‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 195 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'habit du Tiers-Ordre , prêcha la pénitence à la manière des prophètes , eut l'insigne honneur d'être exilée par Frédéric II, et, à dix-huit ans, alla s'épanouir parmi les splendeurs du ciel, après avoir prédit la chute de l'Empereur et le prochain triomphe de l'Église; la Bienheureuse Angèle de Foligno, la pénitente de l'Ombrie; et enfin, la grande pécheresse de la Toscane, Marguerite de Gortone, dont la conversion et la pénitence appartiennent à notre histoire comme l'un des bienfaits les plus signalés de l'institution franciscaine.

Née sous le ciel ardent de la Toscane (1249), douée d'une beauté séduisante, d'un esprit ardent et d'un grand cœur, privée de bonne heure des sages conseils de sa mère, libre, sans fortune et sans expérience, Marguerite livra sa jeunesse à toutes les voluptés du monde, et vécut dans le désordre avec un chevalier de Monte Pulciano, dont elle eut un fils. Dieu la prit en pitié, et voici comment il la lira de la fange où elle s'était plongée. Le jeune seigneur de Monte Pulciano était parti pour un voyage de quelques semaines, accompagné d'un beau lévrier qui ne le quittait jamais. Or, au bout de quelques jours, le lévrier favori revint seul au logis et pénétra dans l'appartement de Marguerite. Il poussait des cris plaintifs, léchait les mains de sa maitresse, la tirait par sa robe et semblait lui dire : « Viens avec moi. » Elle le suit, sous l'impression de cruels pressentiments. Le chien la conduit dans la forêt de Petrignano; il s'arrête et redouble ses cris lugubres, en face d'un monceau de branchages récemment détachés de leur tronc. Marguerite écarte ces branches et

reconnaît son amant, lâchement assassiné et déjà devenu la proie des vers ! A dater de cette heure, elle rentra en elle-même, et, après avoir imité la pécheresse de l'Évangile dans ses iniquités, elle l'imita dans sa conversion. Versant, elle aussi, ses larmes, ce sang de l'âme, comme les appelle saint Augustin, sur les pieds bénis du Sauveur, elle mérita le même pardon que Madeleine. Chassée de Laviano par son père et sa belle-mère, abandonnée de tous, excepté du Dieu des miséricordes, elle vint avec son enfant se réfugier à Cortone, y reçut à genoux l'habit du Tiers-Ordre franciscain, devint bientôt un nouveau modèle d'amour pénitent, et fut, comme Marie-Madeleine, comblée des faveurs du céleste Époux. Son fils entra plus tard dans l'Ordre des Frères-Mineurs, et s'y distingua par une vie sainte et tout apostolique. Marguerite mourut dans un élan d'amour, le 22 février 1297, et fut canonisée par Benoit XIII (1).

Il y a quelque chose de plus admirable que cette conversion; c'est Marguerite de Cortone arrachant les jeunes gens au vice, les jeunes filles au déshonneur; c'est la pécheresse de Monte Pulciano devenant l'apôtre et le salut de sa patrie adoptive. Rien ne nous donne mieux que ce fait la mesure de l'heureuse influence qu'exerça l'institution franciscaine ; car, en Sicile, en France, comme en Toscane, partout où il s'implanta, le Tiers-Ordre produisit les mêmes effets. Il remit en honneur, parmi les femmes, des vertus trop longtemps délaissées : la modestie, la fidélité conjugale, l'esprit d'abnégation, et réussit à extirper

Page 1