‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 164 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

s'embarqua sur un de ces navires vénitiens qui étaient alors les rois de la mer Méditerranée, et qui la sillonnaient sans relâche pour porter des secours aux Croisés. Ainsi se termina la pacifique croisade de saint François en Orient. Qu'elle ait été féconde en résultats, l'histoire est là pour l'attester. Qui pourrait nier aujourd'hui que la courte apparition du Saint dans la Palestine n'ait été comme une prise de possession de la Terre-Sainte ? Dieu ne semble-t-il pas l'y avoir conduit pour lui dire, comme autrefois à son serviteur Abraham : « Parcours présentement toute l'étendue de cette contrée, parce que je te la donnerai un jour?» François venait, en effet, de fonder un royaume plus durable que celui de Godefroy de Bouillon. A partir de cette époque, nous trouvons les Frères-Mineurs solidement établis dans le Levant. Robert, roi de Sicile, et Sanche, sa femme, achetèrent du sultan d'Egypte les sanctuaires de la Palestine et les cédèrent à Clément VI, qui en confia la garde aux Franciscains (Bulle du 21 novembre 1342). Les sultans du Caire et de Constantinople ont plusieurs fois sanctionné par leurs firmans la légitimité des possessions dévolues au Saint-Siège et aux Pères de Terre-Sainte.

Les fils du Patriarche d'Assise sont là depuis le règne de Jean de Brienne, et ils y remplissent une fonction aussi sublime que difficile. Après la résurrection du Sauveur, c'était un Ange qui défendait l'entrée de son tombeau ; depuis le treizième siècle, ce sont les enfants du séraphique Patriarche qui veillent sur ce glorieux monument, pour le mettre a

l'abri de toute profanation. Deux fois massacrés jusqu'au dernier, en 1244 et en 1368, et aussitôt remplacés par leurs frères, bravant tour à tour le cimeterre des Mahométans et la liaine fratricide des sectaires de Pliotius et de Luther, sentinelles infatigables, ils sont toujours prêts à répandre leur sang plutôt que de déserter le poste d'honneur que leur a mérité l'incomparable amour de François pour Jésus crucifié. Grâce à leur constance héroïque, l'action des croisades persévère; Sion, le mont des Oliviers, le Thabor, Bethléem, Nazareth, sont encore respectés, et Jérusalem toujours accessible à la piété des pèlerins de l'Occident.

Ils possèdent une vingtaine déniaisons qui servent d'hôtelleries, d'écoles et d'hospices. A leur tête se trouve le Révérendissime Père, auquel les Souverains Pontifes ont décerné les titres les plus glorieux; il est préfet des Missions de Syrie, de Chypre et d'Egypte, gardien du mont Sion et du Saint-Sépulcre, et Custode de la Ville sainte. Il avait même le titre et les fonctions de vicaire apostolique jusqu'à ces derniers temps, où Pie IX, d'immortelle mémoire, a rétabli le siège patriarcal de Jérusalem, et renoué dans la personne de Mgr Valerga, après une interruption de six cents ans, la chaîne des successeurs de saint Jacques et de saint Siméon. C'est ainsi que les Franciscains continuent en Asie-Mineure la mission inaugurée au moyen-âge par leur Bienheureux Père (1).

1. Récits d'un pèlerin, par le R. P. Ubald, des Frères-Mineurs Capucins, sixième soirée — Cf. Saint François et les Franciscains, par le P. Pamphile de Magliano, t. II, c. xn.

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