‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 100 sur 347 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

retour, Dieu la visita dans sa miséricorde, et Orlolana, comme la mère de Samuel, obtint, par la vertu du jeûne et de la prière, une enfant qui devait immortaliser le nom des Scefi. Un jour qu'elle était agenouillée devant son crucifix et qu'elle conjurait le Seigneur de bénir le fruit de ses entrailles, elle entendit une voix qui lui disait : « Ne crains rien, Ortolana, tu mettras heureusement au monde une lumière qui éclairera tout l'univers. » L'enfant prédestinée naquit quelques jours après. Elle reçut l'eau régénératrice sur les mêmes fonts sacrés où François avait été baptisé douze ans auparavant, et sa mère voulut qu'on lui donnât le beau nom de Claire (1), symbole et présage de sa grandeur future. En ce jour-là le ciel et la terre se réjouirent. Celait le 16 juillet 1194.

La fille des Scefi fut toujours un ange d'innocence et de piété. Dès l'adolescence elle se livrait à diverses pratiques de mortification, et portait un cilice sous ses riches vêtements. Elle était très grande ; elle avait les traits délicats et majestueux à la fois, le teint frais et vermeil, et son visage était magnifiquement encadré par sa blonde chevelure. Ses parents, ravis de voir en elle de si grands avantages, ne songeaient qu'à l'établir dans le monde; mais la jeune fille avait des désirs plus élevés, et, à dix-huit ans, elle méditait d'offrir au Roi des rois la fleur brillante de sa virginité. Dieu vint à son secours en l'adressant au bienheureux Patriarche. Pendant le Carême de l'an 1212, le saint prêchait à Assise dans l'église

1. Clara, lumineuse, illustre. Acta SS., 12 août, Vie anonyme de sainte Claire.

Saint-Georges. C'était sa première prédication solennelle; et quoiqu'il soit écrit que nul n'est prophète en son pays, François tenait sous le charme de sa parole ses propres compatriotes. Claire, désireuse de connaître un apôtre dont on racontait tant de merveilles, obtint un jour d'aller avec sa mère et sa sœur Agnès assister à l'une de ses instructions. Elle le voit, l'entend, l'admire, et dès ce moment le choisit pour le directeur de sa vie. Elle s'ouvre de son dessein à une veuve digne de toute sa confiance, Bona Guelfucci, sa tante, et se rend avec elle dans le plus grand secret à Notre-Dame-des-Anges. François, sachant par révélation qu'il a devant lui un trésor dont le monde n'est pas digne, dévoile à Claire le prix de la virginité, les beautés ravissantes du céleste Époux et les joies inénarrables d'une union que le temps ne détruit pas (1).

A la fin du Carême, elle revint trouver le saint Patriarche. Elle était impatiente de se donner toute à Dieu, et les jours qui la séparaient de l'alliance de son bien-aimé Jésus lui paraissaient des siècles. De son côté, François, craignant que cette fleur si délicate et si belle ne se flétrît au souffle empoisonné du monde, pensait qu'il était temps de la transplanter dans le jardin fermé de la vie religieuse. On convint que ce grand acte s'accomplirait le dimanche des Rameaux (19 mars 1212). La jeune vierge, ornée de tous ses atours, se rendit à la cathédrale d'Assise ; mais au lieu d'aller, selon la coutume italienne, recevoir les rameaux bénits, elle resta à sa place,

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