Th. de Celano. Vita prima, p. I, o. xix
compagnon, nous n'avons rien à gagner avec les honneurs que nous rendent ces braves gens. Allons chercher ailleurs le mépris des hommes; car c'est là notre meilleur profit. » Loin de se complaire dans les privilèges extraordinaires dont son âme était ornée, il ne portait ces trésors qu'avec crainte et tremblement, sachant qu'ils n'ajoutaient rien à ses mérites et qu'ils ne lui étaient confiés que pour le bien des peuples.
Il était complètement détaché de lui-même, bien différent de ces âmes qui, par un raffinement de sensualisme jusque dans la piété, recherchent avec avidité les consolations spirituelles, les regrettent lorsqu'elles en sont privées, et murmurent contre la Providence, lorsqu'elle les jette dans le creuset des tribulations. Aux caresses de l 'Esprit-Saint, aux suavités des visites célestes, dont il s'estimait indigne, il préférait ce qui fait l'aliment substantiel de la vertu, c'est-à-dire les croix et la souffrance. Il était affamé d'abjection, parce qu'il était affamé de Dieu. Il lui arrivait, du reste, ce qui arrive à tous les saints : son humilité allait croissant , à mesure que les illuminations de l'extase lui découvraient plus clairement l'océan sans rivage des perfections divines et le fond natif de misère, de faiblesse et de corruption qui se trouve dans l'homme.
D'un autre côté, les tentations dont il était assailli par les esprits impurs chargés de le souffleter, lui servaient de préservatif et de remède contre l'orgueil ; car, selon la réflexion de ses biographes, plus il avançait dans le chemin de la vertu, plus les démons déployaient de ruse, de malice et de rage pour entra-