CHAPITRE XII
RETOUR DE SAINT FRANÇOIS EN ITALIE. — LE LOUP DE GUBBIO. TROISIÈME CHAPITRE GÉNÉRAL. — FRÈRE JEAN DE STRACHIA.
Pendant que Bérard et ses compagnons tombaient sous le cimeterre des musulmans d'Afrique, François, n'ayant pu ni ramener l'Orient à la vérité ni y cueillir la palme du martyre, repassait promptement les mers pour continuer son apostolat en Italie. Il débarqua à Venise. Cette ville, la Tyr du moyen âge, était alors dans toute la splendeur de sa puissance. Les navires de toutes les nations se dirigeaient vers elle et versaient dans son port les richesses de l'Orient et de l'Occident. Ses doges étaient des rois, et ses marchands égalaient les princes en faste et en magnificence. Comment l'humble mendiant d'Assise eût-il pu faire entendre sa voix au milieu d'une cité où les affaires et les plaisirs se succédaient sans relâche? Il s'éloigna donc du centre trop tumultueux de la ville, et alla passer quelques jours dans un de ces nombreux ilôts qui émergent, brillants comme la nacre, de la nappe azurée des lagunes. En mettant le pied dans nie, il aperçut devant lui une nombreuse troupe d'oiseaux qui chantaient : « Nos frères les
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oiseaux louent Dieu, dit-il à son compagnon, allons au milieu d'eux réciter l'office divin. » Mais comme le gazouillement des oiseaux les empêchait de s'entendre, il se tourna vers eux et leur dit : « Mes frères les oiseaux, suspendez vos chants jusqu'à ce que nous ayons payé à Dieu le tribut de nos louanges. » Ils se turent à l'instant même, et ne reprirent leur bruyant ramage que lorsque le saint leur en eut accordé la permission (1).
Le bruit de ce prodige attira l'attention des Vénitiens, dont la foi se réveilla et qui surent apprécier le trésor qu'ils possédaient; et ce fut pour perpétuer le souvenir de ce miracle, qu'un patricien, nommé Jacques Michiéli, s'empressa de bâtir dans cette île, pour le Saint et pour ses Frères, le couvent de Saint- François du Désert (2).
S'il faut en croire Jourdain de Giano (3), François, averti par un de ses Frères que Mathieu de Narni, Grégoire de Naples et plusieurs anciens religieux cherchaient, sinon à détruire l'Ordre, du moins à le modifier par de fâcheuses innovations, fut vivement peiné de cet abus de pouvoir. Cependant, quelle que fût l'étendue du mal, il attendit, sans doute pour y porter un remède plus efficace, le prochain Chapitre général, qui devait se tenir à la Portioncule, en la fête de saint Michel. Dans l'intervalle, il résolut d'aller visiter le couvent de Bologne, fondé huit ans auparavant par son premier disciple, Bernard de Quinta-