CHAPITRE VIII
Un prodige aussi touchant qu'extraordinaire marqua la première journée de cette course apostolique. Le saint approchait de la petite ville de Bévagnn, lorsque, levant les yeux, il aperçut une multitude d'oiseaux qui voltigeaient d'arbre en arbre sur le bord de la route. Cette vue le remplit d'admiration, et il dit à ses deux compagnons de voyage : « Attendez-moi ici; il faut que j'aille prêcher mes frères les oiseaux. » A sa voix, tous les oiseaux se réunirent autour de lui, et il leur parla en ces termes : « Chers oiseaux, mes petits frères, le Créateur vous a comblés de bienfaits, et vous devez l'en bénir à toute heure et en tout lieu. C'est lui qui vous a revêtus de votre beau plumage et vous a donné des ailes avec la liberté de voler où il vous plait; c'est lui qui a conservé votre race dans l'arche de Noé, et qui vous a assigné pour séjour les régions sereines de l'air. Il vous nourrit sans que vous ayez besoin de semer ni de moissonner; il vous a donné l'eau des rivières et des fontaines pour élancher votre soif, les montagnes et les vallées pour vous servir de refuge, les arbres pour y poser vos nids ; et il veille sur votre petite famille. Ah! puisque votre Créateur vous aime tant, gardez-vous bien, mes petits frères, de vous montrer jamais ingrats; appliquez-vous, au contraire, à faire sans cesse monter vers lui le tribut de vos louanges. » Pendant qu'il parlait ainsi, les oiseaux allongeaient le cou, battaient des ailes, inclinaient la tète jusqu'à terre, pour montrer l'extrême plaisir qu'ils prenaient à l'entendre. De son côté, le serviteur de Dieu passait familièrement au milieu d'eux, admirant leur nombre et leur variété, et les caressant des franges de sa
robe. Enfin, il leur donna sa bénédiction, et sur un signe de sa main, tous s'envolèrent vers les quatre parties du monde, en faisant retentir l'air de leurs chants harmonieux. Quand il eut rejoint ses Frères, plein de cette belle simplicité qui est l'apanage des âmes pures, il s'accusa de négligence devant eux pour n'avoir pas prêché jusqu'à ce jour à ses frères les oiseaux, qui écoutaient avec tant de respect la parole de Dieu (1).
Ce prodige n'était qu'un prélude à des miracles plus éclatants, par lesquels le Tout-Puissant allait sceller la vérité de sa mission apostolique.
Arrivé à Bévagna, le saint fit un discours plein d'éloquence sur l'amour de Dieu, et guérit une jeune fille aveugle en lui mettant trois fois de sa salive sur les paupières et en invoquant la très sainte Trinité. Un grand nombre de pécheurs sortirent des voies de l'iniquité, et quelques-uns de ses auditeurs se joignirent à lui pour devenir à leur tour des apôtres de la pénitence et de la paix. 11 eut alors la pensée de tourner ses pas vers les contrées infidèles de l'Orient pour y porter le flambeau de la foi, et aussi dans l'espérance d'y cueillir la palme du martyre. 11 se dirigea vers Rome, afin d'obtenir du Pape l'autorisation nécessaire. En route, il prêchait dans les villes et les bourgades, et il passait, comme le divin Maître, en faisant le bien et en semant les miracles sur ses pas. A Rome, il eut une audience du Souverain Pontife. Innocent III apprit avec bonheur la rapide propagation de son Ordre, ainsi que les travaux et les vertus de ses Frères, et il lui accorda volontiers l'autorisation d'aller