‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 183 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

trahi son Maître, l'autre l'a renié, tous ont pris la fuite. Veillez donc et priez, pour ne pas déchoir de la sainteté de votre vocation (1). »

Dans la dernière session capitulaire, le sénateur de Dieu dit à ses Frères : « Désormais, je suis mort pour vous. Voici votre supérieur, Pierre Gattani; c'est à lui que nous obéirons tous, vous et moi. » Et se prosternant aux pieds de Pierre Cattani, il lui promit respect et obéissance en toutes choses, comme au Ministre général de l'Ordre. Puis, toujours à genoux, les yeux levés vers le ciel et baignés de larmes, il fit cette prière avec un inexprimable accent d'amour : « Mon Seigneur Jésus-Christ, je vous recommande cette famille qui vous appartient et que vous m'avez confiée jusqu'à ce jour. Vous savez que mes infirmités me mettent hors d'état de la gouverner; je la laisse donc entre les mains des Ministres généraux. S'il arrive que, par suite de leur négligence, de leurs scandales ou de leur excessive rigueur, quelqu'un des Frères-Mineurs vienne à périr, ils vous en rendront compte, Seigneur, au jour du jugement. » Le saint fondateur avait pris cette détermination, non seulement à cause de son extrême amour pour la vie cachée, mais aussi à cause de ses infirmités toujours croissantes.

Toutefois les Religieux mirent quelques réserves à sa démission; il fut convenu que, tout en restant soumis à son Gardien, il retiendrait toujours le titre et les droits de Ministre général, et que, de son vivant, ses successeurs porteraient seule-

1. OEuvres de saint François d'Assise, p. III, c. xwi, passim .

ment le nom de Vicaires généraux. La mort de Pierre Cattani (1) , survenue le 10 mars 1221, le força d'intervenir de nouveau dans les affaires de l'Ordre. Au Chapitre de la Pentecôte (23 mai 1221), où se trouvaient trois mille Frères, un évêque et le cardinal Raniero Capoccio, il confia au Frère Élie la charge de Vicaire général et s'assit à ses pieds. Sa voix était si faible qu'on ne pouvait l'entendre. Élie transmettait ses ordres. Il commença ainsi : < Voici ce que dit le Frère (c'est par cette dénomination respectueuse qu'il désignait le vénérable fondateur. Il est une contrée dont les habitants, à la foi robuste, de longs bâtons à la main, de grandes bottes aux pieds, traversent nos cités et se dirigent vers le tombeau des apôtres, sous l'ardeur du soleil, au chant des cantiques. Comme nos premiers missionnaires ont été maltraités dans ce pays, le Frère n'impose à personne l'obligation d'y aller ; mais si quelques Religieux, mus par la gloire de Dieu et le zèle des âmes se sentent cette vocation, il leur assure le même mérite qu'aux missionnaires d'outre-mer. Qu'ils se lèvent. » Quatre-vingt-dix Frères se levèrent, comme pour aller au martyre. François en choisit seulement vingt-sept, quinze laïques et douze clercs, parmi lesquels Thomas de Celano, Conrad le Teutonique, Jean de Plan-Carpin, le diacre Jourdain de Giano et Césaire de Spire, qu'il établit Provincial d'Allemagne (2).

1. Voici l'épitaphe très antique gravée sur la tombe de Pierre Cattani:

f ANN. DNI. M.CCXXI. VI" ID'MARTII.

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