CHAPITRE VII
Claire mérite que vous lui accordiez cette consolation. — Eh bien, reprit François, je suivrai votre avis ; et pour que la joie de notre sœur soit complète, je veux qu'elle vienne prendre ce repas à Notre-Dame-des- Anges. Depuis longtemps déjà, elle est enfermée à Saint-Damien ; ce sera pour elle un grand bonheur de revoir ce couvent où elle a pris le voile des épouses de Jésus-Christ; c'est donc ici que nous mangerons ensemble au nom du Seigneur. ■»
« Au jour indiqué, l'abbesse effectua son pieux pèlerinage, accompagnée d'une de ses filles et de quelques Frères-Mineurs qui étaient venus la chercher à Saint-Damien (1). Le saint Patriarche alla au-devant d'elle; il la conduisit d'abord à celte chapelle de la Portioncule, qui était encore tout embaumée des souvenirs de sa profession ; puis il l'introduisit dans l'intérieur du monastère. Déjà la table était dressée : c'était une pauvre natte étendue sur la terre nue, selon la coutume du Bienheureux, et couverte de quelques pains. François la bénit ; ses Frères s'assirent modestement autour de lui, et Claire avec sa compagne en face. Ici, rien de mondain, rien de frivole. Ces fraternelles agapes commençaient à peine que François se mit à parler de Dieu ; il le fit d'une manière si touchante, que ses hôtes, ravis en extase et comme enivrés des délices du paradis, oublièrent la nourriture corporelle. A la même heure, les habitants d'Assise, de la Bastia et de Bettona virent la Portioncule toute en feu ; il leur semblait que les
1. A cette époque, la clôture n'était point encore établie dans les couvents, et les religieuses pouvaient sortir avec la permission des supérieurs.
flammes dévoraient l'église, le couvent et le bois. Alors, n'écoutant que la voix du dévouement, ils accourent en toute hâte, dans le but d'éteindre l'incendie, franchissent la clôture, et pénètrent dans le couvent. Quelle n'est pas leur surprise, de se trouver en face de la scène si attendrissante de l'intérieur ! c Ce que nous apercevions, pensent-ils en euxmêmes, était un feu miraculeux et le symbole de l'amour divin qui embrase ces âmes. » Et n'osant proférer un seul mot, dans la crainte de mêler des paroles profanes à un entretien tout séraphique, ils se retirent émus, silencieux ; mais rentrés chez eux, ils publièrent à haute voix les merveilles dont ils avaient été témoins.
« Le soir, la sainte abbesse rentra dans son cloître pour faire part à ses filles des richesses spirituelles qu'elle venait d'acquérir. Les religieuses avaient passé toute cette journée dans le deuil et la désolation : elles avaient craint que le saint fondateur ne l'envoyât gouverner quelque autre couvent, comme il avait fait pour Agnès, sœur de sainte Claire. Aussi, quelle ne fut pas leur joie quand elles revirent leur Mère ! Quel ne fut pas leur bonheur, quand elles l'entendirent raconter la scène miraculeuse deNotre- Dame-des-Anges, et qu'elle leur répéta les suaves entretiens de leur bienheureux Père (1). » Voilà les merveilles dont les murs de Notre-Dame-des-Anges étaient témoins en l'année 1221.
Claire gouverna quarante et un ans l'Ordre des Pauvres-Dames. Je ne sais s'il est dans l'histoire des