CHAPITRE X
d'argent ; puis il faisait déposer aux pieds de saint François, sur une plaque de marbre commémorative, le texte même de la définition, comme pour indiquer la part que l'Ordre y avait prise. C'était la plus belle récompense dont il pût honorer le zèle de la famille franciscaine à publier les grandeurs et les privilèges de Marie.
Telles sont les célèbres ordonnances du Chapitre des Nattes, ordonnances qui concernent la vie intime de l'Ordre et lui donnent sa physionomie originale. Cependant François n'oublia point l'extérieur, c'està-dire le salut des âmes. Se souvenant que le but de sa mission providentielle était d'arborer partout la croix, il dressa un vaste pian de campagne qui embrassait tous les points du globe, et dont ses fils poursuivront l'exécution jusqu'à la fin des temps. Il déclara qu'il prenait l'Egypte pour lui et assigna aux autres leur destination. Parmi tant d'ouvriers évangéliques, contentons-nous de nommer les principaux chefs de mission : Frère Élie, qui partit pour la Syrie (1); Frère Bérard, pour le Maroc; Jean Parent, pour l'Espagne ; Frère Luc, pour la Roumanie; Christophe de Romagne , qui revint évangéliser la Guyenne; Frère Pacifique, qui retourna dans l'Ile-de- France avec Ange de Pise; et Frère Electus, qui fut envoyé dans le Maine (2). Leurs obédiences ou lettres
1. Jourdain de Giano, Chronique, p. 3, n. 7. Jourdain ajoute (n. 11) qu'Élie revint d'Orient avec saint François.
2. Geoffroy de Laval, plus tard évêque du Mans et de Rouen, avait écrit au saint Fondateur pour le prier d'envoyer quelquesuns de ses disciples dans le Maine. Voir l'Histoire de l'église du Mans, par Boni Piolin, ann. 1219.
de créance devaient être conçues dans les mêmes termes que celle que François donnait cinq ans plus tard au Frère Ange de Pise, la seule qui ait échappé aux ravages du temps : « Moi, Frère François d'Assise, ministre général, je vous commande, au nom de l'obéissance, à vous, Frère Ange de Pise, d'aller en Angleterre, et d'y exercer l'office de Ministre provincial. Adieu. » C'était peu, et c'était assez ; car c'était Dieu qui les envoyait.
L'entreprise était hardie, mais tout à fait conforme à l'esprit de prosélytisme qui distingue la véritable Église de Jésus-Christ. Honorius III, alors à Viterbe, l'approuva et la sanctionna de son autorité, en remettant aux Frères une lettre dont voici la teneur : « Honorius, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, aux archevêques, évêques, abbés, doyens, archidiacres et autres supérieurs ecclésiastiques.
« Comme nos chers fils le Frère François et ses compagnons ont renoncé aux vanités du monde pour embrasser un genre de vie que l'Église romaine a revêtu de son approbation, et qu'ils vont, à l'exemple des Apôtres, annoncer en tous lieux la parole divine, nous vous prions, vous conjurons en Notre-Seigneur, et vous enjoignons par ces lettres apostoliques, de recevoir en qualité de catholiques et de fidèles les Frères de cet Ordre, porteurs de ces présentes, qui s'adresseront à vous, de leur être favorables, et de les traiter avec bonté pour l'honneur de Dieu et par considération pour nous. Donné à Viterbe le 11 juin 1219, l'an troisième de notre pontificat (1). »