Th. de Celano, Vita secunda, p. III. c. lxiii
l'ai tendait cette fois comme un ange du ciel, et lui préparait une entrée triomphale qui rappelle celle du Messie à Jérusalem. Le clergé et le peuple accoururent à sa rencontre, portant des palmes à la main et chantant des cantiques, pendant que les cloches portaient jusqu'aux nues leurs plus joyeuses volées. Les uns touchaient le bord de sa robe, les autres lui baisaient les mains ou les pieds, tous s'estimaient heureux de le voir.
Ces ovations se renouvelèrent plus d'une fois dans le cours de sa vie, sans qu'il cherchât à s'y soustraire. Un jour, son compagnon, surpris, presque scandalisé qu'il acceptât si facilement tous ces honneurs, ne put s'empêcher de lui en faire la remarque, a Mon Frère, répliqua le saint, ne te malédifîe pas de ma manière d'agir. Tous ces hommages, je les renvoie à Dieu seul, sans m'en réserver la moindre parcelle, comme une statue renvoie à l'original tout l'honneur qu'on lui rend. D'un autre côté, tout ce peuple y gagne, parce qu'il honore le Seigneur dans la plus vile de ses créatures. » Telle était la sainte indifférence de François. Le trait qu'on va lire prouve mieux encore jusqu'à quel excès il poussait le mépris de lui-même et l'amour de l'humilité.
11 avait alors trente et un ans. Il aurait dû être dans la vigueur et la force de l'âge; mais miné sourdement par ses jeûnes continuels, il fut atteint de fièvres intermittentes qui le réduisirent à une extrême langueur. On craignit pour ses jours, et don Guido le fît transporter, malgré ses résistances, au palais épiscopal pour lui donner les soins que réclamait son état. Le malade n'y resta pas longtemps ;