‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 113 sur 347 · APOSTOLAT DE FRANÇOIS. — VOYAGE A ROME. CONCILE DE LATRAN · texte numérisé non relu

APOSTOLAT DE FRANÇOIS. — VOYAGE A ROME. CONCILE DE LATRAN

François n'ignorait point que la plus divine des œuvres, c'est le salut des âmes. Il le répétait même souvent ; mais se sentant plus d'attrait pour la vie contemplative que pour la vie active, il avait des doutes sérieux sur la réalité de sa vocation apostolique. Ne sachant à quoi se résoudre, il assembla ses Frères et leur dit : « Mes Frères, je viens vous demander votre avis sur cette question : Lequel des deux vaut le mieux pour moi, de m'adonner à l'oraison ou d'aller prêcher? Il semble que l'oraison me convienne mieux ; car je suis un homme simple et inhabile dans l'art de bien dire, et j'ai reçu le don de la prière plus que celui de la parole. La prière purifie nos affections, nous unit au souverain bien, affermit notre volonté dans la vertu ; par elle, nous conversons avec Dieu et avec les Anges, et nous menons une vie qui tient plus du ciel que de la terre. La prédication, au contraire, rend poudreux les pieds de l'homme spirituel ; elle distrait, dissipe et mène au relâchement de la discipline. Ainsi, l'une est la source des grâces,

l'autre est le canal qui lçs distribue aux peuples. Néanmoins, il est une considération d'un ordre plus élevé qui me fait pencher vers la vie apostolique : c'est l'exemple du Sauveur des hommes, qui a joint la prière à la prédication. Puisqu'il est le modèle que nous nous sommes proposé d'imiter, il parait plus conforme à la volonté de Dieu que je sacrifie mes goûts et mon repos pour aller travailler au dehors. » Afin d'avoir de plus amples lumières, il députa deux de ses disciples vers sainte Claire et vers le Frère Silvestre, alors retiré sur les hauteurs du mont Soubase, pour les prier de consulter le Seigneur à ce sujet. Quand les deux religieux, Philippe et Masseo, furent de retour, François les reçut comme les ambassadeurs de Dieu : il leur lava les pieds, les embrassa et leur servit lui-même à manger. Puis, les menant dans un bois voisin, il se mit à genoux devant eux, la tête nue, les bras croisés sur la poitrine, et leur dit : « Mes Frères, apprenez-moi ce que mon Seigneur Jésus-Christ me commande de faire. — Père, dit Masseo, voici la réponse de Silvestre et de Claire; c'est la réponse du ciel. Va et prêche, dit le Seigneur, car ce n'est pas seulement pour ton salut qu'il t'a appelé, c'est aussi pour le salut de tes frères, et pour eux il mettra ses paroles dans ta bouche. » A ces mots, François, saisi de l'esprit de Dieu, se lève en s'écriant : « Allons au nom du Seigneur. » Et plein d'un saint enthousiasme, il part sur-le-champ avec deux de ses disciples, Masseo Marignani, et Ange de Hieli, pour prêcher Dieu à toute créature (1).

Page 1