‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 154 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

les deux écoles Dominicaine et Franciscaine, au sujet de l'Immaculée-Conception. Pour mettre fin parfois à des débats trop passionnés, le pape Benoît XI décréta, en 1304, qu'une discussion publique aurait lieu à l'Université de Paris. Duns Scot fut chargé par le général des Frères-Mineurs de représenter l'Ordre à ce tournoi d'un nouveau genre, et d'y soutenir la traditionnelle croyance des Franciscains ; et il vint dans ce but d'Oxford à Paris. Après s'être préparé à la discussion par la retraite, le jeûne et la prière, il se rendit à l'Université. Il rencontra sur sa route une statue en marbre de la Très Sainte Vierge, qui décorait le portail de la Sainte-Chapelle, et la salua par ce verset de la liturgie catholique : « Agréez que je vous loue, ô Vierge sainte, et donnez-moi la force de vaincre vos ennemis. » La statue inclina la tête comme pour sourire au champion de Marie et soutenir son courage ; et depuis, elle garda toujours cette attitude (1). Arrivé à la Sorbonne, Duns Scot se trouva en présence d'une assemblée imposante et d'adversaires dignes de lui. Les Frères-Prêcheurs développèrent deux cents arguments, qui tendaient à démontrer que la Sainte Vierge était comprise dans l'arrêt de condamnation qui enveloppe toute la race humaine. Le jeune Franciscain écoutait, calme et recueilli. Lorsqu'ils eurent fini de parler, il se leva à son tour, réfuta les deux cents arguments de ses adversaires, puis établit victorieusement sa thèse, résumée dans ces trois mots : Debuit, potuit, ergo

1. Grandeurs de la sainte Vierge, par d'Argentan, c. o. — Cf. Wadding, ann. 1304.

fecit. L'Université le couvrit de ses applaudissements, lui décerna, d'accord avec les légats du Souverain Pontife, le titre de Docteur subtil, et statua qu'à l'avenir elle célébrerait tous les ans la fête de l'Immaculée-Conception. Un siècle plus tard, la Sorbonne décida qu'elle ne conférerait plus le titre de Docteur avant que le candidat n'eût prêté le serment de toujours défendre la suréminente prérogative de Marie.

Le duel théologique de Paris eut un retentissement immense en Europe, et « Vasquez déclare que la victoire de Scot assura le triomphe de la thèse francaine, non seulement dans les universités, mais jusque dans les rangs du peuple chrétien (1). » Et pourtant l'heure n'était point encore venue pour le Saint-Siège de prononcer un jugement irrévocable. Il était réservé à ces derniers temps d'assister au glorieux dénouement de cette lutte théologique. Le 8 décembre 1854, jour d'éternelle mémoire, un pape du Tiers-Ordre séraphique, l'immortel Pie IX, posait au front de Marie le plus beau diamant de sa couronne, en proclamant à la face de l'univers quelle a été, « par l'application anticipée des mérites de son Fils, préservée de la souillure originelle et conçue sans péché (2).» Signalons ici un détail relatif à l'Ordre séraphique. Au moment de la promulgation du dogme dans la basilique de Saint-Pierre et par une faveur insigne, le Pape permettait aux généraux des Frères-Mineurs de lui présenter une rose et un lis

1. Benoît XIV, De Festis, liv. II, c. xv, n. 5. —Cf. Pierre d' Alva, Monumenta pro Imm. Conc, p. 7. — 2. Bulle lneffabilis.

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