CHAPITRE XII
coupable, il le maudit publiquement. En vain les Religieux, atterrés, le supplièrent-ils de retirer cet anathème. « Je ne le puis répliqua-t-il ; je ne puis bénir celui que le Seigneur a maudit! » Chose navrante à redire ! le malheureux persévéra dans sa coupable résistance, et il expira peu de temps après, en jetant le cri des désespérés : « Je suis damné! Je suis maudit pour l'éternité (1) ! »
François, d'un naturel si doux et si aimable, se montra, dans ces pénibles conjonctures, d'une fermeté inébranlable. N'était-ce pas son droit et son devoir d'extirper les abus et de retrancher du cep de vigne les branches nuisibles? Du reste, après s'être acquitté de l'office de supérieur, il tira de son cœur ému les paroles les plus fraternelles à l'égard de ses Religieux, et de sages conseils sur l'étude des sciences et sur la prédication. «Il n'y a rien de plus excellent, leur dit-il, que le ministère de la parole divine ; les prédicateurs ont droit à tous nos respects comme à toute notre reconnaissance, car ils sont le sel de la terre, la lumière du monde et la terreur des démons. Honneur donc à ceux qui savent goûter et faire goûter aux autres les vérités éternelles ! Ils recevront du souverain Juge la récompense de leurs travaux. Mais malheur à ceux qui ne cherchent que leurs propres intérêts, ou qui s'enivrent de leurs triomphes, ou enfin qui perdent en de stériles études le temps qu'ils devraient employer à l'acquisition des vertus ! Au grand jour des révélations, ils n'apporteront dans leurs mains que des gerbes de confusion, de honte