‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 108 sur 347 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

les progrès et l'utilité du second Ordre de la Pénitence, revenons à sainte Claire, et ne la quittons point sans dire un mot de ses mérites et de ses vertus, qui sont après tout l'œuvre du saint Patriarche. Ne mérite-t-elle pas d'arrèterun instant nos regards? Fille de saint François, sa digne coopératrice dans la grande œuvre de la réformation des mœurs, son émule en sainteté, elle occupe une belle place dans l'histoire du treizième siècle, dont elle demeure l'une des gloires les plus pures.

Elle hérita de la tendre dévotion de saint François pour le Dieu de l'Eucharistie, et de sa pieuse coutume de passer de longues heures au pied des tabernacles. Était-elle malade (ce qui lui arrivait très fréquemment; ? Assise sur son lit de douleur, elle filait du lin d'une très grande finesse et faisait des corporaux pour les églises pauvres, témoignant ainsi sa profonde vénération pour l'auguste sacrement de nos autels. D'un autre côté, elle était si humble que, quoique abbesse, elle s'employait aux plus vils offices du monastère; — si charitable, qu'elle se faisait la servante des servantes de Dieu; — si modeste, qu'on ne la vit qu'une seule fois dans sa vie lever les paupières (encore était-ce pour demander au Pape sa bénédiction), et qu'alors seulement on put connaître la couleur de ses yeux, bleus comme le ciel ; — si mortifiée que ses jeûnes étaient presque continuels et d'une extrême rigueur. En un mot, nous retrouvons en elle toutes ces beautés intérieures que nous aurons sans cesse l'occasion d'admirer dans son bienheureux Père.

Nous reverrons la vierge Claire reparaître dans

deux circonstances solennelles; mais en attendant, plaçons ici un charmant épisode que nous lisons dans les Fioretti, et qu'on pourrait intituler « un repas de saints. » C'est le digne pendant des adieux de saint Benoit et de sainte Scholastique.

« François visitait souvent le monastère de Saint- Damien ; il avait à cœur de cultiver par ses instructions cette pépinière de plantes célestes. L'abbesse, tout en lui exprimant sa profonde reconnaissance pourtant de dévouement, lui avait plusieurs fois manifesté un désir qui nous semble tout naturel, celui de revoir la Porlioncule, d'y passer une journée en sa compagnie et d'y partager son frugal repas ; mais toujours elle s'était vue rebutée. Les religieux de Notre-Dame-des-Anges, ayant appris quel était le sujet de sa demande, ne purent s'empêcher de plaider sa cause, et ils dirent à leur bienheureux Père : « Croyez-vous que la sévérité dont vous usez en cette circonstance soit bien conforme à l'esprit de charité que l'Évangile nous recommande si fortement? Sœur Claire est une vierge chérie de Dieu ; ce qu'elle désire est une chose facile et de peu d'importance ; et puisqu'elle y attache tant de prix, pourquoi la désobliger en ce point ? Vous oubliez donc que c'est à votre voix qu'elle a renoncé aux vanités du siècle, et que ce sont vos mains qui ont planté ce beau lis dans le jardin du céleste Epoux? En vérité, elle est votre fille spirituelle, et, vous demandât-elle une faveur cent fois plus grande, vous ne devriez pas la lui refuser. — Vous pensez donc, répondit-il, que je doive me rendre à ses désirs? ■ — Oui, Père, s'écrièrent-ils tout d'une voix; sœur

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