‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 313 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

ports, et, usant de la plénitude de son pouvoir, fixa au dimanche 16 juillet 1228 la solennité de la canonisation.

Le 15 juillet, il quitta Pérouse, escorté de toute sa cour, et fît une entrée triomphale dans la patrie du Saint, où l'attendaient l'évêque diocésain et Jean Parent, récemment élu Ministre général au Chapitre d'Assise (1227), et successeur immédiat du séraphique Patriarche (1). Thomas de Celano se plaît à nous redire avec quels transports de joie la vieille cité lui ouvrit ses portes, au milieu de quel enthousiasme elle le conduisit jusqu'au palais épiscopal, et comment elle fut obligée, en ce jour-là, de dilater son enceinte, trop étroite pour contenir les flots de peuple, de gentilshommes, d'abbés mitres et de prélats, que l'annonce de cette fête avait attirés de tous les points de l'Italie.

Le lendemain dimanche, 16 juillet, Grégoire IX se rendit en grande pompe à l'église Saint-Georges, où reposait le corps béni, et qui était toute décorée de l'image et de la bannière du Saint. Après une fervente prière, il monta sur le trône qui lui avait été préparé, voulut publier lui-même les louanges de celui dont il avait été si longtemps le protecteur et l'ami, et prit pour texte de son allocution ces paroles du Sage : « Il a brillé dans le temple de Dieu, comme le soleil brille en son midi. » Le cardinal Octavien, cousin d'Innocent III, lut ensuite publiquement, contre l'usage, la relation des miracles juridiquement

1. Saint François et les Franciscains, par le P. Pamphile de Magliano, t. I, c. xvii.

constatés. Cette lecture donna lieu à une scène des plus émouvantes, et peut-être sans exemple dans l'histoire. La plupart des personnes sur qui s'étaient opérés ces prodiges étaient présentes dans l'auditoire et les attestaient tout haut, en s'écriant : « C'est vrai! C'est à moi que cela est arrivé ! (1) » Et à leurs côtés se trouvaient les témoins des mêmes prodiges ou les pécheurs convertis, qui, malgré la sainteté du lieu, ne pouvaient retenir leurs cris de joie ou d'admiration. Un second orateur, le cardinal Rainerio Capoccio, jadis intimement lié avec les saints Patriarches Dominique et François, raconta à son tour ce qu'il savait sur la vie de ce dernier. L'assemblée était émue jusqu'aux larmes. Enfin le Souverain Pontife, assis sur son trône, la tiare en tête, les mains et les yeux au ciel, en face de la foule haletante et recueillie, prononça ces solennelles paroles :

« A la gloire de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, de la bienheureuse Vierge Marie et des saints apôtres Pierre et Paul, et à l'honneur de l'Église romaine, — Nous avons résolu, de l'avis de nos frères les Cardinaux et les autres prélats, d'inscrire au catalogue des Saints le bienheureux Père François, que Dieu a glorifié dans le ciel, et que nous vénérons sur la terre. Sa fête sera célébrée le 4 octobre. »

Alors, déposant la tiare, il entonna le chant du triomphe, le Te Deum, que les Cardinaux et les Frères-Mineurs continuèrent avec lui. Le peuple y répondit par d'immenses acclamations, et les joyeuses volées des cloches annoncèrent au loin la

Page 1