SOMMAIRE DE L'HISTOIRE D'ESPAGNE
prit la Galice, mais Alphonse, à son tour, l’en dépouilla etle tint prisonnier jusqu'à ce qu’il mourût.
Alphonse VI n’avait pas les vertus, et principalement la chasteté de son père, mais il en avait la bravoure et le zèle pour la délivrance de son pays. Ce fut sous son règne que le Cid Campéador se signala par des exploits légendaires. En 1085, Alphonse s’empara de Tolède, dont il fit la capitale de la Castille, mais l’année suivante, l’émir de Séville, de Cordoue et de Malaga, Mohammed Ben Abad, effrayé de ses progrès, implora l’aide des Almoravides d'Afrique, sectaires fanatiques qui reconnaissaient pour calife Yusuf Ben Tachfin. L'appel fut entendu; une première fois, Yusuf pénétra en Espagne et défit Alphonse à Zélaca (1086); il rentra en Afrique, puis revint en Espagne en 1088, mais n’y fit rien d’important, y retourna de nouveau en 1090, chercha vainement à s'emparer de Tolède, et dans son dépit tourna ses armes contre les Musulmans, détrôna Ben-Abad, s’empara de Séville, de Cordoue, de Grenade, de Murcie, de Valence et de Lisbonne; en 1108, la bataille d'Uclès, où fut tué Alphonse VI, acheva de
mettre l'Espagne musulmane au pouvoir des Almoravides.
Lors de l'invasion de 1090, Alphonse avait cherché des compagnons de lutte; il en trouva un dans la personne de Henri de Bourgogne, arrière-petit-fils de Robert le Pieux, roi de France ; il donna à ce jeune prince la main de sa fille naturelle Thérèse, avec le comté de Portugal et tout ce que Henri pourrait conquérir au delà du Douro. De ce mariage naquit Alphonse Henriquez qui, en 1130, se fit proclamer roi de Portugal.
Bien qu’Alphonse VI eût été marié six fois, il ne laissa, comme enfant légitime, qu’une fille, Urraque : la première maison de Navarre s’éteignait donc, dans les mäles, en Castille. Alphonse, en 1090, avait marié Urraque à Raymond, fils de Guillaume le Grand, comte de la comté de Bourgogne, d’une maison devenue française, mais issue d’Aldebert, roi de Lombardie; ce Raymond sera le bisaïeul de saint Ferdinand ! et la tige de la maison de Castille proprement dite. Il périt à Uclès, en même temps que son
1. Et en même temps son trisaïeul, comme nous l’expliquerons plus loin.
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beau-père; Urraque, sa veuve, fut reconnue reine de Castille et de Léon; elle épousa en secondes noces Alphonse I°, roi d'Aragon et de Navarre; ce prince était son cousin germain : or, le mariage était alors prohibé, par un très grand nombre de conciles particuliers entre cousins jusqu’au sixième et même jusqu'au septième degrés canoniques (douzième et quatorzième de notre droit civil), et par le deuxième concile de Tolède (531) jusqu’où la parenté pouvait être reconnue!; le Saint-Siège n’accordait presque jamais de dispense. Alphonse n’en avait pas demandé, et il semble bien que ce füt à dessein : son plan était, selon toute apparence, de profiter de son mariage pour mettre la main sur la Castille et le Léon, et de rompre ensuite ce mariage pour cause de parenté. Ce fut du moins ainsi qu'il agit; il se proclama roi de Castille et de Léon et suzerain du Portugal, puis il répudia Urraque. Celle-ci continua néanmoins d’être regardée par les Castillans et les Léonais comme leur souveraine, et à sa mort, en 1126, ils appe-
lèrent au trône le fils qu’elle avait eu de son
1, Pastorale Purisiense I. et Rev. DD, Le Clerc de Juigné, t, IL, p. 585, Paris, 1766.
premier mariage. Alphonse d'Aragon renonça alors à ses prétentions, et son beau-fils Alphonse commença un règne paisible qui devait se prolonger jusqu’en 1157.
Alphonse continua de régner sur l’Aragon et la Navarre jusqu’en 1134; à cette date, il fut vaincu par les Almoravides à la bataille de Fraga, et il en mourut de chagrin; il ne laissait pas de postérité. Ce fut alors que la Navarre reprit son indépendance; Ramire, frère d’Alphonse, fut üré du cloître de Saint-Pons de Tomières, où il était moine, et contraint de se marier et de régner sur l’Aragon; mais à peine fut-il devenu père d’une fille, nommée Pétronille, qu’il abdiqua en faveur de cette dernière et rentra dans son monastère. Pétronille épousa plus tard Raymond-Bérenger, comte de Barcelone, qui fut la tige de la maison d'Aragon proprement dite.
Cette maison devait s’éteindre dans les mâles,
en 1410, dans la personne du roi Martin d’A-
1. Alphonse Ier d’Aragon est généralement désigné, comme roi de Castille et de Léon, sous le nom d’Alphonse VIT; cette appellation, assez peu justifiée, a le tort de faire dénommer Alphonse IX deux princes, l’un roi de Castille, l’autre roi de Léon, le premier aïeul maternel, le second père de saint Ferdinand,