire un allié, il s’empara de la province gouvernée par son beau-père et s’en proclama roi (1028). Il mourut en 1035, après avoir partagé ses États entre ses fils; l'aîné, Garcie, eut la Navarre, le second, Ferdinand, la Castille, et le dernier, Ramire, l’Aragon. La postérité mâle de ce Ramire devait s’éteindre en 1147, dans la personne de Ramire II d'Aragon.
La postérité de Garcie III de Navarre, fils aîné de Sanche II, s’éteignit dès 1076, dans la personne de Sanche IV; les rois d'Aragon en profitèrent pour mettre la main sur la Navarre, mais en 1134 les deux États se séparèrent : la Navarre
se donna pour roi un prince qui était de la race
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d’Aznar, mais dont l’ascendance demeure difficile à établir d’une façon complète; par la suite, la couronne de Navarre passa successivement par les femmes aux maisons de Champagne, de France, d'Évreux, de Foix, d’Albret et de Vendôme, et finit par être unie par un lien indissoluble (1620) à la couronne de France; mais, depuis 1512, toute la partie espagnole de ce royaume était aux mains de Ferdinand le Catholique et des rois d’Espagne, ses successeurs.
Le second fils de Sanche le Grand, Ferdinand I, surnommé aussi le Grand, fut un monarque illustre ; il était doué de toutes les vertus privées, d’un courage héroïque et d’un zèle ardent pour la libération de l'Espagne; il épousa Sancie, héritière du trône de Léon, et devint ainsi roi de Léon en même temps que de Castille. Les conquêtes d’Alphonse III, à la fin du ix° siècle, n’avaient pas été toutes également durables; celles de Ferdinand demeurèrent définitives : en 1044 il enlevait aux Maures Viseu et Lamégo, en 1045 Coïmbre ; l’année suivante, il portait ses armes vers le centre de l'Espagne et cherchait à achever de reprendre la Vieille Castille ; en 1048 il soumit au tribut l’émir de Tolède,
et en 1049 celui de Saragosse. Il mourut le 27 décembre 1065, montrant à ses derniers moments, disent les Bollandistes, la même foi et la même humilité que devait montrer plus tard Ferdinand le Saint. Après qu’il eut rendu le dernier soupir, son corps inerte exhala cette odeur suave qui se dégage parfois du cadavre d’un serviteur de Dieu.
Ferdinand avait confirmé les anciennes lois visigothes, en les rajeunissant. La royauté, restaurée par Pélage, était devenue, aussitôt après son rétablissement, patrimoniale et héréditaire, d’élective qu’elle était avant la conquête musulmane ; la règle de l’unité et de l’indivisibilité de la couronne, appliquée en France dès la fin de la race carolingienne, n’était pas encore en vigueur dans les États chrétiens d'Espagne : à la mort de Ferdinand, ses royaumes furent donc partagés entre ses trois fils; l'aîné, Sanche II, eut la Castille, le second, Alphonse VI, le Léon, le troisième, Garcie, la Galice ainsi que les pays récemment conquis en Lusitanie. Sanche ne tarda pas à dépouiller ses frères de leurs possessions, mais il périt sans postérité en 1072; Alphonse reprit le Léon et y joignit la Castille ;Garcie re=
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