‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 196 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

une lèpre contre laquelle les lois somptuaires avaient été impuissantes, la lèpre du luxe, mère de la corruption et de la débauche. La femme reprit au foyer domestique la place d'honneur que le christianisme lui assure et d'où l'abandon de ses devoirs ne manque jamais de la faire descendre; et par elle la sève vivifiante de l'esprit chrétien coula de nouveau dans la famille, qui fut renouvelée.

Ainsi s'accomplissait sans bruit, grâce à l'association franciscaine, l'œuvre de la régénération sociale : l'Évangile répandait sa bonne odeur au milieu du monde, et l'esprit de Dieu, après avoir fleuri dans les solitudes, s'épanouissait sur les grands chemins et jusqu'au sein des cours. Le treizième siècle était sauvé.

Le Tiers-Ordre obtint un autre résultat, qui ne fut que passager et propre à l'Italie, mais qui n'en mérite pas moins l'admiration des siècles. Uni à celui de saint Dominique, il défendit les droits du Saint-Siège et déconcerta les projets impies des empereurs d'Allemagne. Ce résultat est constaté dans un rapport adressé d'Italie à Pierre des Vignes, chancelier de Frédéric II. « Les Frères-Mineurs et les Frères- Prècheurs se sont élevés contre nous. Ils ont réprouvé publiquement notre vie et nos entreprises ; ils ont brisé nos droits et nous ont réduits au néant; et voici que pour achever de détruire notre prépondérance et de nous enlever l'affection des peuples, ils ont créé deux nouvelles fraternités, qui embrassent universellement les hommes et les femmes. Tous y accourent; à peine se trouve-t-il quelques personnes dont le nom n'y

soit pas inscrit (1). » Ce document est précieux; il jette une vive lumière sur un des points historiques les plus obscurs , et nous explique la victoire définitive des Guelfes par l'esprit d'association mis au service du patriotisme et de la foi. Les Tertiaires puisèrent dans cet esprit d'association des secours énergiques pour refouler l'invasion des barbares du Nord et amener peu à peu le triomphe du droit sur la force brutale. Ils s'enrôlèrent hardiment sous la bannière pontificale, se montrèrent en toutes circonstances les champions des droits du Saint-Siège , et , appuyés sur l'épée de Jean de Brienne, infligèrent à son déloyal gendre, Frédéric II, une humiliante défaite. Aussi Grégoire IX les appellet-il « les Machabées de la nouvelle Alliance ». Cet éloge n'est point exagéré. Nés du plus pur zèle de saint François, animés du même souffle divin, ils rallumèrent dans le corps social le véritable esprit chrétien, qui est l'esprit d'obéissance au Vicaire de Jésus-Christ et de résistance aux envahissements du mal. Nous n'hésitons donc pas à le proclamer, le Tiers-Ordre franciscain rendit un double service à l'Italie : il sauvegarda l'indépendance nationale, en même temps qu'il conserva la foi catholique. C'est pour ce double motif que les Souverains Pontifes

1. Petr. de Vineis, épis., 1. I, c. xxxvn. Frédéric Morin, dans son Etude sur saint François et les Franciscains, dit avec raison que •< l'Europe moderne ne sait pas tout ce qu'elle doit à saint François ». 11 se trompe quand il prétend que le Tiers-État est sorti du Tiers-Ordre. Le Tiers-État, au sens moderne, est la négation du principe d'autorité qui sert de base à toutes Les institutions du Mendiant d'Assise.

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