CHAPITRE XII
péchés que le Seigneur a permis ce fléau. Mais, songez-y, si la gueule d'un pauvre animal qui, après tout, ne peut tuer que le corps, a suffi pour jeter l'effroi dans votre ville et dans toute la contrée, combien plus ne devez-vous pas craindre cet abime de l'enfer qui dévore éternellement ses victimes ! Ah ! convertissez-vous, faites pénitence, et alors Dieu vous délivrera, non seulement de la rage d'un loup dans cette vie, mais encore des flammes éternelles après votre mort. » Après ce discours, le Saint demanda publiquement aux magistrats et à tous les habitants s'ils agréaient les conditions du traité de paix avec le loup, c'est-à-dire pour eux la promesse de le nourrir, et pour lui la promesse de ne nuire à aucune créature. Ils acceptèrent d'une voix unanime; le loup, de son côté, pour attester et ratifier ses engagements, posa sa patte dans la main de François. A cette vue, l'admiration ne connut plus de bornes ; des acclamations enthousiastes, bruyantes comme les flots de la mer, s'échappèrent de toutes les poitrines. Puis la foule se dispersa, en louant et bénissant Dieu de lui avoir envoyé François, qui, par ses mérites, l'avait délivrée de la gueule d'une bête si cruelle. Le loup vécut encore deux années à Gubbio, allant familièrement de porte en porte, entrant dans les maisons, sans faire ni recevoir aucun mal; chacun s'empressait de lui fournir ce qui était nécessaire à sa subsistance; et quand il traversait la cité, jamais les chiens n'aboyaient après lui. Enfin, deux ans après sa conversion, frère loup mourut de vieillesse, et les habitants le regrettèrent vivement; car, rien qu'à voir cet animal traverser les rues avec
la douceur d'un agneau, ils se rappelaient avec bonheur le miracle et la sainteté du célèbre thaumaturge de l'Ombrie (1).
Enfin, après une absence de plus d'une année, François rentra au couvent de Notre-Dame-des- Anges. C'était très probablement dans la première quinzaine du mois de septembre 1220. Sa présence était devenue nécessaire, pour les motifs que nous avons indiqués plus haut, et son retour était ardemment désiré de ses douze premiers compagnons.
Quelques jours avant la Saint-Michel, le bienheureux Patriarche d'Assise eut une vision qui le frappa vivement. Il vit une statue colossale, à la tête d'or, aux bras d'argent, aux jambes d'airain, aux pieds d'argile, et il comprit que ces divers métaux signifiaient les différents âges de la famille franciscaine et les relâchements de l'avenir (2). Ce fut sous le coup de ces impressions et dans le but de conserver à l'Ordre sa beauté primitive, qu'il ouvrit à Notre-Dame des-Anges, le 29 septembre 1220, son troisième Chapitre général. Il y prit deux mesures réclamées par les circonstances. 11 commença par réprimander sévèrement Grégoire de Naples et Mathieu de Narni, et abolit leurs innovations. Il alla plus loin encore pour Jean de Strachia, qui, malgré sa défense formelle, avait eu l'audace de rouvrir à Bologne le cours de théologie. Il ne se contenta pas de le dépouiller de sa charge de Provincial; connaissant par une lumière surnaturelle l'endurcissement du
i. Barthélémy de Pise, éd. cit., c. 148. 2. Marc de Lisbonne, 1. II, c. ix.