‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 192 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Roch dé Montpellier; des prêtres et des évêques, comme saint Yves, saint Charles Borromée, saint François de Paule, saint Ignace de Loyola, saint Vincent de Paul, M. Olier, le cardinal de Bérulle; de nos jours, le curé d'Ars et Mgr de Ségur, s'inscrivirent également parmi les Tertiaires. Les uns et les autres se faisaient gloire de porter les livrées franciscaines, comme le cardinal Tréjo l'exprime si bien dans la lettre qu'il écrivait en 1623 à l'illustre Père Wadding : « L'habit de saint François est véritablement une pourpre teinte dans le sang de Jésus-Christ et dans le sang qui est sorti des stigmates de son serviteur ; elle investit de la dignité royale tous ceux qui la portent. Qu'ai-je donc fait en me revêtant de ce saint habit? J'ai joint la pourpre à la pourpre, la pourpre de la royauté à la pourpre du cardinalat. Ainsi, bien loin de rn'ètre humilié, j'ai lieu de craindre de m'être fait trop d'honneur à moi-même et de m'en glorifier plus que je ne dois (1). »

La science et la poésie vinrent à leur tour abaisser leur front, non moins noble que celui des rois, devant l'humilité de notre Saint. Saluons en passant : le savant Raymond Lulle, qui obtint en 1315 la couronne du martyre; Michel-Ange, Raphaël et Murillo, les princes de la sculpture et de la peinture ; Christophe Colomb, l'explorateur du nouveau monde; Thomas Morus, que Henri VIII fit décapiter, mais qu'il ne put vaincre; le prince des poètes italiens, Dante, qui a buriné en des vers immortels le portrait de ce « pasteur admirable dont la vie se chante-

1. Palomès, Histoire de saint François d'Assise, t. I, p. 430. Cf. Les gloires du Tiers-Ordre.

rait mieux parmi les gloires du ciel (1) » ; Lope de Vega, le poète satirique de l'Espagne; Pétrarque» Cervantes, Volta et Galvani. Ces grands hommes voulurent être ensevelis avec l'habit du Tiers-Ordre, persuadés, non sans motif, que le jugement de Dieu leur serait plus doux, s'ils s'y présentaient avec les livrées de l'humilité, et que la foudre, qui n'épargne pas les lauriers de l'artiste ou du poète, respecterait le vêtement du pauvre.

Mais nulle part le Tiers-Ordre n'excita plus d'enthousiasme que parmi les femmes. Trop souvent enchaînées dès la jeunesse à un joug qu'elles n'ont point souhaité, elles se tournaient vers saint François, dans l'espoir de touver sous l'habit de la pénitence la paix et le bonheur qu'elles demandaient vainement au monde. Le monastère venait à elles, puisqu'elles ne pouvaient aller à lui. Se bâtissant dans quelque réduit de la maison paternelle ou conjugale un sanctuaire mystérieux, tout plein de l'Époux invisible qu'elles aimaient uniquement, elles épanchaient librement devant Lui les flots d'amour dont le cœur de la femme chrétienne est le réservoir sans fond. Le Tiers-Ordre satisfaisait à leurs aspirations les plus idéales, en même temps qu'il les dédommageait de la tyrannie de leur position ; en retour, elles l'enrichissaient du trésor de leurs vertus, de leurs sacrifices et de leur sainteté. Le lecteur nous saura gré de placer sous ses regards quelques-unes de ces fleurs embaumées, celles qui ont été plantées les premières dans le parterre séraphique et qui en forment à jamais le plus bel ornement.

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