‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 147 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

une importance considérable. Qu'on la rapproche de la démarche de Guy de Lévis auprès de saint François, et l'on verra qu'elle projette une vive lumière sur les origines de l'Ordre en France et qu'elle résout la question que nous avons posée plus haut sur la cause de son introduction. L'histoire devra donc désormais, pour être juste, mentionner les travaux de Christophe de Romagne, de saint Antoine de Padoue, des bienheureux martyrs Etienne de Narbonne et Raymond de Carbonne, à côté des travaux de saint Dominique et de ses religieux dans le Languedoc, et reconnaître que les Frères-Mineurs y furent précisément appelés pour combattre l'hérésie albigeoise, comme elle est obligée de reconnaître que la pacifique croisade des uns et des autres fit plus pour la destruction de l'hérésie que les lances des croisés et les sentences de l'Inquisition.

Quant à saint François, il reprit, dès qu'il le put, ses courses apostoliques ; seulement ce fut la vallée de Rieti, au lieu de la France, qui fut le principal théâtre de son zèle, de 1217 à 1219. De temps à autre cependant, il interrompait ses travaux apostoliques, pour retourner à Notre-Dame-des-Anges se retremper dans la prière, prendre soin de ses Frères et de ses novices, ou visiter les nouvelles fondations.

Un fait d'une importance capitale domine cette époque de sa vie; nous voulons parler du second Chapitre général, dont il avait fixé l'ouverture au jour de la Pentecôte de l'année 1219. Lui-même pressentait que cette assemblée plénière déciderait de l'aveni de son institution. Aussi ne voulut-il rien entreprendre sans avoir consulté son protecteur, le cardinal Hugo-

lin. Il se rendit à Rome, soit en Tannée 1217, soit en 1218 (les chroniqueurs ne le disent pas), afin de concerter avec lui les lois et les mesures qu'on proposerait dans cette assemblée. Saint Dominique assistait à cette conférence. « Ne trouvez-vous pas bon, leur demanda, entre autres choses, le cardinal, que que quelques-uns de vos disciples soient promus aux dignités ecclésiastiques ? » — Les deux patriarches donnèrent la même réponse. « Pour moi, dit saint Dominique Je ne connais pas de plus grand honneur que d'être les porteurs de la parole divine et les boucliers de la foi. Laissez donc les Frères-Prêcheurs dans leur vocation. » — « Seigneur, dit à son tour saint François, mes enfants s'appellent Frères-Mineurs, parce qu'ils occupent le dernier rang dans l'Église. C'est là leur poste d'honneur; gardez-vous donc bien de les en arracher, sous prétexte de les faire monter plus haut (1). » Le cardinal ne partagea point leur sentiment, mais leur esprit d'abnégation n'en fut pas moins pour lui un sujet de grande édification.

Au rapport du Frère Léon, qui accompagnait son bienheureux Père, il fut aussi question, dans cette entrevue, de fondre les deux Ordres en un seul; mais le séraphique Patriarche s'y opposa. « La volonté de Dieu, dit-il, c'est qu'ils demeurent séparés, afin que chacun puisse embrasser à son gré l'une ou l'autre des deux règles. » Dominique le pria alors de lui donner au moins, comme symbole de la charité fraternelle qui les unissait, eux et leurs familles spiri-

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