‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 148 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tuelles, la pauvre corde qui lui ceignait les reins. * Je la porterai toujours, lui dit-il, sous ma robe blanche. » François refusa longtemps par humilité, mais les instances du pieux solliciteur finirent par l'emporter. Leurs adieux furent pleins d'une fraternelle tendresse, ils se recommandèrent aux prières l'un de l'autre. En sortant, le Patriarche des Frères-Prêcheurs dit à ses compagnons : « En vérité, la sainteté de François est si éminente, que tous les religieux devraient s'attacher à ses pas(l).» Telle fut l'origine d'une dévotion qui se répandit promptement par toute l'Église, et que Sixte-Quint, de l'Ordre des Frères-Mineurs, érigea trois siècles plus tard en archiconfrérie, sous le nom d'Archiconfrérie du Cordon de Saint-François (2).

Après avoir réglé les affaires de l'Ordre, de concert avec le cardinal, le saint prit congé de ses deux amis, et revint à Notre-Dame-des-Anges. En route, il eut un suave entretien avec son compagnon sur la vertu d'humilité : « Chère brebis du bon Dieu, lui dit-il, le jour du Chapitre approche; or, il me semble que je ne serais point un vrai Frère-Mineur, si, entendant nos Frères me déclarer qu'ils ne veulent plus avoir à leur tête un ignorant et un pécheur comme moi, je n'écoutais ces injures avec une parfaite sérénité d'àme, et ne me réjouissais d'être déposé de ma charge. Sachele bien, Frère Léon, les postes supérieurs sont souvent une occasion de chute, et renferment toujours une responsabilité redoutable, tandis qu'il n'y a qu'à gagner dans les humiliations et dans l'état de simple

1. Th. de Cklaxo, Vila secunda, p. III, c. lxxxvii. — 2. Bulle du 19 novembre 1585.

.sujet (1) . «Belles paroles, où l'âme de François se peint comme dans un miroir ! Plût au ciel que les hommes tentés d'ambition les eussent touj ours devant les yeux ! Que de désenchantements, de crimes et de remords ils épargneraient à leur vieillesse!

Enfin l'époque du Chapitre général arriva : c'était le 26 mai 1219, journée à jamais mémorable, et qui a laissé une trace lumineuse dans les annales de l'Ordre. En ce jour-là, tout invitait les Frères à l'allégresse : l'Église célébrait la solennité de la Pentecôte et avait pris ses ornements de fête; la nature, elle aussi, avait revêtu sa plus riche parure du printemps : l'air était frais et pur, le soleil se levait radieux et plein de majesté sur le sommet des Apennins, et versait des torrents de lumière dans la vallée de Spolète. Le voyageur qui fût descendu d'Assise à cette heure matinale eût pu contempler un spectacle peutêtre unique au monde : des centaines de cabanes s'élevant dans la plaine et cinq mille (2) religieux réunis autour du modeste sanctuaire de la Portioncule ! A les voir recueillis comme des anges, le front incliné comme sous un souffle divin, il eût naturellement supposé qu'il se passait quelque chose d'étrange dans cette chapelle, et il ne se fût point trompé. Quelle scène, en effet! Le cardinal Hugolin, debout sur les marches de l'autel, officiant pontificalement ; François assistant au saint sacrifice avec cinq mille de ses Frères; les anges montant vers le trône du Père éter-

Page 1