CHAPITRE XIII
n'ont cessé de le combler de louanges, de privilèges et de faveurs spirituelles.
Le rôle politique et religieux de l'institution séraphique est-il fini, comme le pensent quelques-uns, ou faut-il croire avec d'autres que la similitude entre le moyen âge et notre époque lui crée une place marquée dans la lutte gigantesque où se débattent les destinées de l'Église et de la patrie? Un regard jeté sur l'état de la société moderne nous aidera à résoudre la question. Aux mille formes de l'hérésie antique a succédé une erreur plus monstrueuse encore, où revivent le dualisme de Manès, l'hypocrisie de Raymond VI, les violences de Luther, les haines de Calvin, et qui poursuit dans l'ombre et le mystère, par les séductions, la calomnie et le poignard, une œuvre satanique, la destruction du christianisme. Cette erreur, qui se nomme la Révolution, est le règne absolu du mal, comme l'Église est le règne absolu du bien. Elle s'est incarnée dans la franc-maçonnerie. Léon XIII, dans l'Encyclique Hwrnanum genus, a dénoncé, démasqué, anathématisé la secte ; mais la réprouver ne suffit pas, il faut la vaincre. Or, à cette ligue infernale qui menace la société, à ce chancre qui dévore les deux mondes, qu'opposer, sinon l'association chrétienne, c'est-àdire, l'union des énergies viriles et des dévouements spontanés se serrant autour de la Croix pour la défense du droit outragé et de la vérité méconnue? Et quelle association est plus apte à ce dessein que le Tiers-Ordre, où le prince et l'avocat coudoient le travailleur? Et s'il a déjà sauvé le moyen âge des folies du manichéisme, pourquoi ne préserverait-il
pas le dix-neuvième siècle des horreurs de la démagogie? Ces vues sur le passé, ces espérances pour l'avenir, ont guidé Léon XIII dans les conseils qu'il adresse à tous les évêques de l'univers, et où le Tiers-Ordre franciscain est nommément désigné.
i Vénérables Frères, leur écrit-il, déployez tout votre zèle pour propager et affermir une institution qui a pour but, dans l'esprit du fondateur, d'attirer les hommes à l'imitation du Christ, à l'amour de l'Église, à la pratique des vertus chrétiennes. Elle pourra vous être d'un grand secours pour faire disparaître la lèpre des sectes maçonniques. Que le Tiers- Ordre fasse donc chaque jour de nouveaux progrès. Parmi les nombreux avantages qu'on est en droit d'attendre d'une si sainte association, il en est un qui prime tous les autres : c'est qu'elle est une école de liberté, d'égalité, de fraternité, trois mots dont la franc-maçonnerie abuse étrangement, mais en réalité trois grandeurs apportées au monde par le divin Rédempteur et précieusement gardées par saint François. Nous voulons parler de cette liberté des enfants de Dieu qui refuse de porter le joug odieux de Satan et des passions ; — de cette fraternité dont la source se perd en Dieu, notre commun Créateur et Père ; — de cette égalité qui, fondée sur les droits de la justice et de la charité, loin de rêver l'abolition des distinctions sociales, fait de la variété même des conditions et des devoirs un concert harmonieux, tout au profit des intérêts et de la dignité des peuples (1). »