‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 133 sur 347 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

faveur d'emmener avec lui le Pénitent d'Assise. Le Souverain Pontife accéda volontiers à cette demande; de son côté, François y souscrivit avec amour comme à l'objet de ses vœux les plus ardents, et il fit ses préparatifs dans ce sens.

Fort des bénédictions du Ciel et de la haute sanction du vicaire de Jésus-Christ, l'âme remplie d'espérance et de consolation, il quitta la Ville éternelle vers la fin de décembre 1215 ou au commencement de l'année suivante, et s'en retourna joyeux en Ombrie pour ouvrir à Notre-Dame-des-Anges le Chapitre annuel de la Pentecôte. Chemin faisant, il évangélisa les principales villes du littoral de l'Adriatique, Ascoli, Camerino, Macerata, Monte-Casale, Ancône et Fabriano.

A son retour, les Bénédictins, à qui il était déjà redevable du couvent de Notre-Dame-des-Anges, lui offrirent un second monastère, connu depuis sous le nom de Carceri (les Prisons). Cet ermitage pittoresque, perché comme un nid d'aigle aux flancs du Soubase, à trois milles environ d'Assise, et caché dans un pli de la montagne, cet ermitage avec sa forêt de chênes verts (1), ses ravins infranchissables et ses cavernes taillées dans les entrailles du rocher, répondait trop bien aux goûts de notre saint pour qu'il n'acceptât pas avec reconnaissance une pareille donation. Dans la suite, il y monta souvent. « 11 aimait à s'y retirer au lendemain de ses travaux apos-

1. Il y a six siècles, la forêt devait couvrir tout ce pli de la montagne; par suite du pillage et des guerres, elle est aujourd'hui restreinte à l'enclos du couvent.

toliques, pour se mieux recueillir devant Dieu. Là, diligente abeille au sein même de l'oraison, il cueillait sur les fleurs du Ciel un suc abondant et en formait un miel délicieux qu'il distribuait ensuite, dans ses prédications, aux âmes affamées de Dieu (1). »

Ces grottes sévères sont encore tout embaumées du parfum de sa présence et de ses prières : et depuis six siècles, les pèlerins y montent sans interruption pour vénérer son oratoire, sa cellule, la pierre qui lui servait délit, le puits dont l'eau jaillit à sa prière des entrailles du rocher, le chêne séculaire sur lequel les oiseaux venaient se percher pendant qu'il les haranguait, l'abîme que se creusa le démon lorsque, chassé par le saint, il rentra dans le séjour du pleur éternel (2) ; les cavernes illustrées par des pénitents dont la plupart sont connus de nos lecteurs, Silvestre, Bernard de Quintavalle, Masseo, Gilles, Rufin, André de Spello, saint Bernardin do Sienne, l'apôtre du saint nom de Jésus, saint Jacques de la Marche, le marteau des musulmans, et le bienheureux Antoine de Stroncone ; enfin le ravin qui est au pied de l'ermitage, et dont la légende s'est emparée. Voici ce qu'elle raconte :

Le torrent, tombant de cascade en cascade du haut de la montagne, roulait avec fracas ses eauxécumeuses et mugissantes au bas des excavations, trou-

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