CHAPITRE XIII
Au-dessus de toutes brille sainte Elisabeth de Hongrie, qui eut une place à part dans le cœur du Séraphin d'Assise, comme elle en a une dans l'amour du peuple chrétien. Mariée au pieux Louis, landgrave de Thuringe, Elisabeth, alors dans toute la fleur de son innocence et de sa beauté, offrait sur le trône le spectacle de toutes les vertus que saint François estimait le plus. En 1221, au moment où ses destinées se lient à celles de l'Ordre, elle ne comptait que quatorze printemps, et son jeune cœur, ouvert à toutes les nobles inspirations, allait présenter un champ fertile à ces semences de vie et de force que la main de François répandait sur l'univers chrétien il). Lorsque, en cette même année, les Frères- Mineurs se présentèrent pour la seconde fois en Allemagne, ils trouvèrent auprès d'elle encouragement et sympathie. Elle leur bâtit un couvent au sein de sa capitale, à Eisenach, et choisit pour son confesseur le Frère Rodinger, l'un des premiers Allemands qui eussent embrassé la Règle séraphique. Ayant connu par ses nouveaux hôtes l'existence duTiers-Ordre en Italie, elle fut frappée des avantages qu'offrait à une chrétienne fervente cette affiliation, et elle s'empressa de s'y agréger, heureuse de donner là une sorte de consécration aux mortifications et aux pratiques de piété qu'elle s'était imposées de son propre mouvement. Elle est la première en Allemagne qui se soit associée au Tiers-Ordre, et l'on peut croire que l'exemple d'une princesse si haut
1. Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie, par le comte de Montalembert. — Cf. la Chronique de Saxe, par Baudoin de Brunswick.
placée par son nom et si renommée par sa piété ne fut pas sans influence sur la rapide extension de cette institution.
Le saint Patriarche , informé de la précieuse conquête que ses missionnaires venaient de faire , fut au comble de la joie. Lui qui défendait si expressément c de canoniser les gens pendant leur vie », ne tarissait pas en éloges sur les vertus de la jeune princesse. L'humilité exemplaire d'Elisabeth, son austère piété, son dévouement pour les lépreux, formaient le sujet ordinaire de ses conversations avec le cardinal Hugolin. Un jour, le cardinal se pressa de faire passer un gage de son affection à celle qu'il pouvait à si bon droit nommer sa fille; et en même temps il lui enleva de dessus les épaules le vieux manteau qui les couvrait, en lui enjoignant de l'envoyer sur-le-champ à l'humble princesse. « Puisqu'elle est pleine de ton esprit, lui dit-il, je veux que tu lui laisses le même héritage qu'Élie à son disciple Elisée. » Le Saint obéit : il fit remettre à la duchesse ce modeste présent, accompagné d'une lettre où il la félicitait des grâces dont le Ciel l'avait prévenue dès le berceau et du bon usage qu'elle en faisait.
Elisabeth reçut avec autant d'esprit de foi que de reconnaissance le manteau du nouvel Élie ; elle le prouva par le prix qu'elle attacha toujours à la possession de cet objet, et plus encore par l'imitation des vertus qu'il lui rappelait. Dieu, qui voulait qu'elle unit la majesté de la douleur à la majesté royale, la jeta dans le creuset des tribulations. Veuve à vingt ans, chassée du château de Wartbourg, errant avec ses enfants dans les rues d'Eisenach, abandonnée de